Petra Kvitová, nouvelle reine d’Angleterre

Petra Kvitová, photo: ČTK

La semaine dernière a été la semaine des femmes tchèques à Wimbledon et elle l’est restée jusqu’au bout : quatre Tchèques en huitièmes de finale, trois en quarts, deux en demies et une dernière en finale… victorieuse. Après un premier sacre en 2011, Petra Kvitová a remporté, samedi, le plus grand tournoi au monde pour la deuxième fois de sa carrière. En moins d’une heure de jeu, la Tchèque, auteur d’une prestation quasi parfaite en finale, a littéralement balayé la Canadienne Eugénie Bouchard en deux sets (6-3, 6-0). Après la légendaire Martina Navratilová, Petra Kvitová est aussi accessoirement devenue la deuxième joueuse tchèque de l’histoire à s’imposer plus d’une fois sur le gazon londonien. Retour sur une performance qui marquera l’histoire du sport tchèque.

Martina Navratilová, photo: ČTK
« Il y avait tellement d’énergie et de force dans son jeu, c’était incroyable… Je n’avais encore jamais vu ça. Je me suis même dit que j’étais contente de ne pas être de l’autre côté du filet, je ne sais pas ce que j’aurais fait si ç’avait été le cas. »

Sortis de la bouche de son idole Martina Navratilová, maître de céans à Wimbledon avec ses neuf titres rien qu’en simple, ces mots avaient presque valeur de seconde récompense pour Petra Kvitová quelques minutes après la remise officielle et traditionnelle du trophée des mains du duc de Kent.

Petra Kvitová, photo: ČTK
On annonçait un match indécis et équilibré. On disait que ce serait du « 50-50 » entre une Petra Kvitová enfin de retour au plus haut niveau et une Eugénie Bouchard aux dents longues qui, après deux demi-finales consécutives à l’Open d’Australie et à Roland Garros, s’apprêtait à disputer sa première finale d’un Grand Chelem. Il n’en a rien été. Sur un Centre Court qu’elle apprécie tout particulièrement, Petra Kvitová, pourtant pas apparue comme spécialement pressée d’en finir, n’a pas traîné, ne laissant jamais son adversaire entrer dans la partie. Et cinquante-quatre minutes à peine après l’engagement et trois petits jeux seulement concédés dans la première manche, l’affaire était déjà bouclée. Compte tenu de la vitesse à laquelle les points et les jeux de service ont défilé au tableau d’affichage, on aurait presque eu envie de plaindre les spectateurs qui n’en ont pas eu pour leur argent, mais cela serait faire abstraction du fait que ce même public a assisté à l’une des performances les plus abouties d’une joueuse de tennis en finale de Wimbledon, comme le reconnaissait elle-même Petra Kvitová :

« Je ne m’attendais pas forcément à ça en entrant sur le court. J’avais des doutes sur la qualité de mon service, sur la manière dont mon adversaire allait réagir à mon jeu, sur le fait de savoir qui d’elle ou de moi parviendrait à mettre la pression sur l’autre. Il y avait vraiment pas mal d’interrogations. Mais mon idée était de l’agresser dès le début de l’échange et je dois dire que cela a très bien marché. Oui, on peut dire que j’ai joué un des meilleurs matchs de ma carrière. J’étais ‘in the zone’ comme on dit. J’ai pris point après point sans me poser de questions et d’un seul coup, ça a été balle de match et voilà, fini ! »

Petra Kvitová, photo: ČTK
Contre une Eugénie Bouchard impuissante, Petra Kvitová a donc récité son tennis pour retrouver des sommets qu’elle avait atteints déjà une première fois en 2011. Promise alors à un bel avenir et même à la place de numéro un mondiale, la Tchèque, malgré une victoire au Masters quelques mois plus tard, avait eu du mal cependant depuis à confirmer les espoirs placés en elle. Fragile physiquement, souvent rongée par le doute, très attendue par le public et les médias tchèques, Petra Kvitová a mis plus de temps que prévu pour digérer son premier succès en Grand Chelem. A 24 ans, après une première moitié de saison elle aussi très compliquée, la gauchère, aidée par un préparateur physique et un psychologue, semble enfin avoir trouvé le juste équilibre. Et même si le jeu de mots est facile, elle a reverdi sur l’herbe londonienne. A l’issue de la finale samedi, Petra Kvitová était bien consciente du chemin parcouru :

« Oui, cela a été beaucoup plus difficile, mais j’apprécie ce deuxième titre d’autant plus. Lors de ma première victoire il y a trois ans, j’avais aussi très bien joué en finale, mais à l’époque, j’avais disputé tout le tournoi sans pression. On ne s’attendait pas vraiment à ce que je gagne. Depuis, les choses ont changé et la pression que j’avais cette année sur les épaules était énorme. Mais le tournoi de préparation à Eastbourne m’a confirmé que j’étais capable de bien jouer sur gazon. Cela m’a mise en confiance avant Wimbledon. Et puis j’ai joué trois fois contre des Tchèques, notamment en quarts et en demi-finales, ce qui n’est quand même pas courant. A chaque fois j’étais la favorite et ce n’est pas évident à gérer, surtout quand il s’agit de partenaires de Fed Cup. Mais j’avais très envie de remporter Wimbledon une deuxième fois et je pense que ça s’est vu sur le court. »

Eugénie Bouchard, photo: ČTK
Effectivement, ç’a s’est vu et la malheureuse Eugénie Bouchard était aux premières loges pour cela. Mais à 20 ans, la jeune Québécoise a encore tout l’avenir devant elle. Après reconnu le niveau de jeu « incroyable » de son adversaire en finale, elle a d’ailleurs fait part de ses certitudes au micro de Radio Canada, dimanche, à son retour à Montréal :

« Je crois toujours en mon tennis et je sais que je peux faire très bien. Mon objectif ultime est vraiment de gagner un Grand Chelem. J’étais très proche, mais ce sera une autre fois. »

En attendant la prochaine fois pour Eugénie Bouchard, « une autre fois », la deuxième, c’est donc ce qu’ont vécu les nombreux supporters de Petra Kvitová en République tchèque, et notamment à Fulnek, la petite ville de Moravie du Nord (6 000 habitants) qui l’a vue grandir au tennis :

Petra Kvitová, photo: ČTK
« Les gens là-bas me connaissent depuis que je suis toute petite, quand j’allais en vélo à l’entraînement, que mon père me criait dessus et que je pleurais. Je sais qu’ils sont toujours derrière moi, ils m’ont d’ailleurs toujours soutenue même quand j’avais de moins bons résultats. Je me souviens qu’en 2011 les gens avaient suivi la finale au Centre culturel municipal. Je ne sais pas comment ça s’est passé cette année, mais j’espère leur avoir donné une bonne raison de faire la fête. Ils le méritent et je les en remercie. »

Ne reste plus désormais à espérer pour eux qu’il ne leur faille plus attendre trois ans avant de revivre de semblables émotions. Mais au vu de ce qu’elle a montré sur ce Wimbledon 2014, Petra Kvitová, qui occupe désormais une place de quatrième meilleure joueuse mondiale plus conforme à son potentiel et à ses ambitions, semble enfin de retour sur la bonne voie.