Presse : les plus grandes fortunes tchèques, un phénomène unique dans la région

Cette revue de presse se penche sur le phénomène des plus grandes fortunes tchèques, souvent considéré comme unique dans la région. Au programme également : le départ d’un animateur populaire de la Télévision tchèque, l’augmentation du nombre de personnes âgées, des projets d’économies dans le secteur météorologique et des controverses autour de la Journée internationale des femmes.

Les très grandes fortunes tchèques n’ont pas d’équivalent dans la région. C’est le constat dressé par l’hebdomadaire Respekt, qui estime que ce phénomène peut être considéré comme « une anomalie tchèque ».

« Le passage d’une économie centralisée à une économie de marché dans les années 1990 a entraîné un incroyable redéploiement des richesses en Europe de l’Est. Trente-cinq ans plus tard, on peut voir que l’approche tchèque, qui consistait à vendre le plus rapidement possible les biens de l’État, a généré un groupe relativement important de personnes extrêmement riches. C’est bien visible, par exemple, dans le classement des 500 personnes les plus riches de la planète, établi régulièrement par l’agence américaine Bloomberg. On trouve quatre Tchèques dans cette liste. A l’exception des citoyens russes, ce club élitiste des citoyens les plus riches de la planète ne compte qu’un seul milliardaire originaire de l’ancien bloc de l’Est : l’Ukrainien Rinat Akhmetov. Sinon, aucun Polonais, Slovaque, Bulgare, Roumain, Estonien, Lituanien ou Letton. Seulement quatre Tchèques et un Ukrainien. »

Selon Respekt, l’immense fortune de ces super-riches originaires de Tchéquie est donc une véritable anomalie dans cette zone géographique, qui trouve probablement son origine dans l’approche tchèque de la privatisation. « L’existence même de Tchèques extrêmement riches est surprenante, improbable. On devrait donc se demander si cela n’est pas dû au fait que l’État leur fait des concessions. Autrement dit, si leur succès n’est pas en partie dû à l’interconnexion entre les milieux d’affaires et politiques. Et s’il n’est donc pas possible que cela entraîne un déficit d’argent pour d’autres dépenses », ajoute-t-il.

A la surprise générale, un journaliste emblématique quitte la Télévision tchèque en direct

« Fortement médiatisé, le départ de Václav Moravec de la Télévision publique tchèque n’est pas un incident isolé. De concert avec l’intention de supprimer la redevance audiovisuelle, il est l’un des symptômes de la pression exercée par la coalition gouvernementale sur ce média. » C’est du moins l’avis de l’éditorialiste du journal en ligne Forum24.cz, qui réagit à la décision de l’un des visages les plus connus de la Télévision tchèque de quitter la chaîne publique.

'Les questions de Václav Moravec' | Photo: ČT

Après 21 ans à la tête de l’émission politique dominicale Otázky Václava Moravce (« Les questions de Václav Moravec »), l’animateur a annoncé son départ. « Les médias publics n’ont plus autant d’importance qu’avant le développement d’Internet. Néanmoins, dans une situation où le résultat des élections est très souvent très serré, le contrôle de ces médias reste d’une importance capitale pour le pouvoir en place. Celui qui contrôle les informations et l’interprétation des événements peut contrôler la société », souligne encore Forum24.cz.

Pour le journal en ligne Echo24.cz, le départ de Václav Moravec de la Télévision tchèque soulève des questions concernant l’avenir de cette émission très suivie. « Qu’adviendra-t-il de cette émission-débat : portera-t-elle un nouveau nom, sera-t-elle supprimée ou encore qui la présentera ? », s’interroge-t-il.

Le site Seznam Zprávy indique encore à ce propos :

« Il est clairement regrettable que la carrière respectable de ce journaliste populaire à la Télévision tchèque se termine après deux décennies de cette manière, c’est-à-dire par une annonce surprenante et dramatique en direct à la fin de son émission. Ce n’est pas la forme de l’annonce qui était dramatique, mais son contenu. Les propos selon lesquels ce présentateur expérimenté ne peut plus garantir l’indépendance du travail éditorial et la réflexion critique sur les événements sont la dernière chose dont la Télévision tchèque avait besoin en ce moment. »

Le journal en ligne lidovky.cz voit l’événement d’un œil différent :

« Le célèbre animateur a annoncé son départ de la TV tchèque, justifiant sa décision et expliquant qu’il ne pouvait plus garantir l’indépendance de son travail et qu’il ne voulait pas décevoir la confiance des téléspectateurs. A première vue, il s’agit d’un geste fort et noble. Mais de nombreux téléspectateurs pourraient objecter : le problème n’était-il pas plutôt que lui-même ne la garantissait plus depuis longtemps ? En 21 ans, il s’est habitué à être son propre patron et ne supportait aucune ingérence. »

