Quelques rencontres littéraires de l’année 2025

L’année 2025 est finie et c’est le moment de jeter un regard en arrière et de faire une sorte de bilan. Comme tous les ans nous vous proposons un petit retour et vous présentons quelques extraits de nos émissions littéraires de l’année écoulée car nous estimons que certains livres, certains auteurs, certaines idées et certains thèmes traités dans ces émissions, méritent d’être rappelés.   

La vie secrète d’une maison pragoise

Dans nos émissions nous avons présenté entre autres le roman de Tereza Boučková intitulé Dům v Matoušově ulici - La maison de la rue Matoušova. C’est un récit sur la vie, le passé et le destin des locataires d’une maison où habite l’écrivaine. Elle est entrée dans l’intimité de ses locataires dont certains étaient ses proches voisins et en a tiré un livre qui est à la fois un témoignage sur leur vie et une évocation des sinuosités dramatiques de l’histoire tchèque du XXe siècle. En rédigeant son livre Tereza Boučková s’est posé la question de savoir jusqu’où peut-on aller pour tirer de l’oubli la vie des personnes existantes ou ayant existé. Quelles sont les limites de la franchise qu’un écrivain ne devrait pas transgresser ? Il n’était pas facile pour elle de répondre à ces questions :

« C’est toujours accompagné d’une grande hésitation. On est toujours obligé de penser aux conséquences de la publication de certaines choses et en même temps, on doit prendre en considération ce qu’on veut écrire. J’ai beaucoup hésité mais je me suis laissé guider par mon intuition et mes sentiments. Et je suis parvenue à la conclusion que je ne nuisais à personne. Nous ne maîtrisons jamais tout à fait tout ce que vivons, comment nous le vivons et comment c’est perçu par les autres. Il arrive parfois que des écrivains évoquent des récits et des gens concrets. Et c’était mon cas. »

Eva Kantůrková : « L’écrivain est un médium »

« L’écrivain est un médium », dit Eva Kantůrková (1930), appuyant cette affirmation par l’expérience de toute une vie. Auteure d’une importante série de romans, de contes et d’essais, elle considère sa vocation littéraire comme une tâche qui lui a été imposée par une force supérieure à laquelle il serait inutile de résister. Cette année la doyenne de la littérature tchèque a fêté son 95e anniversaire. Elle dit :

« L’écrivain est un médium, c’est ainsi que je le comprends. Quand lui vient une idée, quand il voit se dessiner le sujet d’un livre, les contours d’un personnage, l’écrivain doit exprimer ces choses par l’écriture, autrement il serait traqué, il en deviendrait insomniaque ou cela le poursuivrait même dans ses rêves et il en perdrait l’appétit et le goût de vivre. C’est donc quelque chose qui s’impose à vous et que vous êtes obligé de faire."

Un des traits principaux du caractère d’Eva Kantůrková est son obstination. Ce trait du caractère lui a beaucoup compliqué la vie mais il a donné en revanche une qualité supérieure à son œuvre littéraire. Dans notre émission nous avons cité son opinion à ce sujet :

« L’obstination est l’absence de l’instinct de conservation. Vous ne craignez pas de prendre une raclée parce qu’il y a d’autres choses qui sont importantes pour vous. Par exemple, quand j’hésitais s’il fallait envoyer clandestinement à l’étranger un manuscrit pour le faire publier, j’ai toujours décidé qu’il fallait le faire, parce que je refusais à me conformer au régime en place. Et c’est à cause d’un livre que je me suis finalement retrouvée en prison. C’est tout simplement une certaine hiérarchie des valeurs. »

Ivan Klíma : l’itinéraire d’un enfant du XXe siècle

Le nazisme, l’antisémitisme, le marxisme, le communisme - toutes ces idéologies pernicieuses ont marqué la vie d’Ivan Klíma (1931-2025) et ont joué un certain rôle dans la formation de son caractère et de son talent. Cet enfant du XXe siècle a subi toutes les épreuves historiques de son temps et a toujours réussi à s’en sortir, enrichi d’une nouvelle expérience qu’il allait exploiter dans son œuvre. Nous avons évoqué sa vie qui s’est achevée en octobre dernier, dans une émission où il était question entre autres de l’illusion communiste qui avait marqué l’existence de l’écrivain dans sa jeunesse et qu’il avait évoquée par ces paroles :

« On adhérait au Parti communiste avec l’intention de le corriger, de le démocratiser d’une certaine façon. Notre génération savait déjà que le stalinisme était exécrable. Ce qui avait été important pour ma génération, c’était le discours de Khrouchtchev lors du XXe congrès du parti qui a révélé que Staline était en réalité un criminel de guerre, ce qui était très courageux de sa part. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous avons commencé à réfléchir sérieusement à tout cela. Nous étions assez retardés dans nos opinions politiques parce que nous étions marqués par la guerre et le nazisme. Tout ce qui luttait contre le nazisme nous semblait positif. »

Dans les années 1970-80, Ivan Klíma était déjà guéri de cette illusion. A cette époque il était un écrivain dissident interdit de publication. Mais quand il se souvenait de cette période difficile de sa vie, il n’y voyait pas que des inconvénients :

« Chaque expérience à laquelle l’écrivain réussit à survivre, est bonne. Je ne plaisante qu’à moitié parce qu’il est vrai que je ne pouvais pas voyager, que j’ai été exclu de toutes les organisations et que beaucoup de gens craignaient de me rencontrer, et cela m’a laissé beaucoup de temps pour étudier, pour écrire et j’en ai profité autant que je le pouvais. En revanche, il s’est formé une communauté des gens qui n’aimaient pas le régime en place, qui se rencontraient, qui échangeaient des livres publiés en samizdat, et cette communauté de gens majoritairement jeunes, était stimulante et intéressante. »

Une lettre d’amour pour Prague

Le célèbre écrivain américain Dan Brown a situé à Prague son dernier roman intitulé The Secret of Secrets - Le Secret des secrets. La traduction tchèque du roman est sortie simultanément avec sa parution aux Etats-Unis et l’auteur lui-même est venu le présenter aux lecteurs tchèques. Nous avons invité dans le studio de Radio Prague Int. la traductrice du roman Michala Marková qui a bien voulu répondre à quelques-unes des innombrables questions suscitées par ce livre. Elle a parlé entre autres du rôle que la capitale tchèque joue dans ce roman :

« Dan Brown dit que son roman est une lettre d’amour pour Prague. J’ai été bien surprise parce qu’il n’a pas utilisé les endroits évidents, les monuments les plus célèbres. Bien sûr, on passe un instant au Château de Prague, il y a des épisodes importants qui se déroulent sur le pont Charles et à la tour de Petřín, mais ce qui m’a vraiment surprise, c’est que la partie cruciale du livre est située à Folimanka, donc un parc hors des chemins touristiques et un peu caché sous les vestiges des anciennes fortifications de Prague. Sous ce parc se trouve un vieux bunker, un abri antiatomique datant de la période communiste et c’est dans cet endroit que Dan Brown a situé une bonne partie de son roman. ».

« J’étais vraiment curieuse de savoir comment l’auteur allait représenter Prague dans son roman. Et j’ai été ravie quand j’ai découvert qu’une bonne partie du livre est située dans le VIe arrondissement de Prague dont je suis une fière habitante. Je peux dire que c’est vraiment un roman très typique de Dan Brown. Donc si quelqu’un aime lire ses romans, il trouvera là exactement ce qu’il cherche. Et pour les débutants, je peux recommander ce roman comme le premier livre de Dan Brown. »

Auteur: Václav Richter
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