Pour un débat plus nuancé sur la Russie

Vladimir Poutine, foto: ČTK

Le caractère du débat mené actuellement en République tchèque concernant la politique de la Russie est examiné dans un commentaire que nous avons retenu pour cette revue de la presse. L’affaire dite Jana Nagyová, du nom de la directrice du bureau de l’ancien Premier ministre Petr Nečas, défraie de nouveau la chronique, avec la publication dans la presse de leurs écoutes téléphoniques. Nous vous en donnerons quelques détails. Autre thème évoqué dans les médias nationaux cette semaine : l’apport économique de l’appartenance de la République tchèque à l’Union européenne. Et puis à l’occasion de l’ouverture au public des espaces situés en bas de l’ancien monument à Staline à Prague, certains événements liés à la réalisation de cette sculpture gigantesque ont été rappelés dans la presse. Une presse qui s’est également interrogée sur les conséquences d’un éventuel blackout à Prague.

Vladimir Poutine, foto: ČTK
Le débat relatif à la politique menée ces derniers mois par la Russie devrait être plus nuancé et moins exagéré. C’est ce qu’estime l’auteur d’un commentaire publié sur le site du quotidien Hospodářské noviny. Pour lui, l’argumentation présentée est souvent exagérée et hystérique, même si le ton émotionnel du débat est tout à fait compréhensible. Il dénonce également la facilité avec laquelle sont faits des parallèles historiques :

« Il est aujourd’hui très populaire d’évoquer le Traité de Munich et de prétendre que si l’on ne s’oppose pas fermement à Poutine, comme les puissances occidentales ne se sont pas opposées à Hitler en 1938, on connaîtra un dénouement semblable. Mais un tel parallèle est dépourvu d’exactitude. Non seulement Poutine, qu’on le veuille ou non, n’est pas une simple copie de Hitler, mais cette comparaison est également compromise, car trop souvent utilisée. Il est bien sûr très important de se servir de l’histoire comme source de leçons. Il faut toutefois comprendre que l’histoire ne se répète pas et ne peut jamais se répéter à 100%. Sinon, nous nous comporterions comme des généraux qui se préparent à une guerre déjà révolue. »

S’agissant de la Russie de Poutine, c’est le présent, et non le passé, aussi engageant celui-ci soit-il, qui prévaut. Selon Michal Musil, au lieu de faire des parallèles historiques, il vaut mieux présenter les faits sur le régime en Russie et dénoncer, par exemple, l’état des droits de l’homme dans le pays, la liquidation des ONG traditionnelles ou la violation de la liberté de la presse dont sont victimes les médias qui ne se soumettent pas à la ligne officielle du Kremlin. En conclusion, le journaliste cite Jean-François de La Harpe qui affirme : « On affaiblit toujours ce qu’on exagère ».

La publication des écoutes téléphoniques de Jana Nečasová-Nagyová crée la polémique

Jana Nečasová-Nagyová, photo: ČT24
L’édition de jeudi de Mladá fronta Dnes, un des quotidiens tchèques les plus lus, a consacré trois pages à l’affaire Jana Nagyová, l’ancienne directrice du cabinet de l’ex-Premier ministre Petr Nečas, devenue son épouse, et plus précisément aux retranscriptions des écoutes de leurs conversations téléphoniques. Dans cette affaire qui a entraîné la chute du gouvernement Nečas en juin 2013, Jana Nečasová-Nagyová est accusée d’abus de pouvoir et de corruption. Le journal constate que ces écoutes confirment la grande influence que la directrice exerçait sur le chef du gouvernement. D’un autre côté, leur publication a rouvert la polémique sur le bien-fondé de cette démarche. Rédacteur en chef de l’hebdomadaire Respekt, Erik Tabery a par exemple écrit :

« Les écoutes téléphoniques ne révèlent qu’un fragment de la réalité, un fragment souvent restreint. Mais surtout, il ne faut pas oublier qu’un suspect n’est qu’un suspect, et que même ceux que nous n’aimons pas, sont des êtres humains... Jana Nagyová et Petr Nečas sont coupables quel que soit le verdict que rendront les tribunaux, car ils ont violé les règles. Leur culpabilité politique est indiscutable, et c’est pourquoi ils méritent d’être critiqués. Nous avons également le droit de savoir comment fonctionnait leur ‘système’... Toutefois, pourquoi devrait-on savoir que le Premier ministre appelait madame Nagyová ‘Janulka, mon amour’ ? Et pourquoi devrait-on connaître les détails de la relation intime de deux personnes ? »

Constatant qu’une écoute téléphonique intervient dans la vie privée de ses protagonistes, Erik Tabery considère que la publication de chacune des phrases se doit d’être soigneusement réfléchie.

