Presse : les conditions de la prochaine élection présidentielle en Tchéquie égales pour tous ?

Le premier sujet de cette nouvelle revue de la presse : l’annonce de la date du premier tour de l’élection présidentielle en Tchéquie et ses circonstances. Une brève observation ensuite concernant le travail d’investigation des médias. Le magazine fait également mention de la bonne condition de la littérature tchèque. Il s’intéresse enfin aux défis liés à la restauration de la nature et aux causes du surpeuplement des refuges pour chien.

L’élection présidentielle en Tchéquie s’ouvrira le vendredi 13 janvier. Une date qui est traditionnellement considérée comme portant malheur. « Une belle description symbolique de la manière malheureuse dont cette élection et les règles de la campagne sont conçues », observe l’auteur d’un texte publié à ce propos dans le quotidien Hospodářské noviny :

« Pour justifier que l’annonce de la date du premier tour de l’élection présidentielle, prévue les 13 et 14 janvier, est tombée si tôt, le président du Sénat Miloš Vystrčil a expliqué que certains candidats officiels ou supposés menaient déjà une campagne. Et comme les frais de campagne électorale sont comptés à partir de la date de cette annonce, ce délai devrait garantir à tous les mêmes conditions. Cette idée est pourtant tout à fait fausse, car sur le plan des finances, les conditions sont loin d’être égales. »

D’abord, il est difficile d’identifier tout ce qui fait partie d’une campagne présidentielle. L’éditorialiste l’illustre par le cas de l’ancien chef du gouvernement tchèque Andrej Babiš, qui se montre depuis déjà plusieurs semaines parcourant la Tchéquie en caravane. Selon lui, il est certain que les moyens qu’il utilise – tels que des panneaux publicitaires, des meetings, les réseaux sociaux, des publications ou encore la distribution gratuite de beignets – ne seront pas inscrits dans ses frais de campagne. Et même une éventuelle pénalisation financière ne saurait guère toucher un candidat qui a une fortune importante :

« Tous ceux qui ont des ressources financières intarissables, ou qui ne se gênent absolument pas, auront un grand avantage. Evidemment, une combinaison des deux ‘atouts’ n’est pas à exclure. Il est vrai que l’élection présidentielle au suffrage universel direct sera libre, mais elle représentera également une compétition inégale. A la différence d’autres candidats, le chef du mouvement ANO, Andrej Babiš, pourra donc essayer de nous acheter tous. »

Le travail d’investigation des médias face aux enquêtes de la police

Les médias n’entendent pas suppléer le travail de la police. C’est ce que souligne un texte publié dans une récente édition du quotidien Deník N. Son auteur répond ainsi aux critiques qui surgissent en lien avec leurs travaux d’investigation portant sur les affaires de corruption dans lesquelles différents politiciens tchèques sont actuellement impliqués. Il écrit :

Photo illustrative: Capri23auto,  Pixabay,  CC0 1.0 DEED

« La police et les médias font parfois en apparence la même chose, menant des enquêtes sur des affaires suspectes autour des acteurs politiques. La différence entre leurs activités ne paraît pas très grande, car ils font tous deux les mêmes démarches, cherchant des preuves et les vérifiant, interrogeant les témoins, étudiant les documents. La différence réside dans l’objectif poursuivi. Pour la police et les tribunaux, c’est la loi et son respect qui constituent le premier impératif. Les médias, quant à eux, sont appelés à veiller sur le respect de l’intérêt public. La question de savoir si un politicien agit en contradiction avec cet intérêt est donc, pour un journaliste, plus importante que celle de savoir s’il a transgressé la loi. »

Certes, les lois elles aussi devraient suivre les intérêts publics. Hélas, comme le constate le commentateur, la vie pratique détourne souvent cette aspiration. Ainsi, par exemple, lorsqu’un politicien profite de sa fonction pour s’enrichir, les médias s’en occupent, même lorsque celui-ci a agi en accord avec la loi. En revanche, aussi spectaculaires soient-elles, les causes qui n’affectent pas l’intérêt public ne devraient pas figurer au cœur de leurs intérêts.

