Quel avenir pour les chemins de fer tchèques ?

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Un système de rails et de signaux compatible avec celui de ses voisins : c'est ce qu'attend le secteur ferroviaire tchèque pour pouvoir enfin se mettre sur les rails du commerce. Grand délaissé des modernisations, le réseau tchèque n'est pas assez compétitif. Concrètement, cela se traduit par des pertes de plusieurs milliers de couronnes par semaine. Il faudra encore attendre quelques années avant une compatabilité complète avec les pays frontaliers.

Pour cause d'incompatibilité électrique, la République tchèque n'est pas encore reliée à ses voisins par des liaisions ferroviaires directes. Pour traverser la frontière tchèque, les marchandises doivent obligatoirement changer de train. Au-delà du simple désagrément, cette situation cause de sévères pertes à l'industrie ferroviaire tchèque. Les trains passent plus volontiers par l'Autriche voire la Pologne que par la République tchèque.

Sur la ligne Hambourg - Budapest, par exemple, le pays perdrait chaque semaine un million de couronnes. Effectuant un détour, les trains passent plutôt par l'Allemagne du sud et par l'Autriche ! On peut encore ajouter un demi-million de couronnes pour la ligne reliant la Slovaquie aux Pays-Bas. Le système électrique est le même en Allemagne et en Autriche et les changements ne sont pas nécessaires entre ces deux pays. Un élément à prendre particulièrement en compte lors du transport de marchandises lourdes par exemple.

Ce problème crucial ne se pose bien évidémment pas aux camions, pour qui les frontières ne signifient plus grand chose et dont le commerce du transport se développe, en République tchèque, aux dépens de celui des trains et de Ceské Drahy (CD), la compagnie nationale ferroviaire. En cause dans cette absence d'uniformisation du réseau ferroviaire européen : les politiques menées ces dernières décennies au niveau de chaque pays et sans aucune consultation réciproque.

La République tchèque dispose en Europe de la deuxième densité en termes de réseau ferroviaire, après la Suisse. Une grande partie de l'équipement ne rentre cependant pas en adéquation avec les standards européens. Avouons-le, cela peut avoir son charme parfois : il est souvent pittoresque de voyager en train dans le pays, les locomotives modernes construites par Siemens ou Alstom côtoyant de véritables pièces de musée des années 50. Pour l'efficacité en termes de rapidité, cela peut être une toute autre histoire ! Il existe bien des lignes rapides mais elles ne couvrent que partiellement le pays. De nombreux trains tchèques n'en utilisent pas moins les puissants moteurs d'AC Electricité.

De 1993 à 2004, la quantité des transports de fret par voie ferroviaire a baissé de 40 % en République tchèque, et ce au profit du transport routier, reflétant par ailleurs une certaine tendance européenne. 2003 a marqué un début de reprise et, l'année dernière, le transport ferroviaire a augmenté de 7 %.

La modernisation complète des voies et équipements tchèques devrait être réalisée d'ici à cinq ans, avec à la clé un système de naviguation unique, le GSM-R. Les coûts de cette refonte totale se chiffrent en milliards de couronnes. Une grande partie devrait être subventionnée par les fonds de développement européens.

Par ailleurs, Jaroslav Sousek, directeur de la section ferroviaire du ministère, a annoncé que la République tchèque adopterait le système unique de signalisation, dès que l'Union europénne mettra celui-ci en place. Rappelons que le projet est actuellement à l'étude au sein de l'Agence ferroviaire européenne.

Janvier 2007 a déjà vu un premier changement concret dans le paysage ferroviaire européen : l'ouverture totale des marchés nationaux de transports.

Rappelons que la République tchèque joua un rôle pionnier en Europe, en séparant la propriété des lignes ferroviaires de celle des trains, détenus par CD, la compagnie nationale. Depuis quelques années, le nombre d'opérateurs privés de lignes a vite augmenté, atteignant aujourd'hui 18 entités. La compagnie nationale de train n'en conserve pas moins une position dominante sur le marché tchèque.

Simral, un opérateur privé, devait ouvrir, en novembre dernier, une ligne rapide entre Prague et Ostrava, en Moravie, avec des locomotives Siemens. L'ouverture de la ligne a été repoussée à l'été prochain. L'assurance de sécurité est en effet primordiale. Il faut par exemple s'assurer de la non interférence de signaux avec les trains.

Si les réactualisations du système tchèque sont programmées, elles ne devraient pas se réaliser avant un certain temps. Dès aujourd'hui, cependant, des trains modernes peuvent bien sûr circuler à travers le pays et le marché tchèque peut s'adapter rapidement aux nouveaux standards. La reprise se confirmera sans doute dans les prochaines années.

Pour mémoire, rappelons que la première ligne de chemin de fer en Europe fut créée en Bohême : c'était la ligne reliant Ceské Budejovice à Linz, en Autriche, ouverte en 1832. C'est grâce aux forges de Fürstenberg, particulièrement rentables, que cette innovation fut possible. En 1836, une autre ligne devait relier Vienne aux mines de fer et de charbon de la Moravie du Nord.