Tourisme : les guides « ont l’impression d’être abandonnés »

La place de la Vielle-Ville de Prague, photo: Štěpánka Budková

Le tourisme est un des secteurs économiques les plus touchés par la pandémie, en République tchèque aussi. Améline Roussel s’est adressée à Kateřina Komasová, guide touristique à Prague, qui a d’abord évoqué sa grande expérience :   

« J’ai obtenu deux maîtrises, une à l’académie des beaux-arts et une à la faculté de lettres. J’ai suivi les cours pour devenir guide, j’ai fait la licence pour la ville de Prague, la République tchèque et les différentes régions, et une licence spécialisée pour le château de Prague, le musée juif etc. Je travaille comme guide depuis 1993 et je suis donc guide licenciée, certifiée. »

Est-ce que vous pouvez me parler de vos visites guidées, de ce que vous faites visiter aux touristes ?

Kateřina Komasová, photo: Site officiel de Guide Prague cz

« En temps normal, ces dernières années, j’ai fait des visites spécialisées. Je fais des visites individuelles, de couples, de familles ou de petits groupes et à la commande, donc ça dépend de ce que le client demande. Certains visitent Prague pour la première fois, certains veulent une visite de l’architecture, ou de Prague la musicale, la littéraire, ou encore voir le quartier juif et en savoir plus sur les personnages célèbres, donc c’est très varié. »

Votre clientèle est-elle essentiellement française, ou du moins francophone ?

« Oui, ma clientèle est principalement francophone ou tchèque. »

Je présume que vous constatez une baisse significative du nombre de touristes ?

« Pour certains de mes collègues, ils n’ont vraiment aucun client. Je fais partie des plus chanceux mais du 1er mai jusqu’à maintenant, je n’avais que vingt visites seulement. Sans le Covid, ça serait au minimum trois fois plus. »

Les clients que vous avez en ce moment, ce sont encore des touristes étrangers ou ce sont principalement des Tchèques ?

Photo illustrative: Ixtlilto, CC BY-SA 3.0

« C’était moitié-moitié. J’ai beaucoup de contacts avec des agences qui envoient la clientèle étrangère, mais même eux ont des graves problèmes. Je collabore surtout avec l’agence ‘Avant-garde’ mais elle a des problèmes, et on a accepté d’être moins bien payé car on comprend la situation. La clientèle tchèque était à la base du programme préparé par la ville de Prague, appelé ‘A Prague comme chez soi’, c’était le minimum de travail et d’habitude ce sont les visites de deux heures et vous gagnez par jour 700 couronnes. »

Avec les nouvelles restrictions, pensez-vous que la clientèle sera principalement tchèque ?

« Je ne pense pas car les gens n’auront plus suffisamment d’argent. Il ne faut pas oublier que la clientèle tchèque demande ces visites par l’intermédiaire de l’hôtel de ville. Avec le programme elle ne paie rien, car c’est sur la base de bons d’échange offert par la ville de Prague. Ils s‘installent à l’hôtel et obtiennent ces bons qu’ils peuvent utiliser pour les zoos, les musées ou des visites avec commentaires, et les zoos sont plus attractifs pour les familles et leurs enfants.  Donc ce n’était pas tellement demandé et les guides ont gagné moins de un pourcent de la somme financée par la vile de Prague pour ce programme qui a surtout fonctionné grâce aux subventions des clients par les bons d’échanges. Mais si les gens doivent payer les visites, alors que bientôt ils n’auront plus d’argent…Les gens commencent à économiser car la situation est incertaine. »

Justement, au niveau des aides gouvernementales, est-ce que vous bénéficier de quelque chose ?

Photo illustrative: Barbora Němcová

« Quand l’épidémie de Covid a commencé, le gouvernement tchèque a laissé entendre que les frontières pourraient rester fermées pendant deux ans, et nous, en tant que guides, avons commencé à paniquer. J’ai interrompu ma licence du 16 mars jusqu’au 5 avril, j’étais chômeuse. Et comme chômeuse, pendant cette période, j’ai obtenu comme aide de l’Etat 3629 couronnes (133 euros). Puis j’ai renouvelé ma licence mais à cause de cette interruption, je n’avais pas le droit d’obtenir le bonus qui représentait du 12 mars jusqu’au 30 avril 25 000 couronnes (918 euros), je n’ai obtenu que 14 500 couronnes (532 euros). Malheureusement, l’Etat a informé trop tard, les conditions pour l’obtenir n’étaient pas toujours claires, ils ont changé les conditions à plusieurs reprises.

Le deuxième bonus était pour la période du 1er mai jusqu’au huit juin, c’était 19 500 (716 euros) et je l’ai obtenu, puis c’était fini, plus aucune aide. On était libéré du paiement de l’assurance sociale, de l’assurance maladie mais jusqu’au mois d’août. A partir du mois de septembre, on doit la payer et la somme la plus basse est presque de 5000 couronnes (183 euros) par mois et mes collègues qui ne gagnent rien n’ont pas de quoi la payer. Alors on commence à reparler des aides, mais ce n’est pas sûr que nous soyons de nouveau libérer de ce paiement. »

Vous, personnellement, est-ce que vous trouvez que cela est suffisant ?

« Non, ce n’est pas suffisant parce que comment vous pouvez-vivre si vous ne gagnez pas d’argent ? Si je compte ce que j’ai obtenu du 11 mars jusqu’à la fin du mois de mai avec les aides de l’Etat, le bonus et le chômage, j’ai reçu 20 000 couronnes (734 euros), pour un mois et demi. Et depuis septembre vous devez de nouveau payer 5 000 couronnes par mois alors qu’est-ce qu’il vous reste ? »

« Notre gouvernement devrait donner des aides à l’heure et être plus transparent, ne pas sans cesse changer les conditions, ne pas oublier que c’est le tourisme qui a ramené beaucoup d’argent pour notre ville et notre pays. Maintenant, ceux qui ont participé à la situation dont le pays à profiter ont l’impression d’être abandonnés. »

Avez-vous peur de l’avenir et des prochains mois à venir ?

Photo illustrative : Anastasiia Voitenko, Unsplash / CC0

« Moi, personnellement, non, parce que je suis mariée. Mon mari n’a pas perdu son travail et notre fille est adulte. Mais j’ai des collègues qui sont dans une situation pire que la mienne. En plus, j’ai soixante ans et je dois travailler encore trois ans avant la retraite et je pense que j’y survivrai. Mais il y a les autres qui sont plus jeunes que moi, mais pas assez jeunes pour être attractifs sur le marché du travail. Ils répondent aux petites annonces mais souvent sans résultat, ce qui est déprimant. La situation touristique est catastrophique et ça va durer au entre deux et trois ans au minimum. Ca ne sera plus jamais ce que c’était avant le covid, ça va s’améliorer parce que les gens aiment voyager mais ça sera limité, les gens auront plus peur et auront moins d’argent. »