Pour Vaclav Klaus, la Tchéquie vit « une guerre civile froide »

Le président Vaclav Klaus, photo: CTK

Comme il fallait s'y attendre, c'est la situation politique en République tchèque paralysée par l'impasse postélectorale qui a été le sujet principal du discours traditionnel prononcé par le président Vaclav Klaus au seuil du Nouvel An.

Le président Vaclav Klaus, photo: CTK
Le bilan politique fait par le chef de l'Etat a été assez sombre :« Depuis sept mois nous n'avons pas de gouvernement jouissant de la confiance de la Chambre des députés, ce qui est un record dont nous ne pouvons pas nous vanter. Probablement personne ne peut être content de nos souffrances postélectorales ».

Le président a évoqué les causes et les conséquences de cette situation qui risque de se prolonger encore car le prochain gouvernement ne dispose pas non plus de la majorité à la Chambre. Selon ses dires, le résultat des dernières élections démontre que la moitié de la population tchèque désire un changement tandis que l'autre moitié le craint. Les forces de la droite et celles de la gauche sont donc pratiquement égales. Et le président de constater que, au cours de la première moitié de l'année dernière, le gouvernement a été paralysé par l'approche des élections, dans la seconde moitié il ne disposait pas du mandat de la Chambre des députés car les protagonistes de la scène politique n'ont pas été capables de trouver un compromis : «La rivalité sans compromis des conceptions, des idées et des programmes politiques surtout avant les élections est indispensable pour la démocratie, mais ne doit pas dégénérer en une guerre civile froide à laquelle ressemble dans une certaine mesure la situation actuelle chez nous. » L'issue de cette impasse politique repose, selon le président, dans un accord constructif des partis politiques.

Vaclav Klaus a insisté également sur l'urgence des réformes que le nouveau gouvernement devrait réaliser. Une partie du discours a été consacrée à nos rapports vis-à-vis de l'Union Européenne. Vaclav Klaus a critiqué le caractère bureaucratique de certaines institutions de l'Union et exhorté à la vigilance face aux tendances à rouvrir le débat sur la Constitution européenne. Il a salué l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie tout en soulignant que ces nouveaux adhérents ne devraient pas être considérés comme des pays de la seconde catégorie.

Les protagonistes de la scène politique ont accueilli ce discours plutôt positivement bien que certains estiment que la métaphore de « la guerre froide » est un peu exagérée. Le Premier ministre Mirek Topolanek voit dans le discours un appel à ce que le futur gouvernement s'engage dans les réformes. Le chef de la social-démocratie Jiri Paroubek partage les vues du président sur la situation politique tchèque et se considère lui-même comme la cible de la lutte sans merci qui divise notre scène politique. Il n'est pas d'accord cependant avec les vues du président sur l'Union européenne. Quant au leader du Parti des Verts Martin Bursik, il souligne qu'en appelant à un compromis, le président a en vue une grande coalition du Parti civique démocrate et de la social-démocratie, solution qui, à son avis, serait fatale pour la réalisation des réformes en République tchèque.

La presse s'est montrée beaucoup plus critique face à l'allocution du président. Le commentateur du journal Lidove noviny Jan Kubita reproche au chef de l'Etat d'avoir prononcé un discours fade qui n'a offensé personne mais qui n'a rien révélé du nouveau. Dans le journal Mlada fronta Dnes, le commentateur Martin Komarek affirme que le président a appuyé, par ses exhortations aux réformes de facto, le programme du nouveau gouvernement de Mirek Topolanek. Quant au journaliste du quotidien Pravo Martin Hekrdla, il rappelle au président que la Constitution européenne qu'il refuse, garantirait en réalité dans les pays membres les mesures de restriction que Vaclav Klaus appelle de ses voeux.