Un vieillissement massif de la population se profile en Tchéquie

Au cours de la prochaine décennie, la Tchéquie va connaître un changement sans précédent auquel elle n’est pas préparée. Le site Aktualne.cz explique que les générations les plus nombreuses partiront à la retraite, tandis que le nombre de personnes à la recherche d’une place dans des établissement classiques ou dans des établissements spécialisés pour personnes âgées ou celles nécessitant des soins intensifs permanents va fortement augmenter. Les experts tirent déjà, selon lui, la sonnette d’alarme, car ces établissements manquent de places :

Photo illustrative: Roberto Rosi,  Pexels

« Les données démographiques sont strictes. Dans une dizaine d’années, le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans va doubler et, pendant la même période, environ 300 000 personnes auront très probablement besoin d’une forme d’aide, de soutien ou de soins. Le pays ne semble pas être prêt à y faire face et, pour l’instant, aucune mesure fondamentale pour le préparer à cette situation à venir n’est envisagée ou mise sur pied. »

Pour gérer ce tsunami qui va bientôt irrésistiblement submerger la Tchéquie, le pays pourra s’inspirer à bien des égards, comme l’indique Aktualne.cz, de l’étranger :

« Le Japon est un modèle idéal, car ce à quoi nous serons confrontés dans une ou deux décennies, les Japonais le vivent déjà aujourd’hui. Près d’un tiers de la population japonaise a déjà plus de 65 ans. Mais l’inspiration pourrait également venir d’Europe. Par exemple aux Pays-Bas, où le système de soins de voisinage à domicile fonctionne avec succès depuis 20 ans déjà. »

Des restrictions budgétaires dans le secteur météorologique

« Il n’existe aucune enquête concernant la  popularité des administrations auprès du public. Si tel était le cas, l’Institut hydrométéorologique tchèque (ČHMÚ) figurerait parmi les favoris du classement. » C’est ce qu’affirme le chroniqueur du site Seznam Zprávy en lien avec les économies envisagées par le gouvernement d’Andrej Babiš et qui toucheront entre autres le secteur de la météorologie :

L’Institut hydrométéorologique tchèque  (ČHMÚ) à Brno | Photo: Vladan Dokoupil,  ČRo

« Peu d’institutions fournissent quotidiennement aux citoyens un tel service sans lequel ils auraient du mal à fonctionner. L’utilité des données et des informations concernant la météo est évidente. La curiosité de savoir quel temps il fera qui est propre tant aux agriculteurs et aux jardiniers qu’aux automobilistes et aux piétons semble être un besoin naturel. L’année dernière, les météorologues ont émis au total 369 alertes, un record historique, dont 88,5 % se sont avérées exactes ou partiellement exactes. La demande d’informations météorologiques augmente en raison de l’imprévisibilité du temps et de leur disponibilité numérique. »

L’Institut hydrométéorologique tchèque relève du ministère de l’Environnement qui est dirigé par les Automobilistes (Motoristé). Membre de la coalition gouvernementale, le parti propose de licencier 37 employés, soit un sur vingt, au plus tard au début de l’année prochaine. Cette année déjà, comme l’indique encore le chroniqueur, les météorologues perdront 20 millions de couronnes de frais de fonctionnement, selon les instructions du ministère des Finances. »

Le 8 mars : une date controversée en Tchéquie

« La Journée internationale des droits des femmes du 8 mars suscite l’embarras, mais elle est nécessaire ». Voilà le titre d’un texte publié dans le quotidien Deník N qui rappelle que l’ancien régime communiste accordait une grande importance à cette fête et qu’après sa chute, de moins en moins de gens avaient envie de la célébrer de quelque manière que ce soit. Cette approche clairement négative commence pourtant à changer peu à peu :

La Journée internationale des femmes dans le passé | Photo: APF ČRo

« Dans les pays comme la Tchéquie, il est difficile de revenir à une perception positive de la Journée internationale des femmes, en raison notamment du souvenir des festivités officielles et alcoolisées qui l’accompagnaient. Aux yeux de la plupart des gens, il s’agit donc d’une fête embarrassante, bien qu’en Occident, elle ait pris une autre direction et qu’elle soit parrainée par l’ONU. Devons-nous offrir des fleurs aux femmes le 8 mars ? Ou rappeler les inégalités persistantes ? Ou nous moquer des excès bizarres du passé récent ? Ou passer tout cela sous silence ? Autant de questions qui sont régulièrement soulevées à l’occasion de cette date. »

Une façon d’aborder la Journée internationale des femmes, selon le journal, serait tout simplement de la prendre pour une fête et de rappeler que la moitié de la population humaine, même dans les pays démocratiques riches, est encore défavorisée à bien des égards.