Tourisme : une boutique de souvenirs tchèques, sans poupées russes !

Stéphane Corbet, photo: RPI

Le centre-ville de Prague regorge de boutiques de souvenirs où il y en a pour tous les mauvais goûts. De l’absurde avec la matrioshka, la poupée russe qui n’a rien de tchèque, au nazisme, avec des objets à l’effigie d’Adolf Hitler, en passant par la fausse absinthe ou le chocolat Kafka, les touristes ont souvent un choix assez glauque… Depuis quelques mois, le petit magasin Orel & friends tente de proposer autre chose, avec une sélection d’objets créés par des artisans locaux, comme l'explique son fondateur français, Stéphane Corbet.

Stéphane Corbet, photo: RPI

Pourquoi Orel and Friends ?

« Orel ça veut dire aigle en tchèque et cette maison ici s’appelle ‘à l’aigle rouge’. Il n’y a que quatre maisons à Prague qui porte ce nom là, que j’ai utilisé pour le nom de la boutique avec l’aval de mon épouse tchèque... »

Nous sommes dans la rue Nerudova, la rue qui mène au Château de Prague…

Des souvenirs au centre de Prague, photo: Titlutin, CC BY-SA 4.0
« Oui, elle est moins fréquentée que les rues autour du Pont Charles. Ce n’est pas la même ambiance qu’entre le Pont Charles et la Place de la Vieille-ville, un quartier saturé de touristes avec des magasins plein de néons partout. Ici, c’est plus paisible… (entrent des touristes russes amusées par le fait que les autres magasins de souvenirs à Prague vendent des poupées russes). »

C’est justement l’offre assez médiocre et inadéquate de ces magasins de souvenirs du centre qui vous a motivé à ouvrir votre boutique ?

« Oui, ce n’est pas en opposition aux poupées russes, mais c’est en constatant la pauvreté globale de l’offre. Je ne trouvais rien qui me plaisait dans le centre de Prague. C’est en train d’évoluer un petit peu mais je continue à penser que mon offre se distingue un peu et est plus colorée… »

Je vois du bleu derrière vous, du tissu…

« C’est un des plus beaux objets de mon magasin, ça s’appelle ‘Modrotisk’ en tchèque - inscrit l'année dernière au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco - et c’est fabriqué en Moravie, où se trouvent les deux derniers ateliers qui en fabriquent. C’est fait à partir de blocs de bois dans lesquels le motif est sculpté. Ils imprègnent ça d’une pâte avant de tamponner à la main les rouleaux de tissu blanc qui seront trempés dans un bain indigo. La partie imprégnée ne prend pas cette coloration, ce qui donne ce contraste très beau. »

On en trouve très peu à Prague aujourd’hui…

« Oui, quelques artistes travaillent dessus, dont une qui fait des vêtements à partir de ce tissu là, mais en linge de table comme ça on en trouve pas ou peut-être dans un magasin de la marque Manufaktura. »

Les Tchèques sont réputés pour leurs jouets en bois. Vous en avez un peu…

Photo: Pišlik
« Oui, j’en ai de la marque Pišlik, qui commence à être connue, à la fois design et écolo. Le bois n’est pas traité et tout est fait à partir d’une seule pièce de bois. A côté vous voyez de jolies petites choses de la marque Pikle. Après j’ai d’autres manèges colorés au principe très simple, fait par un artiste de la commune de Dobruška, qui fabrique aussi ces toupies ‘magiques’. »

On voit au mur des jolis posters des trams traditionnels qui parcourent la ville de Prague, des sacs aussi, fabriqués en papier…

« Oui, du papier lavable très résistant qui fait penser à du cuir et très joli pour la maroquinerie. »

Pas de cristal chez vous, mais un peu de céramique, dont celle fabriquée par une dame de Liberec…

« Quelques pièces uniques fabriquées notamment par Oli à Liberec et d’autres choses pour lesquelles j’ai eu un coup de cœur et qu’on ne voit pas ailleurs dans le centre de Prague. »

Stéphane Corbet et les signes de balisage touristique, photo: RPI
Il y a autre chose ici, qui vous tient particulièrement à cœur : les signes de balisage touristique…

« Oui, à la base c’est mon projet photographique que j’ai exposé à plusieurs reprises et que je présente ici aussi sous la forme d’affiches. »

Vous êtes passé du secteur bancaire et des assurances à tout autre chose, comment on passe de l’un à l’autre ?

« C’est venu progressivement, peut-être après ce projet photo et une lassitude après une trentaine d’années passées dans les assurances. Je voulais me lancer dans un nouveau projet mais c’est vrai que ce n’est pas facile, il y a beaucoup de concurrence et en plus j’ai eu un problème administratif avec une amende imposée parce que j’avais exposé des objets à l’extérieur de la boutique. Depuis j’ai trouvé un arrangement avec les autorités pour regagner la visibilité perdue auprès des passants. »

Il faut être polyglotte pour tenir cette boutique ?

Photo: Orel & Friends
« Oui, il faudrait l’être encore plus, j’aimerais améliorer mon espagnol et mon italien pour pouvoir échanger avec les touristes de certains pays qui ne parlent pas forcément anglais, pour pouvoir leur expliquer l’histoire des objets de ce concept store. »

Mais vous parlez tchèque, pour échanger avec vos fournisseurs ?

« Oui, je pense que si je ne parlais pas tchèque je ne me serais pas lancer dans cette aventure. C’est important et c’est un des plaisirs de mon activité que de pouvoir échanger avec les artisans et de comprendre comment ils travaillent et ce qui les motive. »

http://www.orelandfriends.cz/