Sylvano Pedretti : « Pour nos enfants qui seront adultes dans 15 ans, ce sera naturel de boire et manger bio »

Sylvano Pedretti, photo: www.ccft-fcok.cz/prix

Le 10 janvier dernier, les prix de la Chambre de commerce franco-tchèque ont été remis dans trois catégories, plus une catégorie spéciale. Ce concours, une première, visait à distinguer des personnalités ou des sociétés françaises ou tchèques qui ont eu une démarche innovante visant à promouvoir le lien social, la culture ou l’environnement. La catégorie spéciale, prix spécial du jury, a été attribuée à Sylvano Pedretti. Ancien vice-président du groupe immobilier Orco, il s’est récemment reconverti : après un passage par la politique lorsqu’il s’est porté candidat pour les dernières élections européennes, il a lancé le concept des Biocafés, concept pour lequel il a été distingué par le jury du concours. Surfant sur la vague bio, Sylvano Pedretti évoque un peu plus longuement du concept et du marché de l’agriculture bio en RT.

« Cette société, je l’ai créée en 2004, le temps de concevoir le concept, puisqu’au départ j’avais un autre concept : Eurocafés. Je suis venu à Biocafés courant 2004, lorsque je traversais la RT durant ma campagne pour les européennes. Je me suis aperçu qu’il n’y avait pas d’alternative aux grands fast-foods. Je me suis dit : pourquoi ne pas créer Biocafés, la première chaîne en Europe de cafés-restaurants servant des boissons et de la nourriture issue de l’agriculture biologique. »

Et où êtes-vous implantés, hors République tchèque, puisque vous dites qu’il s’agit d’une chaîne européenne ?

« Aujourd’hui, nous sommes seulement en RT, puisqu’il fallait bien commencer par un pays. Comme c’est un pays auquel je suis attaché et que je connais bien, on a commencé ici. Aujourd’hui, on a six cafés en RT, surtout à Prague d’ailleurs. Nous commençons avec un système de franchises et de master-franchises à vendre le concept Biocafé. Il y a sans doute un début en Allemagne puisque les Allemands sont parmi les premiers, sinon les premiers consommateurs de produits biologiques en Europe. Ensuite suivra la France et, selon les opportunités, ça peut être le Luxembourg, Genève pour la partie « ancienne Europe ». Côté « nouvelle Europe », on va naturellement aller sur Bratislava puisque c’est à côté et c’est un prolongement de Prague, la Pologne également puisque c’est un pays agricole qui fait de plus en plus d’agriculture biologique. »

Comment évaluez-vous le marché du bio en RT et la clientèle ? Les Tchèques sont-ils réceptifs à cette « tendance bio » à l’heure actuelle ?

« Ce n’est plus une mode, c’est vraiment une tendance lourde. A tel point que les dernières années ont vu une augmentation de la consommation des produits issus de l’agriculture biologique. Ces deux ou trois dernières années, chaque année, c’était de l’ordre de plus 40 %, ici, en RT. On a à peu près le même chiffre pour l’Europe centrale, autour des 40 %. Ceci dit, c’est encore un faible pourcentage de la consommation de produits agricoles.

La distinction se fait par les subventions : la RT en a reçues pas mal de la part de la Communauté européenne pour développer l’agriculture biologique. Le gouvernement tchèque a décidé de dépenser plus d’un milliard de couronnes pour la communication sur la consommation de produits bio. Et le meilleur moyen de voir ce développement, c’est le nombre de petits ‘potraviny’ (épiceries, ndlr) qui se développent chaque mois en RT, et surtout à Prague, et de voir que les grands de la distribution comme Tesco ont clairement une stratégie de développement des produits bio. Plus modestement, on voit une augmentation de 5 % par mois de notre clientèle. »

Pour vous et Biocafés, quels sont les enjeux à long terme ?

« Le long terme, c’est un futur qui devrait être rose. Pour l’instant, c’est plutôt le court et le moyen terme qui comptent. Le court terme, c’est éduquer la population tchèque à mieux connaître les produits bio. Le moyen terme en découle, ainsi que de l’action commune du gouvernement et des acteurs du bio. Le long terme, ce n’est pas une vision qui ne m’est pas personnelle, mais que tout le monde partage. Le long terme, c’est 5 ans, pas 15 - 20 ans. On sait que plus de 50 % qu’on trouvera dans nos supermarchés seront issus de l’agriculture bio. Ce ne sera plus une question d’éducation, mais de compétition entre les différents fournisseurs. Il sera tout à fait naturel de boire et manger des produits issus de l’agriculture biologique. Ce qui est encore pour nous une modification de nos habitudes, pour nos enfants qui seront adultes dans 10 - 15 ans, ce sera naturel de boire et manger bio. »

Pourriez-vous décrire le concept du Biocafé, son intérieur, etc. ?

« Le Biocafé étant une alternative à un fast-food, je voulais au niveau des prix offrir aux clients quelque chose qui s’assimilait au fast-food classique. Par exemple, un menu est à 99 couronnes, un autre à 119. Même si notre cible, ce sont pour l’heure, surtout, des personnes avec une certaine éducation ou les femmes de 20 à 30 ans qui viennent avec leurs enfants, il est évident qu’elle doit s’élargir et tout le monde doit profiter du bio. Nos produits sont des pizzas, de la soupe, des paninis ou des jus de fruit frais. Mais également du vin. Il ne faut pas oublier que le bio, c’est quoi ? Cela veut dire des produits sans conservateurs, sans produits chimiques, sans colorants, mais ça ne veut pas dire végétarien, ça ne veut pas dire qu’on ne boit pas de vin.

Au niveau de l’endroit en lui-même, ce n’est pas parce que le concept est celui d’un fast-food que pour autant, il faut qu’on ne prenne pas de plaisir à rester dans l’endroit. C’est un self-service, on est servi rapidement. Mais sinon, Biocafé est plutôt adepte du ‘slow-food movement’ qui est né en Italie il y a une quinzaine d’années et qui consiste à prendre son temps pour manger.

Côté intérieur, on est parti d’un concept minimaliste, mais on a voulu réchauffer l’atmosphère. Les nouveaux cafés sont aujourd’hui plutôt baroques, on a de grands papiers peints à grosses fleurs rouges ou oranges, de grands chandeliers. C’est un baroque revisité.

Sinon, ces cafés sont non-fumeur. J’ai un peu anticipé sur la législation tchèque et française. A priori, on pourrait croire que ça nous pénalise, mais quand on approfondit un peu, on s’aperçoit que les gens qui fument ne réservent pas dans un wagon fumeur quand ils prennent le train. Pour les cafés, je pense que le désavantage est compensé par le fait que les gens se retrouvent dans un endroit convivial, intimiste, avec de la musique ethnique, et non-fumeur. »