Regards croisés sur la vision médiatique de la France et la République tchèque au Centre tchèque de Paris

Photo: Stuart Miles / freedigitalphotos

Ce jeudi soir, le Centre tchèque de Paris accueille un débat intitulé : « Entre indifférence et idéalisation : la République tchèque vue par les médias français, la France vue par les médias tchèques ». Organisé par l’association Etudiants et jeunes professionnels tchèques en France, il sera animé par Fabrice Martin Plichta, correspondant du Monde à Prague et Kateřina Koubová, ancienne journaliste à Mladá Fronta Dnes, spécialisée sur la France et l’Union européenne. L’association organise fréquemment des discussions, Radio Prague a demandé à Martin Polívka, son président, d’où lui était venu l’idée du sujet.

Photo: Stuart Miles / freedigitalphotos
« Nous avons décidé de consacrer ce débat à un sujet qui touche au quotidien, qui peut même paraître banal, mais qui en réalité s’avère plutôt complexe quand on essaye de l’analyser. Nous nous sommes rendu compte que la distance entre Paris et Prague n’est guère plus grande que celle entre Paris et Nice, mais la République tchèque est quasi absente de l’information des médias français, à quelques exceptions près liées aux succès sportifs. D’un autre côté, les médias tchèques informent sur la France de manière assez stéréotypée, comme un pays touristique, un pays où il y a beaucoup de grèves, où il y a des problèmes avec les minorités. Nous avons voulu nous interroger sur les raisons, à quoi tiennent ces images respectives. C’est pour cela que nous avons invité deux journalistes qui connaissent bien le sujet, Fabrice Martin Plichta, correspondant du Monde à Prague, et Kateřina Koubová, ancienne correspondante de Mladá fronta Dnes à Bruxelles et qui a fait des études de journalisme à Paris. »

Est-ce que vous pensez que la raison de cette indifférence d’un côté et d’une idéalisation de l’autre est à chercher dans l’équation grande puissance contre petit pays ?

Martin Polívka, photo: Site officiel de CSMPF
« Cela tient en partie à cela. Je pense que d’une manière générale, la France s’intéresse un peu moins à l’Europe centrale que ce qu’elle avait l’habitude de faire auparavant. J’ai fait une petite comparaison du nombre d’articles dans la presse française. Au cours des 12 derniers mois, la République tchèque compte 7 000 mentions, contre 21 000 pour le Portugal qui est un pays à distance égale, à taille égale, mais qui a davantage de liens culturels avec la France. »

Est-ce que ce ne serait pas encore une sorte de préjugé géopolitique ? On classe toujours la République tchèque dans les pays dits de l’Est, alors que c’est en Europe centrale. Disons que pour la France, c’est un peu loin tout ça…

« En partie c’est certainement vrai. Ce qui est valable pour les deux côtés, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de journalistes spécialisés sur l’Europe centrale, ou basés en Europe centrale. La radio tchèque a un correspondant permanent à Paris, mais c’est tout. Il n’y a plus grand monde pour informer sur les deux pays, et c’est dommage… »

Est-ce que selon vous il y a eu une époque où ces regards mutuels étaient plus équilibrés ?

« Je pense que les Français et les médias français s’intéressaient beaucoup à l’Europe centrale à la fin des années 1980 et au début des années 1990 lorsqu’il y a eu ce mouvement de libération du communisme. Il y avait des personnages assez forts et sympathiques, comme la figure de Václav Havel, qui était compréhensible en France. Au fil des années il n’y a pas eu de nouveaux sujets jusqu’à l’accession de la République tchèque à l’Union européenne, ou avec les délocalisations. Mais je pense que la dernière grande période d’intérêt pour la République tchèque remonte aux années 1990. De l’autre côté, c’est à peu près la même chose : au début des années 1990 et des années 2000, il y avait un certain intérêt pour l’Europe occidentale mais qui s’est réorienté sur l’Allemagne et le Royaume Uni au détriment de la France. »