Pour son 100e anniversaire, la « Maison des Arts » à Ostrava dévoile ses collections
Malgré son lourd passé industriel, Ostrava, troisième plus grande ville tchèque, présente de nombreux attraits touristiques, dont notamment l’ancien complexe minier et sidérurgique de Dolní Vítkovice reconverti en un grand centre multiculturel et éducatif. Parmi les hauts lieux de la vie culturelle figure également la Maison des Arts (Dům umění - GVUO). Inauguré il y a tout juste 100 ans, le plus grand musée d’art du chef-lieu de Moravie-Silésie, dans l’est du pays, présente, à l’occasion de cet anniversaire, le meilleur de ses collections.
Tout de briques rouges, matériau typique d’Ostrava, le bâtiment fonctionnaliste de la Maison des Arts se trouve dans le centre historique de la ville, à proximité de la grande place Masarykovo náměstí.
Comme l’explique l’historienne de l’art Renata Skřebská, c’est à l’entrepreneur en bâtiment et mécène František Jureček (1864–1925) que l’on doit sa fondation :
« La Maison des Arts est unique en son genre dans le sens où elle a été fondée dans le cadre d’une initiative citoyenne. František Jureček a d’abord souhaité faire don à Prague de sa merveilleuse collection de tableaux, composée principalement d’œuvres tchèques du XIXe siècle. Mais c’était un grand patriote et il a finalement opté pour Ostrava, où il a reçu le soutien de plusieurs hommes d’affaires importants, par exemple Eduard Šebela et Oskar Federer, liés aux aciéries de Vítkovice et aux mines de charbon locales, ou encore de responsables de la caisse d’épargne. Avec beaucoup d’enthousiasme, ils ont créé, en 1923, une association pour la construction du bâtiment de la Maison des Arts. Un appel d’offres a été lancé en 1924, à la suite duquel ‘Dům umění’ a été inauguré le 13 mai 1926. À l’époque, il s’agissait de la première institution de type ‘kunsthalle’ en Tchécoslovaquie. Il faut souligner que l’architecture du bâtiment est d’une telle qualité que, aujourd’hui encore, elle répond aux besoins d’une galerie, avec par exemple un éclairage zénithal grâce aux plafonds vitrés. »
La Maison des Arts présente actuellement l’essentiel de la collection de 120 tableaux rassemblés par František Jureček. Intitulée « Stopa », une autre exposition retrace les cent ans d’existence de la galerie et de ses acquisitions.
« Chaque période historique a été spécifique et s’est reflétée dans le choix des œuvres achetées par la Maison des Arts d’Ostrava », explique Renata Skřebská. Ainsi, les visiteurs de l’exposition peuvent admirer les œuvres des grandes figures de l’art tchèque de l’entre-deux-guerres dont beaucoup sont liées à la scène artistique française, telles que Toyen, Jindřich Štyrský, Otakar Kubín ou Jiří (Georges) Kars.
« Dans les années 1940, les acquisitions ont été moins nombreuses », explique Renata Skřebská. « Pendant la guerre, il y avait bien sûr le risque d’une confiscation de la galerie par l’administration allemande. Cela ne s’est finalement pas produit, mais Josef Čapek, Emil Fila ou Jan Zrzavý, donc tous les représentants du courant moderniste, ne pouvaient pas être exposés. En 1944, le centre d’Ostrava a été bombardé. Toutes les vitres de la Maison des Arts ont été brisées. Les réparations ont été compliquées après la guerre en raison de la pénurie générale, mais, heureusement, les collections n’ont pas été endommagées », dit Renata Skřebská, commissaire de l’exposition « Stopa ». Celle-ci présente également quelques œuvres typiques du réalisme socialiste des années 1950, donc créées conformément à l’idéologie du régime de l’époque :
« Ces œuvres devaient obligatoirement être intégrées dans les collections de la galerie et nous avons voulu les exposer parce qu’elles témoignent de leur époque. Arrivent ensuite les années 1960, une période heureuse où l’on pouvait acheter des œuvres d’art contemporain, celles de Mikuláš Medek par exemple. On pouvait puiser aussi dans des collections privées et acquérir des tableaux d’artistes interdits jusque-là. En 1969, la galerie a encore fait l’acquisition du tableau de Václav Boštík intitulé ‘Modrá pro Jana Palacha’ (‘Le bleu pour Jan Palach), alors que dans les années de normalisation qui ont suivi, on a fait une fois de plus un énorme pas en arrière », remarque la commissaire.
Ce n’est qu’avant la chute du régime communiste en 1989 que la galerie d’Ostrava a de nouveau pu acheter des œuvres contemporaines, ainsi que celles de jeunes auteurs et artistes de la région. Depuis la révolution de Velours, l’institution a complété ses collections : les subventions du ministère de la Culture lui permettent d’acheter des œuvres d’artistes du XXe siècle qu’il était impossible d’acquérir sous l’ancien régime (et dont les prix ne cessent de grimper sur le marché), comme par exemple celles des sœurs plasticiennes Jitka et Květa Válová.
Enfin, la Maison des Arts consacre une exposition spéciale à un artiste redécouvert ces dernières années : à l’architecte et photographe Milan Pitlach (1943–2021) qui, avant d’émigrer en 1981 en Allemagne de l’Ouest et après la chute du mur de Belin, a photographié Ostrava et ses habitants.















