Le come-back étroitement suivi de Dagmar Havlova sur les planches

Petr Kostka et Dagmar Havlova, photo: CTK

Retour de Dagmar Havlova sur les planches - événement théâtral de la saison... Etre à la fois l'épouse de l'ex-président tchèque, Vaclav Havel, et l'une des comédiennes les plus populaires du pays, voilà deux atouts qui justifient l'immense intérêt et la grande curiosité que le public et la critique réservent à ce come-back, prévu pour ce vendredi 17 mars. Il va de soi que celui-ci est très étroitement suivi, aussi, par les médias.

« Son moment de vérité », titre le dernier supplément du quotidien Mlada fronta Dnes... Une allusion à la version tchèque du titre de la pièce du dramaturge américain Israël Horovitz, connue en version française sous le nom de « Quelque part dans cette vie », que Dagmar Havlova a choisie pour son come-back sur les planches.

L'interruption de la carrière de celle que le public tchèque connaissait et aimait sous le nom de Dagmar Veskrnova, a duré plus de huit ans. C'est effectivement en janvier 1997, au lendemain de son mariage avec Vaclav Havel, qu'elle a décidé de rompre ou, si vous voulez, d'interrompre son excellent parcours artistique. Dès lors et jusqu'à ce vendredi 17 mars, elle n'est jamais apparue sur scène ou sur l'écran, sauf dans quelques spectacles de bienfaisance qu'elle avait donnés en campant le rôle titre dans « La Reine Kristine » de Strinberg, sur la scène du théâtre Na Vinohradech.

Dans les années 70 et 80, tout le monde en Tchéquie connaissait Dagmar Veskrnova. A cette époque-là, elle avait à son actif des dizaines de rôles. Actrice parmi les plus prisées, elle brillait notamment au cinéma et sur le petit écran où elle aimait se présenter comme une jeune fille gaie, un peu farfelue, mettant à profit ses grands talents comiques.

C'est pourtant au théâtre que Dagmar Veskrnova, qui avait fait des études à la JAMU de Brno, Ecole supérieure d'Art dramatique, a pu valoriser pleinement d'autres facettes de ses multiples talents. D'abord à Brno, puis à Prague. L'un de ses anciens collègues de la métropole morave, Jiri Pecha, se souvient :

« Quel plaisir de jouer avec elle. Bien que très jeune, Dasha (le diminutif de Dagmar) était quelqu'un de très responsable. Jamais elle n'est venue en retard à une répétition ou bien sans être bien préparée ».

Petr Kostka et Dagmar Havlova, photo: CTK
Après avoir quitté Brno pour Prague, l'actrice a trouvé un engagement dans un théâtre pour enfants et, puis, au théâtre Na Vinohradech, une scène pragoise des plus appréciées. Cette dernière lui a offert au fur et à mesure des rôles du grand répertoire dramatique, tchèque et mondial. Son meilleur rôle, celui d'une jeune femme nommée Eva, elle l'a campé dans la pièce à succès « Gazdina roba », dont l'histoire se déroule dans un milieu rural. Le metteur en scène Zdenek Kaloc, lui aussi, n'a que des mots pleins d'éloge à l'adresse de sa protagoniste :

« Dasha est une actrice complexe, spontanée et, surtout, vraie... Je me souviens que quand on collaborait ensemble, elle était très consciencieuse, toujours prête à se lancer corps et âme dans ce que l'on faisait... Dagmar Havlova et le théâtre tchèque, c'est pour moi une belle histoire d'amour, une histoire qui devrait continuer. »

Israël Horovitz, photo: CTK
Et elle continue effectivement, toujours sur la scène du théâtre Na Vinohradech, avec la pièce « Quelque part dans cette vie », écrite pour deux acteurs. Pour Dagmar Havlova, « la recherche et la découverte de la vérité, ainsi que la responsabilité de l'homme représentent des thèmes importants de son texte ». Elle y campe le rôle d'une femme de ménage, une Irlandaise d'une quarantaine d'années, confrontée à un vieux prof de musique et d'anglais, aux services duquel elle se fait engager. Le rôle masculin est interprété par Petr Kostka, un comédien populaire, lui aussi.

« C'est une pièce d'une très bonne qualité », prétend dans les pages du quotidien déjà cité Martin Stropnicky, directeur du théâtre Na Vinohradech et d'ajouter : « Je suis fier de ce que notre première aura lieu avant celle de Paris, par exemple ». Et pourtant, c'est en France que l'auteur de la pièce, Israël Horovitz, semble être le plus populaire.

En attendant la grande première, prévue pour ce vendredi 17 mars, l'avant-première de la pièce, dont le titre tchèque est « Chvile pravdy » (Le moment de vérité), a eu lieu la semaine dernière, en présence, bien sûr, de Vaclav Havel. A ses côtés, on a pu voir le dramaturge américain, venu à Prague pour l'occasion. Et la presse tchèque de faire remarquer qu'il s'agit-là d'une première présentation de Horovitz sur une scène du pays, auteur jusque-là inconnu du public tchèque, à qui l'on doit pourtant plus d'une cinquantaine de pièces de théâtre.

Théâtre Na Vinohradech
La direction du théâtre Na Vinohradech envisage que la pièce, dont Dagmar Havlova est la vedette, sera programmée deux ou trois fois par mois. Pas étonnant que les spectacles soient donnés à guichets fermés, l'intérêt du public s'annonçant d'ores et déjà immense... Sera-t-il curieux de voir l'ancienne « Première dame » de la République plus que l'actrice ? Un brin de doute, pour le metteur en scène Jan Kacer :

« Je crains que, après tant d'années où elle fut épouse du Président de la République, rares sont ceux qui soient à même de voir en madame Dagmar une actrice, de l'évaluer sans émotions, qu'elles soient positives ou négatives. Ce que je lui souhaite, c'est que l'on puisse apprécier sa performance et ses qualités de comédienne à leur juste valeur ».

Au moment où Dagmar Havlova s'apprête à souffler très prochainement ses 53 bougies entame-t-elle définitivement une nouvelle étape de sa carrière artistique, longue de près de vingt-cinq ans? Evasive dans ses réponses, elle affirme « vouloir jouer juste pour se faire plaisir et pour donner du plaisir aux spectateurs ». Une façon de confirmer que les activités d'ordre caritatif qu'elle développe dans le cadre de la Fondation Vize 97 qui est la sienne demeurent toujours prioritaires pour elle.