Petr Nečas réélu à la tête d'un parti ODS fragilisé

Petr Nečas, photo: CTK

Le Parti civique démocrate (ODS), principale formation de la coalition gouvernementale de droite au pouvoir, a survécu au congrès qu’il tenait ce week-end à Brno. Son président Petr Nečas a été réélu malgré les critiques venues de tous horizons et principalement d’une partie des membres de son propre parti. Ceux-ci sont opposés aux réformes d’austérité qu’il tente de mener avec un gouvernement dont l’avenir est encore loin d’être assuré.

Petr Nečas, photo: CTK
« Si l’ODS a survécu à Mirek Topolánek, il survivra à Petr Nečas. » Le Premier ministre a ainsi souhaité relativiser la crise que traverse son parti et qui menace d’emporter avec elle le gouvernement. Une petite pique envoyée à son prédécesseur Mirek Topolánek, que ce dernier, présent également ce week-end à Brno, n’a pas manqué de lui rendre en affirmant que les luttes intestines de l’ODS commençaient à lasser l’opinion publique.

Il s’agissait d’un congrès automnal à double-tranchant. L’ODS avait la possibilité de laver son linge sale en famille pour mieux afficher une unité retrouvée autour du chef Nečas ou de se diviser encore davantage en deux camps irréconciliables, une division qui aurait sans doute sonné la fin de la coalition gouvernementale. L’ODS est en effet déstabilisé suite à sa cuisante défaite en octobre aux élections régionales et sénatoriales partielles, une déroute dont l’ampleur est historique. Dans le même temps, le gouvernement semble en panne, n’ayant plus la majorité nécessaire à la Chambre des députés afin de faire passer des réformes très impopulaires auprès de l’opinion telles que la hausse des taux de TVA, la privatisation partielle du système des retraites ou encore la restitution des biens aux Eglises, expropriées durant le communisme. Et l’opposition à ces mesures vient parfois des rangs mêmes de l’ODS puisque des députés dits « rebelles » refusent de soutenir Petr Nečas, notamment sur le projet de réforme fiscale dans la droite ligne de sa politique d’austérité.

Photo: CTK
Aussi, c’est avec une émotion dont seuls peuvent jouer des politiciens de la trempe de M. Nečas, que le Premier ministre, après avoir reconnu « quelques erreurs », a accusé ces députés séditieux de prendre en otage le parti :

« Qu’on me fasse tomber ! Qu’on me traite de faible si je démissionne ! Mais ce qui m’énerve, ce qui me fait enrager, c’est qu’on prenne en otage l’ODS et surtout qu’on prenne en otage notre pays. Notre pays a besoin d’un budget, de stabilité ! Et il faut qu’on arrête de jouer avec lui ! »

Ivan Fuksa, photo: CTK
Des terroristes prenant en otage un pays entier donc, si l’on en croit la terminologie employée par Petr Nečas. Celui-ci, qui considère que l’image de l’ODS est surtout ternie par les affaires de corruption, semblait devoir être le seul candidat à sa propre succession à la tête du parti mais, surprise, un des rebelles indomptables, Ivan Fuksa, précédemment ministre de l’Agriculture, a pris la décision samedi d’affronter un chef de gouvernement qui l’avait d’ailleurs révoqué en 2011. Son objectif : revenir aux fondamentaux libéraux de l’ODS :

« Je ne crois pas, Petr, que tu sois capable d’amener le changement dont notre parti a besoin. Je vous offre deux ans de dur travail et la fierté retrouvée de nos militants pour les couleurs de l’ODS. L’une des façons de remédier à notre perte de confiance est de respecter nos promesses. Puisque nous proposons depuis vingt ans à nos électeurs de baisser les impôts et de limiter le rôle de l’Etat, nous devons nous tenir à cette parole. »

Photo: CTK
Finalement, Petr Nečas a été réélu avec près de 60% des votes, un résultat qui l’a satisfait alors que son adversaire de dernière minute a tout de même recueilli le tiers restant, une minorité non négligeable opposée au Premier ministre. De plus, il sera désormais secondé par Martin Kuba, élu premier vice-président du parti en place de Miroslava Němcová, qui avait pourtant mis en garde contre celui qui pourrait s’avérer être « un homme méchant » selon ses dires, œuvrant à fédérer la rébellion visant à renverser Petr Nečas.

Le gouvernement se bat cette semaine pour l’adoption du paquet fiscal, lequel comprend la hausse d’un point des deux taux de TVA et auquel il devrait joindre un vote de confiance. L’avenir de cette coalition gouvernementale, impopulaire, impliquée à de multiples reprises dans des affaires de corruption et qui peine à rassembler les siens, est donc toujours aussi incertain après un congrès qui n’a rien réglé, si l’on se réfère aux bruits de couloir entendus à Brno ce dimanche.