Symbole de la répression avant la révolution, l’ancien communiste Miroslav Štěpán est mort

Miroslav Štěpán, photo: CTK

Ancien haut fonctionnaire du Parti communiste tchécoslovaque (KSČ) et symbole de la répression brutale des premières manifestations contre le régime en 1988 et en novembre 1989, Miroslav Štěpán est mort samedi, des suites d’un cancer. Il était âgé de 68 ans. Avec lui, c’est une des nombreuses pages, sombres, de l’histoire contemporaine tchèque qui se referme.

Miroslav Štěpán, photo: CTK
Près de vingt-cinq après la révolution qui a entraîné la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie, l’annonce, dimanche, de la mort de Miroslav Štěpán a tout d’abord évoqué un souvenir pour les médias tchèques, celui du discours prononcé en novembre 1989, quelques jours après la première manifestation étudiante à Prague, le 17 :

« Dans aucun pays, pas même dans les pays en voie de développement, ni même dans un pays socialiste ou capitaliste, on ne verrait des gamins de quinze ans décider de quand doit partir le président ou de quand il doit arriver et qui doit l’être. Et… (sifflets) malheureusement… (sifflets), c’est ce qui s’est passé… »

Ce discours prononcé dans les usines pragoises de ČKD, importante société de 50 000 employés spécialisée dans la fabrication d’équipements mécaniques, avait été interrompu par les sifflets des grévistes qui avaient scandé « Nejsme děti » - « Nous ne sommes pas des enfants », avant de réclamer la démission de celui qui était alors le fonctionnaire le plus puissant du parti communiste à Prague.

Oldřich Tůma, photo: Alžběta Švarcová, CRo
Ce discours, Miroslav Štěpán, chef du comité pragois du KSČ, ne l’a jamais repris. Quelques jours plus tard, il démissionnait de ses fonctions, y compris de celles de député à l’Assemblée fédérale, après avoir préalablement été exclu d’un parti soucieux de sauver les apparences. Déjà à l’époque, Miroslav Štěpán, commandant des Milices populaires aussi appelées le poing armé de la classe ouvrière, représentait la frange dure et répressive de l’ancien pouvoir. Directeur de l’Institut d’histoire contemporaine, Oldřich Tůma explique pourquoi Miroslav Štěpán était devenu l’ennemi numéro un du peuple :

Novembre 1989, photo: CT24
« Il n’est pas devenu le symbole de la répression en novembre 1989. Il l’était déjà depuis quelques mois. Des manifestations contre le régime avaient commencé à se tenir à intervalles plus ou moins réguliers à l’été 1988. En janvier 1989, il y a eu aussi la Semaine Palach avec des manifestations quotidiennes, et les interventions de la police et des milices populaires avaient été relativement radicales et agressives. Miroslav Štěpán, en tant que plus haut représentant politique du régime à Prague, répondait donc de ces interventions, ne serait-ce que politiquement. Il a d’ailleurs été le seul haut responsable du parti communiste à avoir été condamné. »

Miroslav Štěpán, photo: CTK
En 1990, Miroslav Štěpán avait été condamné à deux ans et demi de prison pour abus de pouvoir, et notamment pour avoir, fidèle à ses méthodes, eu recours aux canons à eau et au gaz lacrymogène contre les participants aux manifestations d’octobre 1988. Miroslav Štěpán n’avait toutefois purgé qu’un an avant d’être libéré et de se consacrer de nouveau à la politique. Il avait créé son propre parti d’extrême-gauche baptisé les communistes tchécoslovaques sans toutefois parvenir à être élu au Sénat et à revenir sur le devant de la scène.

Reconverti non sans un certain succès dans les affaires et la littérature, Miroslav Štěpán était apparu pour la dernière fois en public en novembre dernier à l’occasion de la sortie de son livre intitulé « Ma vie dans le velours ou la trahison vient du Kremlin », convaincu jusqu’aux dernières heures de sa vie que la fin du régime communiste, conséquence d’un grand accord international, avait été une erreur.