Parc national Křivoklátsko : un nouveau statut pas forcément bienvenu

La région de Křivoklátsko

Le ministère de l’Environnement tchèque veut faire d’une partie de l’actuel territoire naturel protégé de la région de Křivoklát un parc national. En dépit des arguments écologiques et économiques, cette décision est loin de faire l’unanimité.

Forêts de Křivoklátsko | Photo: Miroslav Routa,  Wikimedia Commons,  CC BY 3.0

Le ministère de l’Environnement a récemment annoncé la création d’un nouveau parc national en République tchèque, et ce dans la région de Křivoklát, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Prague. Il s’agirait ainsi de la cinquième zone naturelle en République tchèque à obtenir ce statut – et à être protégée en conséquence. Cette volonté figurait d’ailleurs sur la déclaration de programme du gouvernement Fiala, qui a pris ses fonctions le 17 décembre 2021.

Forêts, falaises, faune et flore à préserver

Salamandre tachetée | Photo: Miloš Turek,  Radio Prague Int.

D’après le récent communiqué de presse ministériel, la surface de ce futur parc national devrait couvrir quelque 102 km2, ce qui représente 16 % de l’actuel territoire naturel protégé (CHKO) Křivoklátsko. Et ce afin de mieux préserver la diversité de forêts, de falaises et de vallées qui composent les alentours du canyon de la rivière Berounka, mais aussi la richesse de sa faune et de sa flore. Parmi les dizaines d’espèces menacées présentes dans la région, on citera la cigogne noire, la salamandre tachetée ou encore le milan royal ; pour ce qui est du royaume végétal, l’if commun et la potentille blanche. Tous vivant et poussant dans ce que le ministre délégué de l’Environnement František Pelc a identifié comme « le plus grand complexe forestier sur le territoire tchèque ». Le parc ainsi créé serait le premier parc national tchèque à ne pas être transfrontalier, ce qui est le cas des quatre parcs nationaux déjà existants (Šumava, Podyjí, Suisse tchèque, Krkonoše).

Cigogne noire | Photo: Lukasz Lukasik,  Wikimedia Commons,  CC BY 3.0

Développement « social et économique »

La décision du ministère de l’Environnement est soutenue par la région de Bohême centrale, de laquelle dépend la zone concernée. La conseillère régionale de Bohême centrale Jana Skopalíková (Pirates) explique pourquoi :

Le région de Křivoklátsko | Photo: Miloš Turek,  Radio Prague Int.

« La région de Křivoklát est décrite comme le joyau de la richesse naturelle tchèque. L’objectif de la création du parc national est de le préserver pour nous et les générations futures. »

L’attribution à la zone du titre de parc national devrait également contribuer au développement « social et économique » des villages de la région, notamment par le biais de nouvelles opportunités et emplois créés par un tourisme durable, mais aussi par l’accès facilité aux aides publiques destinées aux municipalités et aux particuliers.

La grande majorité des terres concernées par le projet de parc national appartiennent à l’Etat. Cependant, ce nouveau statut pour la zone inquiète nombre de ses résidents, qui craignent de voir leurs habitudes contrariées, notamment en ce qui concerne l’accès à leur source de chauffage principale : le bois.

La région de Křivoklátsko | Photo: Magdalena Kašubová,  Radio Prague Int.

De nouvelles contraintes au quotidien

Karlova Ves | Photo: ŠJů,  Wikimedia Commons,  CC BY 3.0

Certains maires de communes se trouvant sur le territoire du futur parc ont par conséquent organisé des sondages pour connaître la position de leurs concitoyens sur le sujet, comme par exemple la maire de Karlova Ves, Iveta Kohoutová. Il en est ressorti que l’immense majorité des habitants (103 sur un total de 137 habitants) est opposée à l’idée du parc national Křivoklátsko. D’après la maire, la classification de parc national viendrait s’immiscer dans la vie rurale locale ; par ailleurs, l’augmentation du tourisme serait caractérisée par une augmentation du volume des déchets, ce qui n’aurait aucun effet bénéfique pour l’environnement local.

