Pravčická brána – de nouvelles lois naturelles dévoilées par des scientifiques tchèques

La porte Pravčická, photo : Budka, Radio Prague

Après plus d’un siècle de controverses scientifiques, une équipe de géologues tchèques et américains ont dévoilé un processus naturel qui régit la Pravčická brána (la porte Pravčická). Façonnée au cours des millénaires dans un massif de grès, cette voûte naturelle, la plus grande d’Europe, constitue la principale attraction de la Suisse tchéco-saxonne en Bohême du Nord. Les résultats des recherches, de portée universelle, ont été publiés la semaine dernière dans le prestigieux magazine Nature Geosciences.

La porte Pravčická, photo : Budka, Radio Prague
Le grès étant une roche détritique, issue de l’agrégation naturelle de grains de sables, les scientifiques ont longtemps cherché à savoir comment il est possible que des formations géologiques telles que la Pravčická brána, ou par exemple la célèbre Delicate Arch aux Etats-Unis, ne se sont pas encore effondrées, d’autant plus que ce minéral ne contient aucun type de ciment. Chercheur à l’Institut de géologie de l’Académie des sciences de la République tchèque et membre de l’équipe scientifique, Michal Filippi nous expose la version simplifiée du principe qui fait l’objet de la découverte :

Photo : ČT24
« Si vous exercez une pression sur le grès qui ne contient pas de ciment, il a cette particularité de résister à l’érosion. Si aucune pression n’est exercée, le rocher s’érode facilement, et au contraire, plus la pression est grande, plus le minéral est solide. C’est son propre poids qui est responsable de la pression. S’il y a une discontinuité dans le massif, disons une petite faille, le grès va répartir la pression autour de cette faille, qui devient sujette à l’érosion par l’eau, le vent et tous les autres éléments. On peut donc dire que les formes uniques de ces rochers dépendent de leurs poids et de la discontinuité présente. »

David Mašín, photo : ČT24
Sous la direction de Jiří Bruthans l’équipe composée de neuf chercheurs (huit Tchèques et un Américain) a effectué au cours de plusieurs années des expérimentations pour comprendre l’étonnante solidité du massif. Il a tout d’abord fallu reconstituer le grès qui forme le strate de roche sédimentée. C’est ce qu’explique David Mašín du département de l’hydrologie, de géologie et de géophysique appliquée de la faculté des sciences de l’Université Charles :



Photo : ČT24
« Si vous exercez de la pression sur un pâté de sable, et que cette pression est suffisamment importante, le pâté de sable s’effondre. Ce matériau fait exactement le contraire. Plus la pression est importante, plus le pâté de sable est solide. Par exemple, ce modèle pourrait porter le poids d’une Škoda Superb. »

C’est en étudiant la Pravčická brána en Tchéquie que les recherches ont abouti. Cependant, l’énigme planait sur de très nombreuses formations géologiques de ce type, comme le souligne Michal Filippi :

Michal Filippi, photo: David Němec, ČRo
« C’est précisément en cela que les résultats de notre recherche sont intéressants et qu’ils ont vite acquis une importance mondiale. On peut trouver ces formations géologiques dans toutes les régions où on note la présence du grès. En Allemange, en Belgique, en France… La région la plus connue est bien évidemment le parc national des Arches dans l’Utah aux Etats-Unis. Là, ces phénomènes sont nombreux et très bien préservés. Mais on en trouve également en Jordanie etc. C’est pourquoi ce travail a suscité l’intérêt de nombreuses personnes dans de nombreux pays. »

Avec ses 21 mètres de hauteur et près de 27 mètres de largeur, située dans la majestueuse région de la Suisse tchéco-saxonne, la Pravčická brána s’était hissée, en 2007, parmi les sites sélectionnés au concours des Sept nouvelles merveilles de la nature. Bien qu’elle ne figure pas sur cette liste aujourd’hui, son importance et sa primauté au niveau mondial ne font maintenant plus de doute.