Symbole de l’amour, la tourterelle des bois est aussi menacée en Tchéquie

La tourterelle des bois, photo: ČTK/PR/Naturephoto.cz/Ondřej Prosický

Comme tous les ans, la Société ornithologique tchèque (ČSO) donne un coup de projecteur sur une espèce menacée. La tourterelle des bois a ainsi été désignée « Oiseau de l’année » pour 2019. Pour parler de ce columbidé migrateur, mis en danger en raison d’un paysage agricole largement marqué par la culture intensive, Radio Prague s’est entretenue avec François Turrian, directeur adjoint de l’Association suisse pour la protection des oiseaux, membre comme la Société ornithologique tchèque de l’ONG internationale BirdLife.

La tourterelle des bois,  photo: ČTK/PR/Naturephoto.cz/Ondřej Prosický

« La tourterelle des bois est un oiseau qui fait partie de la famille des pigeons. C’est un joli oiseau, assez fin. Ce qui la caractérise, c’est un plumage gris avec des ailes revêtues de petites écailles. Enfin, ça en donne cette impression. Le tour des plumes est coloré en roux. Cela donne à l’oiseau un aspect écailleux. Les marques noires et blanches sur le cou permettent également de le reconnaître. »

On dit que la tourterelle des bois est un symbole de l’amour, pourquoi ?

« Oui, les colombes plus généralement ont été associées à l’amour et à la paix surtout, puisqu’on a la colombe de la paix. Par contre, cela ne correspond pas tout à fait à la réalité puisque ces oiseaux sont assez territoriaux et son capables de défendre assez vigoureusement leur site de nidification contre les autres membres de leur espèce. Il y a donc parfois des luttes entre les mâles. Donc la colombe blanche évoque peut-être la paix mais la réalité est un peu différente. Ces oiseaux peuvent être assez vindicatifs. »

L’habitat naturel de cette tourterelle est menacé. Quel est cet habitat et à quel type de menaces est-elle confrontée ?

« Il ne faut pas confondre la tourterelle des bois avec la tourterelle turque. La tourterelle turque est toute grise et vit dans nos agglomérations. La tourterelle des bois au contraire vit dans les zones cultivées. Il lui faut aussi des bosquets, des haies, des lisières de forêts avec beaucoup de buissons. Elle peut aussi vivre dans les zones alluviales riches en buissons, toujours à proximité de lieux ouverts. Elle va faire son nid dans les buissons assez denses et se nourri dans les cultures extensives. Elle a donc besoin de deux types d’habitats : de buissons, des forêts richement structurées et des milieux ouverts propices à la recherche de nourriture. Elle est donc assez exigeante quant à son habitat. On remarque aussi que les grandes cultures ne lui conviennent pas ou plus. Elle a besoin de zones avec de petites jachères ou des bandes herbeuses, car elle se nourrit de plantes et de graines qu’on appelle adventis. Ce sont ces plantes qu’on retrouve en bordure de champs de blé, les coquelicots, les bleuets, certaines graminées. »

Selon les ornithologues tchèques, on observe entre 40 000 et 80 000 couples de tourterelles des bois en République tchèque. Mais il semble qu’elle soit assez difficile à observer pour deux raisons : d’une part, c’est un oiseau craintif, d’autre part, contrairement à la tourterelle turque qu’on peut voir dans les jardins, notamment en hiver dans les mangeoires à oiseaux, la tourterelle des bois est un oiseau migrateur…

« Absolument, c’est un oiseau migrateur qui va jusqu’en Afrique tropicale pour passer l’hiver. C’est bien là un de ses problèmes. Lors de ces migrations, elle va hélas rencontrer beaucoup de chasseurs et de pièges à oiseaux. Il y a une chasse, en grande partie illégale, de cet oiseau qui s’accomplit dans le bassin méditerranéen et en Afrique. On estime que 2 à 3 millions de tourterelles européennes et russes sont victimes chaque année de ces braconniers. Cela devient un problème de conservation pour cet oiseau puisque ce sont des quantités astronomiques. L’autre facteur, ce sont les conditions climatiques dans ses zones d’hivernage en Afrique. Si cet oiseau rencontre des zones de sécheresse ou des conditions climatiques défavorables, beaucoup moins d’oiseaux reviendront au printemps pour nidifier en Europe. »

Quel type de mesures peut-on prendre pour protéger et conserver cet oiseau ?

« Il est très important que la Société ornithologique tchèque ait mis cet oiseau au devant de la scène. Effectivement il diminue partout en Europe. En Suisse, c’est une diminution en dix ans de 40% des effectifs. On a moins de 400 couples en Suisse. Dans les autres pays européens, on a des diminutions qui dépassent parfois les 60 voire 70%. Il faut surtout essayer de conserver les habitats de cet oiseau, favoriser une agriculture plus proche de la nature en limitant ou en supprimant les pesticides qui sont probablement aussi à l’origine de cette diminution. Il faut recréer des habitats favorables, des zones de jachère en bordure des champs pour que cet oiseau puisse trouver encore de la nourriture. Voilà les principales mesures à faire sur les lieux de nidification. Et il faut aussi faire des efforts pour limiter le braconnage de cet oiseau. »