Patrimoine : à Prague, forte mobilisation pour sauver le Pont ferroviaire de Vyšehrad

Le Pont ferroviaire de Vyšehrad

Situé au pied de la colline de Vyšehrad, un des plus beaux quartiers de Prague, le pont ferroviaire est un ouvrage métallique centenaire classé, au même titre que le centre-ville, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette prestigieuse distinction, censée protéger les monuments historiques, pourrait toutefois être retirée à l’édifice pour permettre sa démolition. Une décision controversée qui a conduit un groupe de citoyens à s’organiser pour tenter de sauver ce colosse de métal. 

Le pont ferroviaire de Vyšehrad autour 1905  | Photo: e-Sbírky,  Musée national

Le 10 septembre dernier, plus de deux cents personnes se sont réunies aux abords du pont ferroviaire de Vyšehrad (aussi parfois dit de Výtoň), pour protester contre sa possible démolition. Enjambant la Vltava pour relier la Nouvelle-ville (Nové Město)au quartier de Smíchov, cet ouvrage inauguré en 1872 fait partie intégrante du paysage de Prague depuis plus d’un siècle. Au fil des années, il a subi les affres du temps et son état s’est largement dégradé, du fait notamment du manque d’entretien. Et Správa železnic, la compagnie responsable de la gestion du pont,  projette désormais de le démanteler, au lieu de le réparer. Ce projet fait grincer les dents des défenseurs du patrimoine tchèque, qui voient en sa destruction la perte d’un monument emblématique de Prague. C’est en réponse à cette menace que l’association « Zachraňme Železniční most » (« Sauvons le Pont ferroviaire »), a organisé la mobilisation de samedi dernier.

Le Pont ferroviaire de Vyšehrad | Photo: Mathis Elias-Jean,  Radio Prague Int.

Au cours de l’après-midi, ce sont plus de deux cents personnes, donc, qui sont venues exprimer leur soutien à l’initiative, militant pour la réparation de ce pont vieux de plus de 150 ans. Après les discours prononcés par les membres du groupe « Nebourat » (« Ne pas démolir »), une chaîne humaine s’est déployée sur toute la longueur du pont, symbolisant l’attachement des locaux à l’ouvrage métallique. Conservateur émérite des collections architecturales au Musée de la ville de Prague, Petr Krajči affirme que le projet de destruction relève plus d’un intérêt économique que de l’état réel du pont, dont une rénovation serait tout à fait possible selon lui.

Petr Krajči | Photo: YouTube

« C’est surtout le problème de l’organisation ferroviaire tchèque. Pour eux, c’est plus simple de démolir le pont et d’en construire un nouveau. Il y a aussi un enjeu économique car le pont, dans l’ensemble, est en bon état. »

Au-delà de la forte mobilisation à Prague, la pétition en faveur de la rénovation de l’édifice a pour l’heure recueilli quelque 70 000 signatures à travers toute la Tchéquie, preuve de la volonté générale de conserver ce monument historique.

« Vous savez, si vous ne vous battez pas, vous ne pouvez pas gagner. Nos supporters ne sont pas seulement des Pragois, mais aussi des gens de tout le pays. Nous avons déjà recueilli 70 000 signatures contre la démolition, et le pont a aussi joué un rôle important dans de nombreux films tchèques, depuis les années 1950 jusqu’à aujourd’hui. Il fait partie de notre identité et de notre héritage culturel, c’est pourquoi nous ne voulons pas le voir disparaître sous nos yeux sans rien faire. »

Le Pont ferroviaire de Vyšehrad | Photo: Mathis Elias-Jean,  Radio Prague Int.

C’est l’effondrement d’une passerelle en 2017, dans le quartier de Troja, qui a d’abord poussé les autorités à condamner temporairement la voie piétonne sur le pont de Výtoň, avant d’envisager la démolition de l’un des symboles de Prague dans sa totalité. Si tel devait en être le sort final, ce ne serait pas la première fois qu’un tel monument disparaîtrait à Prague. Une perspective qui suscite l’émoi chez certains habitants, comme Jitka :

« Nous devons prendre soin de notre héritage culturel et des sites comme ce pont qui sont protégés par l’UNESCO, qui soutient sa rénovation. Ce pont est iconique, il fait partie du panorama de Prague. Le pont doit être rénové aussi dans un souci de durabilité. Il faut trouver un moyen de l’entretenir régulièrement au lieu de le laisser tomber en ruine et d’en reconstruire un nouveau. Je crois que nous devons réparer les choses et pas faire comme si de rien n’était pendant 130 ans avant de construire quelque chose de nouveau. Ce n’est pas la bonne méthode pour prendre soin des infrastructures publiques. »

Membre du comité du groupe « Nebourat », Ina Koldová était ravie de la forte mobilisation dece samedi dernier. Selon elle, la manifestation a été un succès que les autorités ne peuvent pas ignorer.

Le Pont ferroviaire de Vyšehrad | Photo: Mathis Elias-Jean,  Radio Prague Int.

« Absolument, je suis très contente que tellement de gens soient venus ! Ils étaient plus de deux cents sur le pont, c’est incroyable, on ne s’attendait pas à un tel soutien. Nous sommes très surpris et nous remercions tous les gens qui sont venus aujourd’hui pour montrer au gouvernement que nous voulons que ce pont peut être rénové, car c’est notre héritage culturel. Ce sera difficile, mais nous pensons que les ingénieurs et le ministère des Transports nous ont entendus. C’est un challenge pour eux, nous avons des exemples de ponts qui ont été rénovés en Europe, aux États-Unis, en Australie, partout.. C’est difficile, mais c’est surtout possible. Si des ingénieurs étrangers peuvent le faire, pourquoi les Tchèques ne le pourraient pas eux non plus ? Nous sommes convaincus à 100 % que les Tchèques sont capables de réparer une telle structure et c’est le message que nous leur envoyons aujourd’hui : faisons-le ! »

À noter qu’en 2020, l’État tchèque avait prévu d’investir près de 10 milliards de couronnes sur une période de dix ans pour rénover différents ponts ferroviaires du pays et qu’à l’époque déjà, quelque 319 ponts étaient sujets à d’importants travaux de réfection.

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