Sondage : manque de confiance envers l’UE ou manque de connaissances ?

Photo: Commission européenne

Publié ce lundi, un sondage de l’agence STEM suggère une baisse de confiance des citoyens tchèques à l’égard de l’Union européenne. Réalisé sur un échantillon de 1102 personnes, le sondage conclut que seulement 34% des gens ont confiance dans les instances européennes. Au micro de Radio Prague, le vice-président de l’Institut pour la politique européenne Europeum, Vladimír Bartovic, analyse ce résultat.

Jan Hartl, photo: Noemi Holeková, ČRo
Les résultats de ce sondage ne sont pas véritablement une surprise car la baisse de confiance dans les institutions européennes constitue désormais une tendance de long terme. Entre 1994 et 2009, la confiance des Tchèques envers ces institutions variait entre 50% et 60%. Mais elle diminue continuellement ces dernières années. Nous écoutons d’abord Jan Hartl, directeur de l’agence STEM :

« La dernière fois que 60% de la population avait confiance dans l’UE, c’était pendant la présidence tchèque du Conseil de l’Union européenne en 2009. Depuis ce temps-là, deux facteurs ont surtout joué en défaveur des instances européennes. D’une part, le manque du soutien de la part des politiciens nationaux et d’autre part, les conséquences de la crise financière. Elle a contribué à la perception que l’Union n’arrive pas à sortir de ses problèmes. »

Comme le remarque Jan Hartl, c’était au moment de la présidence tchèque du Conseil que le projet européen inspirait le plus de confiance. A cette époque, l’Union bénéficiait également d’une couverture médiatique permanente. Cet intérêt a considérablement diminué après l’année 2009. Aujourd’hui, ce sont surtout les informations concernant la crise de l’euro, la crise en Grèce, au Portugal ou en Irlande qui dominent l’agenda médiatique des pages consacrées à l’UE. Vladimír Bartovic de l’Institut pour la politique européenne considère que l’opinion publique tchèque ne se démarque pas de celle des autres Etats membres :

Vladimír Bartovic, photo: Europeum
« Il s’agit d’une tendance européenne. Depuis l’avènement de la crise, la confiance dans l’UE qui avoisinait les 50% est tombé à 30% dans tous les Etats. Mais si nous regardons les statistiques de l’Eurobaromètre, les institutions européennes bénéficient systématiquement de plus de confiance que les acteurs nationaux. »

Effectivement, si en 2012, selon les données de l’agence STEM, seulement 24% des gens faisaient confiance à la Chambre des députés, celle-ci a amélioré son image cette année. Le dernier sondage de la même agence publié le 5 mars 2014 révèle un soutien de 40% des citoyens envers la Chambre basse du Parlement. Son homologue européen, quant à lui, bénéficie de la confiance de seulement 30% des répondants. Mais sur quoi est basée cette méfiance alors que seulement 47% des personnes savent qu’il y aura bientôt des élections européennes ? Vladimír Bartovic développe :

« Nous avons fait notre propre sondage à Europeum selon lequel, plus de la moitié des citoyens tchèques ne savent même pas que les élections au Parlement européen existent. Cette méconnaissance joue un rôle important car elle empêche que les gens se rendent compte des façons dont le Parlement européen peut les représenter ou défendre leurs intérêts. Le Parlement paraît peut-être trop lointain et cela a des répercussions sur les taux de participation aux élections européennes. »

Photo: Commission européenne
Si Vladimír Bartovic parle du taux de participation aux élections européennes, nous sommes plutôt habitués à parler des taux d’abstention à cet égard. En 2004 tout comme en 2009, le taux de participation en République tchèque dépassait légèrement 28%. En Slovaquie, ces élections n’ont même pas attiré 20% de la population en âge de voter. A l’approche des élections au Parlement européen les 24 et 25 mai prochains, l’hypothèse selon laquelle le manque de confiance à l’égard de l’Union serait corrélé avec le niveau des connaissances des citoyens sur l’UE mérite l’attention. Un élément pour contribuer au débat et qui ressort du sondage : les jeunes âgés de 18 à 29 ans font le plus confiance aux institutions européennes, peut-être parce qu’ils ont pu expérimenter l’Europe, à travers la suppression des frontières ou un séjour universitaire dans le cadre du programme Erasmus.

Il faut enfin relativiser la portée de ce sondage puisqu’il ne permet d’appréhender, ni la multiplicité des rapports des citoyens européens à l’égard de la construction européenne, ni les raisons qui les motivent à lui faire confiance ou non.