Restitutions : l’Eglise récupère des œuvres précieuses

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Vendredi dernier, la Galerie nationale a officiellement restitué une série d’œuvres d’art d’une valeur inestimable aux représentants de l’Eglise. Néanmoins, dans le cadre d’un accord entre les deux parties, ces précieux joyaux resteront bel et bien au sein des expositions permanentes de la Galerie nationale, et ce pour une période déterminée, une période qui pourrait être renouvelée une fois arrivée à échéance.

Juan Ignácio Provecho Lopez de l'Ordre de Saint-Augustin, photo: ČTK
La restitution concerne une série de peintures sur bois du maître de Vyšší Brod, datant de la seconde moitié du XIVe siècle et qui est tout aussi précieuse, que la Joconde pour le Musée du Louvre. Cela concerne également quatre peintures sur bois faisant partie du retable de Puchner, datant de la fin du XVe, ainsi que deux tableaux du XVIe siècle du célèbre peintre baroque flamand, Pierre Paul Rubens.

Si cette restitution avait déjà été décidée à l’automne de l’année dernière, entre le ministre de la Culture à l’époque, Jiří Balvín, et l’Ordre cistercien, des Augustins et celui des Chevaliers de la Croix rouge, qui deviennent ainsi propriétaires des œuvres, il était nécessaire de se mettre d’accord sur les circonstances de ces restitutions. Même si cela concerne des œuvres essentielles de l’héritage culturel du pays, le directeur de la Galerie nationale Jiří Fajt, a fait savoir qu’aucun changement ne sera ressenti par les visiteurs :

« Bien évidemment les visiteurs pourront venir admirer ces œuvres dans l’enceinte des différents bâtiments de la Galerie nationale, comme cela avait été le cas jusqu’à présent. Seules les données des légendes des tableaux seront modifiées, afin d’indiquer leur nouveau propriétaire. Les œuvres seront prêtées par les propriétaires pour un prêt à long terme. »

Les œuvres du maître de Vyšší Brod ainsi que celles de Pierre Paul Rubens resteront donc à leurs emplacements actuels, à savoir au couvent Sainte-Agnès ainsi qu’au palais baroque Štenberk. Ils seront prêtés gratuitement par les différents ordres pour une durée de quinze ans.

Jiří Fajt, Daniel Herman, Juan Ignácio Provecho Lopez, Jan Berka, photo: ČTK
Précédemment, la Galerie nationale avait reconnu, que les trois Ordres avaient été forcés par l’Etat dans les années 1950 de lui faire don de ces tableaux. Lors de la conférence de presse vendredi dernier, le ministre de la Culture, Daniel Herman a fait savoir à ce propos, tout en rappelant la nécessité d’une approche plus responsable afin que la loi soit appliquée au pied de la lettre :

« Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, je crois que nous nous trouvons dans une sorte de ‘réhabilitation de la mémoire historique. Nous corrigeons les torts profonds qui ont été perpétrés entre les années 1948 et 1950, lorsque le régime communiste avait bouleversé de manière sans précédent non seulement toutes les relations économiques et les rapports de propriété, mais bien évidemment les relations humaines et sociales. »

A l’avenir, la Galerie nationale tentera de négocier ce même type de régime, donc le maintien dans ses locaux des œuvres qui seraient éventuellement restituées à l’Eglise. A cet égard, le directeur de la Galerie nationale a précisé. Jiří Fajt :

« Dans le cadre de la loi sur les restitutions, nous avons obtenu exactement 40 demandes concernant le retour d’œuvres d’art. Cela concerne près de 544 œuvres d’art. Néanmoins, 270 d’entre elles avaient déjà été restituées dans les années 1990. Nous avons refusé d’en restituer certaines, parce que la loi n’a pas été suivie à la lettre. Je considère toutefois que les œuvres restituées vendredi font partie des plus importantes. »

Néanmoins, cette restitution récolte certaines critiques, notamment de la part de députés communistes, qui considèrent que ces œuvres font partie du patrimoine culturel national et en tant que tel devraient rester entre les mains publiques.

Dans le cadre des restitutions des biens aux Eglises, l’Etat devrait rendre des bâtiments, des terrains ainsi que des œuvres d’art, d’une valeur totale de 75 milliards de couronnes, soit environ 2,8 milliards d’euros.