Sésame ouvre-toi !

Photo: Commission Européenne
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L'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'UE pose la question de l'ouverture du marché du travail tchèque aux nouveaux membres. Un choix qui se présente différemment que pour les anciens pays de l'UE, qui n'ont pas eu à faire face aux restrictions qu'ont connues, par exemple, les Tchèques. Face à la pénurie de main-d'oeuvre dans certains domaines, le gouvernement et les entreprises tchèques ont quant à eux déjà fait leur choix.

Mirek Topolanek, photo: CTK
Volonté symbolique ou hasard du calendrier, c'est lors de la journée nationale roumaine, le 1er décembre dernier, que le Premier ministre tchèque, Mirek Topolánek, a annoncé l'ouverture totale du marché du travail tchèque aux ressortissants roumains et bulgares, qui rejoignent l'UE le 1er janvier 2007.

Les entreprises tchèques accueillent plutôt bien la nouvelle. Pour celles-ci, l'ajout d'une force de travail supplémentaire soulagerait la pénurie de main-d'oeuvre qu'elles connaissent. En même temps, les sociétés sont bien conscientes des obstacles à venir, tant pour attirer les travailleurs étrangers que pour les assurer de la même manière que les employés tchèques.

Pour de nombreux experts, la République tchèque ne représentera sans doute pas une cible majeure pour les nouveaux citoyens européens. En effet, dans certains domaines comme le bâtiment, les salaires tchèques sont moins avantageux que ceux des pays occidentaux. Les meilleurs artisans originaires de Roumanie ont d'ailleurs choisi l'Italie, l'Espagne, la France ou encore le Portugal pour s'installer. D'une manière générale, les enquêtes ont montré qu'un certain nombre de travailleurs étrangers envisagent leur séjour en République tchèque à court terme, utilisant leur expérience comme un tremplin vers une carrière ou un autre pays. Les grandes entreprises présentes en République tchèque comme IBM ou Microsoft pour les plus représentatives, ne sont en effet pas sans attraits pour les étudiants débutant sur le marché du travail.

La République tchèque connaît un énorme besoin de main-d'oeuvre étrangère. Le pays abrite 180 000 travailleurs étrangers légaux et quelques dizaines de milliers de travailleurs illégaux. Et pourtant, il reste, selon le ministère du Travail et des Affaires Sociales, 100 000 postes vacants dans des domaines où les Tchèques refusent de travailler. L'effectif nécessaire pour les prochaines décennies atteindrait presque les 500 000 personnes ! Notons que la République tchèque a perdu de nombreux travailleurs qualifiés lors de l'adhésion du pays à l'UE en 2004 et le gouvernement tente actuellement de combler le fossé.

Dès 2004, le gouvernement tchèque avait mis en place un projet visant à attirer la main-d'oeuvre étrangère qualifiée dans le pays, permettant l'obtention du permis de résidence permanente dans un délai de cinq ans, au lieu de dix. On compte actuellement 1 929 Bulgares et 1 215 Roumains travaillant légalement en République tchèque.

Photo: Commission Européenne
Le gouvernement a déclaré que les conditions pour les travailleurs roumains et bulgares en République tchèque seraient strictement les mêmes que pour les Tchèques eux-mêmes. Mais certains proches du gouvernement sont moins optimistes quant à l'application réelle de l'égalité en termes de droits. Une chose semble en revanche acquise dès janvier 2007 : la simplification des démarches administratives. Le délai pour l'obtention d'un permis et d'un visa de travail est actuellement de 3 à 6 mois mais ces documents, selon certains experts, ne seront même plus nécessaires à partir de l'entrée effective de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'UE.

Depuis le 1er décembre, seuls 8 pays parmi les 25 de l'UE se sont engagés à ouvrir leur marché du travail aux nouveaux arrivants : les 3 pays baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie), la Pologne, la Slovaquie, la Finlande, la Suède et la République tchèque.

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Les autres pays, dont le Royaume-Uni et les Pays-Bas, ont annoncé qu'ils mettraient en place une période transitoire de trois ans, pendant laquelle ils se garderaient la possibilité de fermer leur marché du travail aux nouveaux membres. On le voit, bon nombre de pays qui ont choisi l'ouverture sont parmi les derniers entrés dans l'UE. Réflexe de solidarité ? C'est ce qu'exprime le ministre du Travail et des Affaires sociales Petr Necas, qui rappelle que les Tchèques avaient dû, lors de leur accession à l'UE en 2004, faire face à des restrictions. A l'époque, seuls quatre pays avaient accueilli les travailleurs tchèques, les autres suivant l'opinion publique selon laquelle une main-d'oeuvre bon marché représenterait un danger pour les nationaux.

Chez d'autres proches du gouvernement, le pragmatisme commande également d'ouvrir le marché du travail. Refuser aux Roumains et aux Bulgares le droit de travailler en République tchèque donnerait un argument supplémentaire aux pays occidentaux réticents pour exclure les Tchèques de leur marché du travail. Rappelons qu'actuellement neuf pays de l'UE refusent toujours d'ouvrir leur marché du travail sans restriction aux travailleurs tchèques.

On retrouve aussi une part de pragmatisme chez les Slovaques voisins, bien que la raison en soit différente. L'ouverture du marché du travail slovaque aux Roumains faciliterait sans doute la situation de la minorité slovaque en Roumanie, qui compte environ 17 000 personnes.

Notons que de tous les pays d'Europe centrale et orientale, seule la Hongrie a décidé de fermer, au moins partiellement, l'accès de son marché du travail aux travailleurs roumains et bulgares.

Les 15 pays qui ont souscrit au Traité de Schengen, parmi lesquels la République tchèque, rejoindront l'espace du même nom le 31 décembre 2007. C'est ce qui ressort d'une réunion des ministres européens le 5 décembre dernier. D'ici à la fin 2007, les contrôles aux frontières terrestres et maritimes seront abolis et, d'ici mars 2008, les vérifications d'identité devraient être également abolies dans les aéroports.

La Roumanie et la Bulgarie, quant à elles, ne seront pas incluses dans cette première vague d'expansion de l'espace Schengen. Le ministre roumain de l'Intérieur Vasile Blaga avait avancé la date de 2012 pour les deux pays.