La Tchéquie apprécie le profit économique de son appartenance à l’UE

Photo: Commission européenne
Les résultats d’une récente étude gouvernementale effectuée à l’occasion du 10e anniversaire de l’adhésion de la République tchèque à l’Union européenne, étude s’intéressant au profit économique tiré par le pays de sa qualité de membre, ont été publiés dans l’édition de mardi du quotidien Lidové noviny. Cette étude constate entre autres :

« L’UE lutte pour nos intérêts et permet à l’économie tchèque de réaliser des bénéfices astronomiques. Près de 3,1 billions de couronnes : tel est le montant de ce que l’appartenance à l’Union a apporté à la Tchéquie en l’espace de dix ans. Elle aurait pu gagner 290 milliards de couronnes supplémentaires si elle avait rejoint la zone euro la même année que la Slovaquie, en 2009. »

La monnaie européenne fait aussi l’objet d’un long commentaire de Tereza Holanová sur le site aktualne.cz :

« Tout indique que les Tchèques n’auront pas l’euro avant 2020 au plus tôt. La coalition gouvernementale ne tient pas pour l’instant à intégrer la zone euro, et ce bien que selon de nombreux experts, la République tchèque soit prête économiquement. En outre, la Banque nationale, en fin d’année dernière, a recommandé au gouvernement de ne pas fixer de date précise pour l’adoption de l’euro. »

L’auteur remarque également qu’à la différence de plusieurs nouveaux pays membres, la République tchèque remplit les critères nécessaires pour adopter l’euro, exception faite du cours de la couronne par rapport à l’euro. Ainsi, la position tchèque confirme l’idée selon laquelle la volonté de disposer de la monnaie unique est plus importante que la situation économique. Et cette volonté, les Tchèques ne l’ont pas tout simplement.

Même après sa mort, Staline avait un immense monument à Prague

Le monument de Stalin, photo: Miroslav Vopata, CC BY-SA 3.0 Unported
« Un endroit déprimant » : c’est ainsi que le quotidien Lidové noviny décrit l’espace qui se trouve en bas de l’emplacement où s’est dressée, entre 1955 et 1962, à proximité du centre de Prague, une sculpture géante avec à sa tête Joseph Staline. Cet espace a été récemment ouvert au public. L’occasion pour le journal de rappeler certains événements marquants liés à cette réalisation gigantesque sur la colline de Letná au-dessus de la Vltava :

« A l’étonnement général, l’appel d’offres pour le monument à Staline lancé en 1949 a été remporté par le sculpteur Otakar Švec, le disciple des sculpteurs reconnus qu’ont été Myslbek et Štursa. Sa victoire ressemble pourtant à une victoire de Pyrrhus, car l’artiste, dont l’œuvre était jusqu’alors étroitement liée à la Première République tchécoslovaque, n’était pas particulièrement apprécié par le régime communiste. Par ailleurs, Otakar Švec s’est suicidé avant même l’inauguration du monument, un geste qui a été accompagné à l’époque de nombreuses rumeurs. »

Zdeněk Lukeš note également que, paradoxalement, cette « œuvre monstrueuse et très onéreuse » a été dévoilée en 1955, alors que le dictateur soviétique était déjà mort et critiqué dans son pays pour le culte de sa personnalité. Il aura fallu attendre sept ans avant que les autorités communistes tchécoslovaques ne décident de détruire le monument. En conclusion, l’auteur de l’article remarque qu’une autre immense construction de l’époque communiste à Prague est actuellement en voie de liquidation. Il s’agit d’un hôtel opulent situé dans le beau quartier d’Hanspaulka, qui servait auparavant à la nomenklatura locale. La municipalité est unanime : la destruction de l’édifice est moins onéreuse que son éventuelle transformation.

Prague évalue les conséquences d’un éventuel blackout

Blackout à Toronto, photo: Camerafiend, CC BY-SA 3.0 Unported
S’appuyant sur les résultats d’exercices simulés, le quotidien Mladá fronta Dnes a informé récemment ses lecteurs des conséquences qu’aurait un éventuel « blackout » à Prague. Même si la ville semble mieux préparée à un tel scénario que certaines autres capitales européennes, elle n’échapperait cependant pas à certaines situations dramatiques, car elle ne dispose pas de réserves énergétiques suffisantes. Le journal précise :

« A l’issue des exercices effectués en février, il s’avère que l’ensemble de la ville serait probablement privée d’eau. Près d’un quart des habitations seraient également privées de chauffage. Si le blackout survenait à une heure de pointe, environ 140 000 personnes resteraient bloquées dans le métro. La situation serait critique également dans les hôpitaux et les établissements de santé, car les réserves en énergie ne suffiraient que pour quelques heures. En ce qui concerne les téléphones portables, les trois opérateurs présents en Tchéquie assurent pouvoir assurer leurs services dans un régime limité. »

Si personne à Prague n’espère qu’ un tel cas de figure se produise véritablement, les responsables concernés sont plus pragmatiques. Pour eux, la question n’est pas de savoir s’il y aura un jour une panne générale de courant, mais quand.