Quatre hommes politiques tchèques désignés persona non grata par la Russie

Karel Schwarzenberg, photo: ČTK

La Russie a dressé une « liste noire » de personnalités politiques européennes, auxquelles elle a interdit l’entrée sur son territoire. S’il s’agit au total de 89 personnes et responsables militaires, quatre hommes politiques tchèques sont également visés par cette interdiction.

Štefan Füle, Karel Schwarzenberg, Jaromír Štětina, Marek Ženíšek, photo: ČRo
Si ce document devait rester secret, Kremlin l’appliquait depuis plusieurs mois déjà et l’aurait désormais envoyé à toutes les ambassades concernées. Cette liste de persona non grata, révélée pour la première fois par la télévision finlandaise YLE, serait une riposte aux sanctions et interdictions d’entrée sur le territoire européen pour la Russie, depuis la crise ukrainienne. La République tchèque n’a pas été épargnée non plus et quatre hommes politiques ne peuvent désormais plus pénétrer sur le sol russe. Il s’agit du président du parti TOP 09 et candidat malheureux à la présidentielle, Karel Schwarzenberg, le député et vice-président du même parti, Marek Ženíšek, le député européen Jaromír Štětina et l’ancien commissaire européen, Štefan Füle. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Michaela Lagronová, a fait savoir que le département ne disposait pour l’instant que d’une copie non-officielle du document :

« Nous n’avons pas encore reçu cette liste de manière officielle, qui doit être transmise au ministère par le biais d’un courrier sécurisé. Nous supposons qu’elle devrait arriver au début de cette semaine. Ce document n’a toutefois aucun cadre juridique international. Nous ne comprenons pas pourquoi figurent sur cette liste justement les noms de nos quatre concitoyens. Nous allons bien évidemment exiger des explications de la part de la Russie. »

Karel Schwarzenberg, photo: ČTK
Le Premier ministre Bohuslav Sobotka, qui a appris la nouvelle par le biais des médias, a indiqué que le gouvernement tchèque aller coordonner ses agissements avec ceux des autres pays européens. Les quatre hommes politiques n’ont pas caché leur « fierté » de faire partie de la liste, en indiquant qu’ils sont en « bonne compagnie ». Pour le député Marek Ženíšek, son nom sur la liste traduit le fait qu’il « a bien fait son travail ». Le président du parti TOP 09 Karel Schwarzenberg a réagi à cette information avec un brin de sarcasme :

« C’est un grand honneur pour moi que de figurer sur cette liste. Parce que lorsque j’ai découvert les noms des autres hommes politiques, j’ai réalisé que je me trouvais vraiment dans un cercle de personnes honnêtes et distinguées. »

L’ancien commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, s’est de son côté exprimé sur le sens de cette liste :

« Il est ironique qu’une série de personnes, qui avaient tenté au cours des dernières années, mais surtout au cours des derniers mois, de nouer un dialogue ouvert et constructif avec la Russie et de trouver une solution, figurent sur la liste. A l’époque, celui qui n’était pas ouvert au dialogue et qui ne répondait pas, c’était précisément la Fédération de Russie. »

Štefan Füle, photo: Commission européenne
Štefan Füle a également précisé la différence entre la liste émise par l’Union européenne et celle par la Russie. Štefan Füle :

« Tandis que nos collègues russes peuvent savoir exactement pourquoi nous avons choisi d’inscrire telle ou telle personne sur notre liste, de notre côté nous ne connaîtrons pas leurs raisons à eux. Je dirais qu’il s’agit d’un geste symbolique de leur part, dans la mesure où tout contenu ou objectivité sont absents de cette liste. »

Parmi les 89 personnalités politiques, qui ne sont désormais pas les bienvenues sur le sol russe, figurent également quatre Français, dont l’ancien eurodéputé Daniel Cohn-Bendit ou le philosophe Bernard-Henri Lévy. Ce dernier a fait savoir que ce document dressait la liste de 89 « démocrates et amis de la liberté ». La Pologne compte quant à elle le plus grand nombre de persona non-grata, à savoir 17 au total. Ce lundi après-midi, le ministre des Affaires étrangères, Lubomír Zaorálek, a convoqué l’ambassadeur de Russie en République tchèque, Sergej Kiselev, afin qu’il lui fournisse des explications.