Presse : la France et ses inspirations possibles pour la Tchéquie

Cette nouvelle revue de presse s’intéresse d’abord aux relations franco-tchèques. Une réflexion ensuite sur les positions que défendrait aujourd’hui, probablement, l’ancien président tchèque Václav Havel. Un autre sujet traité : les prévisions et les attentes pour 2022.

« Essayons de devenir une France de l’Europe centrale. Ainsi, on vivrait mieux ici ». Tel est le titre d’un texte publié dans le journal Deník dans lequel son auteur rappelle que « la Tchécoslovaquie était née et a perduré surtout grâce à la France » et que pour toute une génération des Tchèques, notamment entre les deux guerres mondiales, Paris était ce que représentent aujourd’hui pour les jeunes New York, Londres ou Berlin. Constatant que la situation actuelle se présente différemment, il a indiqué :

Václav Klaus | Photo: Filip Jandourek,  ČRo

« Nous autres Tchèques avons tendance à être hautains même si, souvent, il n’y ait aucune justification pour cela. Or, on peut se demander d’où vient un certain dédain à l’égard de la France qui nous caractérise. Il prend racine dans les années 1990 où les représentants du Parti civique démocrate (l’ODS) au pouvoir ont pris l’habitude de l’étiqueter comme un pays quasi ‘communiste’. Václav Klaus, ancien Premier ministre et ex-président de la République, a réussi à en convaincre une grande partie des Tchèques. »

Le souvenir des Accords de Munich de 1938, l’ignorance du français, une langue qui n’est pas très répandue en Tchéquie, et des investissements français peu visibles dans le pays : autant d’éléments qui ont également contribué à cet éloignement. « Les espoirs liés à Andrej Babiš, chef du gouvernement tchèque pendant huit ans, qui a sa seconde résidence en France et qui est francophone, ne se sont pas réalisés, faute d’un dialogue politique et économique pertinent », ajoute le journaliste avant de poursuivre :

Les Accords de Munich,  photo: Bundesarchiv,  Bild 183-R69173 / CC-BY-SA

« Les Français sont habitués à revendiquer leurs droits et, tant qu’il le faut, à lancer une grève. La cohabitation sociale, la tolérance, la responsabilité et la solidarité avec les autres Français, avec les autres pays en Europe et dans le monde, peuvent nous servir d’inspiration. »

En dépit des multiples problèmes qu’elle affronte, la France a réussi à persévérer son charme et son élégance et à se classer dans de nombreux domaines à la pointe mondiale. « C’est pour cela que l’on devrait essayer de mieux la connaître, de coopérer avec elle et de créer des alliances européennes », écrit le commentateur de Deník.

Si Václav Havel était encore là

Václav Havel | Photo : Jaroslav Mrkvička,  Flickr,  CC BY-NC 2.0

« Nous nous souvenons de Václav Havel, mais en même temps, nous nous éloignons de lui et de la période qui était la sienne ». C’est ce dont fait part le commentateur du quotidien économique Hospodářské noviny qui soulève en rapport avec le récent 10ème anniversaire de son décès une question hypothétique : comment l’ancien président tchèque se comporterait-il et quelles seraient ses réactions à ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui ? Il écrit :

« La situation politique change et pas seulement en Tchéquie. On voit se former une nouvelle Europe centrale. Lorsque Václav Havel était président, nous nous employions à édifier un Etat démocratique et une économie de marché, souhaitant de concert avec lui développer la société civique et l’orientation pro-européenne. Cet heureux récit a cédé place à un climat marqué par des affaires de corruption et un euroscepticisme assez prononcé. »

Le journaliste estime qu’avec la crise économique de 2008 et la crise migratoire de 2015, le consensus libéral conservateur en Europe centrale s’est désagrégé. Une approche qui a mené à des conflits des pays de la région avec les démocraties occidentales et qui y a également établi un nouvel agenda nationaliste. « Que ferait Václav Havel dans cette situation ? », s’interroge-t-il. Voici sa réponse :

Greta Thunberg,  photo: Anders Hellberg,  CC BY-SA 4.0

« Il n’y a aucun doute qu’il s’opposerait à cette tendance conservatrice nationaliste. Très probablement, il chercherait des sources dans l’activation civique qui défendrait la perspective européenne, l’Etat de droit, l’accueil des migrants, tout en favorisant l’adoption du Green Deal. Et, au lieu de renvoyer Greta Thunberg à l’école comme le font certains politiciens tchèques, il l’inviterait probablement au Château de Prague. Mais surtout il ne se ferait pas calmer par le départ du Premier ministre Andrej Babiš pour penser que notre démocratie a été sauvée et la chute vers une démocratie non libérale arrêtée. »

Les attentes et les prévisions pour l’an 2022

La Tchéquie a devant elle un dégrisement économique, annonce le commentateur du site Seznam Zprávy. Il explique :

Andrej Babiš | Photo: Archives du Gouvernement tchèque

« Les problèmes qu’affronte le pays avoir été gouverné pendant huit ans par le cabinet d’Andrej Babiš sont nombreux. On ne citera qu’une perception fragilisée de la culture politique ou la position aléatoire du pays au sein de l’Union européenne liée notamment au conflit d’intérêt du Premier ministre démissionnaire. S’y ajoutent l’épidémie de coronavirus, une inflation sans précédent ces dernières années et la hausse sauvage des prix d’énergies. Ce sont pourtant les finances publiques délabrées qui traversent tel un fil rouge l’ensemble des problèmes tchèques qui limitent les capacités d’action du nouveau gouvernement le plus. »

« Vu la constellation peu commune de phénomènes politiques et économiques néfastes, le dégrisement macroéconomique tchèque à laquelle la Tchéquie doit s’attendre ne disparaîtra même pas lorsqu’un jour, nous sortirons de l’épidémie de Covid », estime le commentateur.

Petr Fiala | Photo: Ondřej Deml,  ČTK

Le journal en ligne Forum24.cz attend du nouveau cabinet de Petr Fiala « une nette orientation prooccidentale en politique étrangère ».  Cela signifie en premier lieu une participation active à l’Union européenne et à l’OTAN :

« La Tchéquie est notamment appelée à s’opposer à la Russie agressive qui menace la paix en Europe, déployant ses unités le long de sa frontière avec l’Ukraine et présentant ses revendications. Notre gouvernement doit déclarer clairement qu’un tel comportement en matière de rapports internationaux est inadmissible. L’Ukraine est un pays souverain qui a le droit de décider de son avenir y compris son éventuelle appartenance à l’OTAN. »

« Les Tchèques ont vécu une année charnière, car ils ont voté pour un changement politique », écrit l’éditorialiste de l’hebdomadaire Respekt, selon lequel deux points sont à retenir :

Miloš Zeman | Photo: Jiří Ovčáček,  Twitter de Jiří Ovčáček

« Pour la première fois, les communistes ne seront pas représentés au Parlement, pendant que prend fin l’ère d’Andrej Babiš, son cabinet étant remplacé par le gouvernement de coalition dirigé par  Petr Fiala. L’année prochaine sera placée sous le signe de la campagne présidentielle. Les Tchèques auront ainsi l’opportunité de choisir un chef de l’Etat digne de ce nom qui succédera à l’actuel président Miloš Zeman. Force est pourtant de souligner qu’il s’agira ni plus ni moins que d’une ‘opportunité’, qui pourra être saisie ou non. »