La bonne condition de la littérature tchèque

« En dépit de tout ce qui se passe aujourd’hui – de la guerre en Ukraine aux affaires de corruption, en passant par les pressions d’ordre économique et social ainsi que le stress lié au Covid-19 – on peut se féliciter de ce qu’au moins la littérature tchèque est en bonne condition. » Ce constat a été signé du chroniqueur littéraire du quotidien Lidové noviny qui, avant de recommander aux lecteurs quelques titres « pour les vacances », a écrit :

Photo illustrative: congerdesing,  Pixabay,  CC0 1.0 DEED

« Tous ceux qui aiment lire ont effectivement le choix, car l’offre est riche. Point n’est besoin de se référer dans ses choix uniquement à des prix littéraires. Par ailleurs, l’un des plus prestigieux d’entre eux, le Magnesia Litera, a été décerné cette année à une monographie qui porte un regard percutant et inédit sur le défunt et très populaire chanteur Karel Gott et son époque. A l’instar des années précédentes, la littérature d’auteures féminines se porte très bien. Ce qui est nouveau, c’est qu’on a vu paraître également plusieurs romans forts de la plume d’auteurs masculins. »

Parmi beaucoup d’autres, le chroniqueur de Lidové noviny fait mention d’un « livre-monument », un ouvrage de près de 700 pages intitulé Bílá Voda (L’Eau blanche) de la jeune et populaire auteure Kateřina Tučková. Un roman qui, à travers le récit d’une religieuse, décrit les brutalités du régime stalinien et qui pose des questions essentielles comme celle de savoir pour quelle raison, même au XXIe siècle, l’Eglise demeure exclusivement entre les mains des hommes.

La nature : restaurer au lieu de protéger

« Voici venu le temps de cesser de protéger la nature. » Tel est le titre quelque peu provocateur d’une note mise en ligne sur le site aktualne.cz, dans laquelle son auteur explique qu’il faut désormais privilégier la restauration de la nature à sa protection :

Photo illustrative: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

« Dans cette perspective, la Commission européenne a fait la semaine dernière une démarche importante en présentant les règles sur la base desquelles la nature vivante devrait marquer un grand retour dans les paysages européens. C’est en bons termes et avec reconnaissance que l’on dira dès lors adieu à une heureuse tradition du vieux continent, celle dont témoigne la Tchéquie, qui compte plus de 2600 réserves naturelles, qui protègent tout ce qui reste de nos forêts vierges, tourbières, mouillères, steppes, prairies de fleurs ou autres rappels du passé. »

Mais entre-temps, comme le signale l’éditorialiste, le paysage qui entoure ces réserves a subi une transformation de fond en comble, devenant beaucoup plus pauvre qu’auparavant. La Tchéquie, par exemple, a perdu près de 158 000 kilomètres de sentiers. Un autre exemple : à la campagne, les chasseurs attrapent 96 % de moins de lièvres que dans les années 1970.

« Il ne suffit plus de sauvegarder ce qui reste, en dépit de la place irremplaçable et inestimable qui appartient à la protection du passé. C’est la remise en état de la nature qui se présente désormais comme le principal défi à relever. Les occasions pour sa réalisation sont étonnamment nombreuses et variées », indique le texte en conclusion.

Les refuges pour chiens tchèques surpeuplés

En Tchéquie, les refuges pour chien sont actuellement surpeuplés. Cette situation concerne tant les 244 refuges officiellement enregistrés que les refuges privés et semi-privés, ou encore gérés par des associations à but non lucratif. Le nombre de chiens qu’ils abritent est largement supérieur à celui de personnes prêtes à les adopter. « Le Covid-19, la vie chère et, en partie, la guerre en Ukraine, en sont les principales causes », indique un article publié dans l’édition de ce lundi du quotidien Lidové noviny :

Photo illustrative: Michal Malý,  ČRo

« Pendant le confinement, beaucoup de gens se procuraient des chiens sans tenir compte des difficultés qu’un retour à la vie normale allait leur apporter. Aujourd’hui, ils s’en débarrassent, souvent sous prétexte d’une allergie au poil de chien. De même, il y a des chiens que les réfugiés ukrainiens ont pris avec eux en fuyant leur pays en guerre, mais dont ils ne pouvaient ensuite pas s’occuper pendant un certain temps. Les évacuations de certains refuges pour chien depuis l’Ukraine vers la Tchéquie ont également contribué à ce surpeuplement. »

Selon les responsables de l’administration vétérinaire de l’Etat, tout donne à croire que la situation dans ce domaine ne vas pas s’améliorer, en raison des difficiles conditions économiques d’une grande partie de la population.