Perception de la corruption : la Tchéquie à la queue du peloton européen

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Le bureau berlinois de l’ONG Transparency International a publié ce mardi son classement annuel de la perception de la corruption dans l’espace public de 175 pays. La République tchèque a légèrement amélioré sa position en passant de la 57e à la 53e place. Pour David Ondráčka, président de la branche tchèque de l’organisation de lutte contre la corruption, ce résultat peut être source d’un optimisme modéré.

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« L’indice s’appuie sur une définition de la corruption comme un abus de pouvoir visant à satisfaire un intérêt personnel dans l’espace public, que ce soit en politique, en justice ou dans le monde des affaires. La République tchèque a enregistré une légère amélioration de sa position par rapport à l’année passée. Par contre, si nous sommes 53es au niveau mondial, nous nous trouvons seulement à la 22e place parmi les pays de l’Union européenne, ce qui n’est pas une bonne nouvelle. Néanmoins, la descente de la Tchéquie dans le classement, enregistrée au cours des années précédentes, s’est arrêtée et cela constitue une source d’espoir. C’est un signal important car la perception de la corruption a aussi un impact réel sur le recours à la corruption par les acteurs et donc sur l’incidence réel de la corruption. Si un entrepreneur considère qu’il ne peut pas faire son business sans accorder des pots-de-vin, il s’accommode de cette situation. »

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Avec en queue de classement l’Afghanistan et la Corée du Nord, l’indice fait l’éloge des pays scandinaves qui sont quatre parmi les cinq premiers, le Danemark en tête. Avec ses 51 points sur 100, la République tchèque se trouve à la 22e place parmi les pays membres de l’Union européenne, suivie par la Slovaquie, la Croatie, la Bulgarie, la Roumanie, l’Italie et la Grèce. S’appuyant sur les données recueillies au cours des deux dernières années, l’indice n’est pas pertinent pour évaluer l’action du gouvernement de Bohuslav Sobotka, qui a fait de la lutte contre la corruption une de ses priorités, ce que confirme David Ondráčka :

David Ondráčka,  photo : Šárka Ševčíková,  ČRo
« Ce n’est pas une bonne ou une mauvaise note pour le gouvernement Sobotka. Dans cette perspective, l’indice sera plus illustratif l’année prochaine car le gouvernement est en place depuis seulement dix mois. Il faut voir si les promesses que fait le cabinet sur la lutte contre la corruption se répercutent aussi sur le fonctionnement des institutions ainsi que sur une meilleure gestion des investissements publics. A l’heure actuelle, je constate que c’est surtout de la rhétorique. Pour améliorer la situation en République tchèque, il est à mon avis nécessaire d’adopter la loi sur le financement des partis politiques qui mettrait en place une autorité de surveillance de l’usage de l’argent public que reçoivent annuellement les partis politiques pour leur fonctionnement et qui s’élève à un milliard de couronnes (36 millions d’euros). Ensuite il faut aussi protéger l’indépendance du parquet et assurer un meilleur contrôle des entreprises publiques et des appels d’offre. »

La Banque mondiale,  photo : Shiny Things,  CC BY 2.0
L’indice de perception de la corruption est constitué à partir des données recueillies par treize organisations internationales, telles que la Banque mondiale mais aussi l’Institut international pour le développement du management, une entité cofondée par Alcan, une entreprise d’aluminium, et Nestlé, le géant agroalimentaire. Ainsi, les critiques de ce classement se rapportent le plus souvent à ce biais méthodologique qui consiste à interroger un groupe limité d’hommes d’affaires et d’universitaires. L’indice risque ainsi de véhiculer la perception de la corruption propre à un certain milieu et qui n’est pas forcément celui de l’ensemble des citoyens, au risque de façonner les choix politiques en faveur de cette minorité.

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Si David Ondráčka reconnaît ces critiques, il souligne qu’une telle comparaison internationale peut constituer une incitation positive pour les Etats dans la lutte contre la corruption. Pour lui, le plus grand risque serait que l’opinion publique se fatigue de la médiatisation de la corruption et devienne indifférente, une situation propice au développement des pratiques de corruption.