Quel théâtre pour la première mondiale de la nouvelle pièce de Vaclav Havel?

Vaclav Havel et Dagmar Havlova

C'est l'événement culturel le plus attendu depuis bien longtemps à Prague : après une pause de près de vingt ans, Vaclav Havel revient au théâtre avec une nouvelle pièce, intitulée Odchazeni, qu'on pourrait traduire par Sur le départ. Mais après de longues discussions avec le Théâtre national, l'ancien président vient de décider que la première aurait lieu dans un autre théâtre, à cause de différends liés au casting et notamment au rôle principal féminin, qu'il souhaiterait être interprété par son épouse, Dagmar Havlova.

Martin Stropnicky, photo: CTK
C'est désormais le Théâtre de Vinohrady, divadlo na Vinohradech, qui semble bien placé pour emporter le morceau. Martin Stropnicky en est le directeur artistique, et il a déjà lu cette pièce qui fait tant parler d'elle :

«C'est un texte très intéressant, même surprenant par son thème je dirais. Le fait qu'il s'agisse d'un texte de Vaclav Havel, ancien président et personnage clé des changements démocratiques chez nous, un auteur connu qui si je ne me trompe n'a pas publié depuis 18 ans, tout cela rend l'affaire très intéressante du point de vue artistique. Et, parce qu'un théâtre doit aussi penser à des choses pratiques, c'est aussi intéressant du point de vue commercial, pour la publicité, etc. C'est bien sûr moins important mais quand même, c'est un grand honneur de pouvoir penser que nous pourrions avoir la première mondiale. Je m'en rends parfaitement compte. En plus, notre théâtre fête ses 100 ans en novembre et toute la saison est une saison un peu exceptionnelle. Pouvoir présenter cette pièce, ce serait bien sûr la cerise sur le gâteau. »

L'un des problèmes qui semblent être apparus dans les discussions avec le Théâtre national est le casting. On a lu dans la presse des entretiens sur le sujet avec l'épouse de Vaclav Havel. Dagmar Havlova joue déjà dans votre théâtre, donc pour vous le casting ne serait pas un problème ?

« Non. D'abord Dasa [le diminutif de Dagmar] est un membre de la famille si je peux le dire ainsi. Pendant des années elle a travaillé ici avec d'excellents résultats. Elle est revenue l'année dernière et elle aura un nouveau rôle cet automne. Donc penser à Dasa dans ce contexte est absolument logique. Mais il y a une chose plus importante : elle est la femme de l'auteur. Si un auteur de cette qualité en écrivant pense dès le début à sa femme - une excellente actrice - je crois qu'il est bon de respecter cette vision d'origine. Je pense que c'est une valeur ajoutée à la pièce. Parce que cette pièce a certains côtés très autobiographiques et c'est fascinant de voir là une des protagonistes de la pièce être à la fois le personnage auquel l'auteur pensait en écrivant ce rôle. Ça me paraît dommage de ne pas l'utiliser, pour le dire très pragmatiquement. »