Slovaquie : le 17 novembre, symbole majeur de l’histoire tchécoslovaque, ne sera plus un jour férié
Le gouvernement de Robert Fico a décidé que le jour où la Tchéquie et la Slovaquie commémorent la révolution de Velours ne sera plus un jour férié chômé. Le 17 novembre restera toutefois une fête nationale en Slovaquie.
La coalition que le Premier ministre a notamment formée avec le parti d’extrême-droite SNS a validé cette décision lundi.
« Les partis au pouvoir, s'inspirant de la proposition des employeurs de réduire le nombre de jours fériés associés aux fêtes nationales, sont d'accord pour que, dès 2025, la fête nationale du 17 novembre ne soit plus accompagnée d’un jour de repos. La fête nationale de la Journée de la lutte pour la liberté et la démocratie ne sera donc pas supprimée. Les partis gouvernementaux sont prêts à discuter d’une mesure similaire pour une autre fête nationale à partir de l’année 2026 », indique la déclaration signée par Robert Fico et les chefs des deux autres partis de la coalition.
Robert Fico s’est toujours montré sceptique quant aux commémorations de cette date pourtant cruciale dans l’histoire nationale. Il a par le passé affirmé qu’il ne s’était « aperçu de rien » le 17 novembre 1989, jour qui marque le début de ce que les Tchèques appellent la révolution de Velours (Sametová revoluce) et que les Slovaques nomment la révolution douce (Nežná revolúcia).
Il avait fallu attendre l’année 2001 à Bratislava pour que ce jour du calendrier soit officiellement considéré comme une fête nationale – après la séparation d'avec la Tchéquie en 1993, le 17 novembre avait seulement le statut de « journée de commémoration » (pamätný deň).
Dans le cadre de tractations politiques portant sur des réformes fiscales, la coalition actuelle, déjà en mauvais termes avec le gouvernement en place à Prague, n’a pas longtemps hésité avant de toucher à l’un des symboles les plus forts de l’histoire commune des Slovaques et des Tchèques.
Désormais, le 17 novembre sera « seulement » une fête nationale sans être chômé, tout comme l’est chaque année la journée du 28 octobre, date anniversaire de la création de la Tchécoslovaquie – jour férié en Tchéquie – et qui n’est devenu fête nationale qu’en 2020 (dans l’intervalle où Robert Fico n’était pas au pouvoir).
« Fico préférerait que le 17 novembre soit tout simplement effacé »
Une quinzaine de jours sont fériés dans le calendrier slovaque, contre 13 dans le calendrier tchèque.
Le gouvernement slovaque a indiqué qu’un autre de ces jours pourrait ne plus être férié à l’avenir. Il devra s’agir alors très probablement d’une des fêtes chrétiennes marquées dans le calendrier national (et non dans le calendrier tchèque), comme le 6 janvier (épiphanie) ou le 15 septembre (Mater dolorosa), mais certains avancent déjà que cela serait contraire au traité signé avec le Vatican, dans ce pays de forte tradition catholique.
Pour l’opposition slovaque ainsi que pour ceux qui ont lutté pour faire tomber le régime inféodé à Moscou en 1989, la pilule est difficile à avaler, même si cette décision n’a qu’un impact relatif comparé à d’autres prises de position récente du gouvernement en place à Bratislava.
Le 17 novembre dernier, des manifestations importantes avaient été organisées contre Robert Fico et sa politique conciliante avec le Kremlin. Sa politique étrangère pro-russe est la principale raison de l’interruption par Prague des consultations régulières entre gouvernements tchèque et slovaque.
« Fico préférerait que le 17 novembre soit tout simplement effacé. Pour moi, c’est une énorme dévalorisation et un manque de respect envers ce qui s’est passé ici. Mépriser ainsi 35 années, c’est incroyable. Il nous a fallu des années pour que cette date soit enfin reconnue comme fête nationale », déclare dans le journal local Korzár Ľuba Blaškovičová, actuve lors de la 'révolution douce' et qui se bat également aujourd'hui pour que la place des Libérateurs à Košice soit renommée en place des Légionnaires.
« J’ai récemment relu l’interview désormais légendaire de Robert Fico, publiée en 2000 dans Domino Fórum et dans laquelle il affirme qu’il ne se souvient pas avoir participé aux manifestations de novembre 1989, que toute cette période lui est passée au-dessus et qu’ il n’a absolument pas ressenti la transition de 1989 », indique à Radio Prague International Matúš Vizár.
Co-auteur d’une récente BD sur le dissident Milan Šimečka, grand-père du leader actuel de l’opposition slovaque, il ajoute que dans ce même entretien Robert Fico précisait « s’intéresser à la politique même avant 1989 » et « avoir toujours voulu gagner, depuis l’enfance ».
Dans un autre entretien accordé à la télévision JOJ en 2009, Robert Fico avait déclaré :
« J’ai étudié de 1982 à 1986 à la faculté de droit, et je sais quel soutien les étudiants recevaient de l’État. Je sais comment les jeunes obtenaient des appartements. Je sais quelle était la politique sociale. Donc, au moins dans ce domaine, je ne peux pas dire que c’étaient de mauvaises choses ».
Robert Fico est entré au parti communiste à l’âge de 22 ans pour se lancer en politique. « Mais le 17 novembre a contrecarré ses plans », estimait l’ancien communiste et l’un des premiers signataires de la Charte 77, Miroslav Kusý, mort en 2019.






