Présidences de l’UE, ouverture du marché du travail français, Année économique : France et Tchéquie main dans la main pendant un an

Nicolas Sarkozy, photo: CTK

Après la Slovénie et avant la République tchèque, le 1er janvier prochain, la France a pris, mardi, pour six mois la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Un relais qui s’effectue dans un climat délicat alors que la ratification du Traité de Lisbonne pose problème dans certains pays, dont la République tchèque. Mais ce 1er juillet marque aussi l’ouverture du marché du travail français aux pays qui ont rejoint l’UE en mai 2004, ainsi que le début de l’Année économique tchéco-française.

Bernard Kouchner et Condoleezza Rice, photo: CTK
« La Tchéquie se prend une claque de Paris » : tel était le titre en une de l’édition de mardi de Lidové noviny. La présidence française commence donc en fanfares pour le quotidien pragois qui rapporte certains propos du ministre français des Affaires étrangères. Interrogé sur le problématique processus de ratification du Traité de Lisbonne, Bernard Kouchner a notamment déclaré que la France entendait beaucoup discuter avec ses amis tchèques mais que de toute façon, ces derniers devraient finalement se laisser convaincre. Le chef de la diplomatie française a ensuite adopté un ton moins diplomatique en rappelant que sans le traité réformateur, l’élargissement de l’UE n’était pas possible. « Pourquoi devrions-nous accueillir d’autres Etats si nous faisons du surplace ? Et nous ne pouvons pas échanger les Croates ou les Serbes contre les Tchèques », a-t-il ainsi dit en faisant allusion à la volonté du gouvernement tchèque de voir la Croatie rejoindre au plus vite les Vingt-Sept. A Prague, le ministre des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, a réagi en affirmant ne pas comprendre les déclarations de son homologue français. Et ce d’autant moins, a-t-il précisé, que le gouvernement a clairement fait savoir qu’il s’efforcera de faire ratifier le traité dès que la Cour constitutionnelle, où son texte est actuellement à l’étude, se sera prononcé sur sa conformité ou non avec la Constitution tchèque.

Cette guéguerre des mots ne gâche cependant pas la satisfaction tchèque de voir la France enfin supprimer les dernières restrictions administratives à la libre circulation des travailleurs de huit pays dits « nouveaux », à savoir qui ont intégré l’UE en mai 2004. La décision de Paris entre symboliquement en application le jour du début de la présidence française. Et même si les Tchèques ne s’apprêtent pas, loin s’en faut, à envahir un marché du travail français qu’ils considèrent généralement comme très difficile d’accès, ils estiment néanmoins qu’il s’agit là d’une mesure qui pourrait les aider à les faire sortir de leur statut d’« Européens de seconde zone ». Un sentiment de se trouver à la périphérie d’une Europe à plusieurs vitesses dont les Tchèques souffrent parfois et qui pourrait donc progressivement disparaître, comme l’a reconnu le ministre de l’Industrie et du Commerce, Martin Říman :

Martin Říman, photo: CTK
« Le fait que les pays membres de l’UE possèdent les mêmes droits et les mêmes obligations a surtout un effet psychologique. Pour nous, c’est très important parce que les quatre libertés fondamentales sur lesquelles repose la communauté européenne sont la liberté de circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux. C’est un avantage essentiel que désirait la République tchèque qui veut être membre à part entière de l’UE. »

Dans les faits, seules quelques centaines de Tchèques pourraient aller travailler en France. Les raisons de ce désintérêt sont la méconnaissance du français, la faible pratique par les Français des langues étrangères et un taux de chômage relativement élevé, contrairement au marché tchèque qui manque, lui, de main-d’œuvre qualifiée. Selon le ministère du Travail et des Affaires sociales, la France ne figure ainsi qu’en 17e position au classement du nombre de Tchèques travaillant dans les pays de l’UE. Quant aux autorités françaises, elles ont indiqué n’avoir délivré que 114 permis de séjour à des Tchèques pour raisons professionnelles en 2007.

Si la circulation des personnes dans le sens République tchèque – France est donc très réduite, les échanges commerciaux sont plus reluisants. A l’occasion, mardi, du lancement de l’Année économique tchéco-française, le ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce a souligné que si la France n’était que le quatorzième partenaire commercial de la République tchèque en 1989, elle occupait la quatrième place en 2006 et 2007. Un classement qui est aussi celui de la France en tant qu’investisseur en République tchèque. Enfin, le volume des exportations tchèques en France a été multiplié par dix-neuf entre 1993 et 2007 et par neuf dans le sens inverse. Mais comme n’a toutefois pas non plus manqué de le souligner Martin Říman, « il y a encore de la place pour faire mieux ». Ce sera donc l’objectif de cette Année économique tchéco-française qui s’achèvera en même temps que la présidence tchèque de l’UE le 1er juillet 2009.