Château de Křivoklát | Photo: Thuargo,  Pixabay,  CC0 1.0 DEED

La maire de la commune de Křivoklát, Libuše Vokounová, est du même avis : avec son château comme attraction touristique, la commune aurait au contraire besoin que le nombre de visiteurs diminue. Le sondage sur le sujet qu’elle a organisé dans sa commune a rassemblé les opinions de 56 % des habitants ; 78 % d’entre eux se sont prononcés contre le parc national.

Par ailleurs, pour ce qui est de la protection environnementale, la maire de Karlova Ves rappelle que la région bénéficie d’un statut qui garantit déjà une cohabitation respectueuse des hommes, des animaux et des plantes. Iveta Kohoutová :

« Nous n’estimons pas nécessaire l’établissement d’un parc national, car le territoire de la commune de Karlova Ves, par exemple, bénéficie déjà du statut de réserve naturelle nationale. C’est le niveau de protection le plus élevé. Nous pensons donc que la protection actuelle est suffisante. »

La région de Křivoklátsko | Photo: Miloš Turek,  Radio Prague Int.

Volonté de dialogue

Dans une volonté évidente d’apaiser les craintes des habitants de la région et de leurs élus, un récent communiqué de presse du ministère de l’Environnement explique que la déclaration d’un parc national ne signifie pas en soi une restriction de la circulation des habitants de la région. Seules certaines zones les plus précieuses du parc verraient leur accès restreint aux sentiers balisés pour les touristes, une restriction qui ne s’appliquerait toutefois pas aux habitants. La cueillette de fruits des bois ne leur serait pas non plus interdite.

Anna Hubáčková | Photo: Martin Vlček,  Senát Parlamentu ČR/Wikimedia Commons,  CC BY 3.0

Le communiqué cite également la ministre de l’Environnement Anna Hubáčková (KDU-ČSL) : « Conformément à la loi, les municipalités sont directement impliquées dans ce qui se passe dans les parcs nationaux, et leurs représentants, en tant que membres du conseil du parc, participent directement aux décisions concernant la gestion de la zone. » Rassurante, Anna Hubáčková se dit donc prête à discuter avec les maires.

Ailleurs, des bénéfices mitigés

Dyje | Photo: Jan Rosenauer,  ČRo

Néanmoins, les maires de communes se trouvant dans d’autres parcs nationaux tchèques se montrent critiques. Ainsi, cité par le portail ekolist.cz, Lubomír Vedra, de la commune de Vranov nad Dyjí, en Moravie du Sud, estime que 30 ans après sa création, le parc national de Podyjí est d’une extrême importance pour la protection de la nature. Mais il déplore les complications engendrées pour les habitants et la commune, notamment en matière de permis de construire ou lorsque des travaux ou réparations sont nécessaires.

Hřensko | Photo: Daniel Kortschak,  Radio Prague Int.

De plus, selon lui, le bénéfice économique du statut de parc national est négligeable. Par ailleurs, pour Jan Sobotka, maire de Vrchlabí, dans la région des Monts des Géants, il est impossible de prouver que l’existence du parc national a renforcé l’intérêt des touristes pour la région. Il admet toutefois que l’organisme de gestion du parc national est véritablement créateur d’emplois et de commandes pour la population et les entreprises locales. Un avis également partagé par Josef Černý, le maire de Hřensko, commune à proximité du parc national de la Suisse tchèque.

La région de Křivoklátsko | Photo: Miloš Turek,  Radio Prague Int.

En dépit des diverses critiques et craintes, le projet de parc national Křivoklátsko semble bien parti pour voir le jour : le ministère de l’Environnement est actuellement en train de préparer les documents nécessaires à la proposition de déclaration de parc national, une proposition qui sera ensuite soumise au processus législatif s’achevant par l’approbation du nouveau statut pour la région de Křivoklát.

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