Ukraine : « les sanctions ne sont pas efficaces, parce que leur poids politique a disparu »

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Comment concilier les intérêts divergents des Etats d’Europe centrale pour créer une coopération à propos de la situation en Ukraine ? Cette question a été au cœur de la conférence qui s’est déroulée, mercredi dernier, à l’Institut polonais de Prague. Jiří Schneider, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères tchèque et secrétaire d’Etat à l’Union européenne et Paweł Kowal, ancien eurodéputé polonais en charge du dossier des relations avec l’Ukraine, ont évoqué la difficulté à créer une vision commune entre les pays de l’Union européenne et plus particulièrement, entre les pays du groupe de Visegrád.

Il est difficile de faire naître une convergence au sein des pays de l’Union européenne sur des sujets de grande envergure internationale, et les évènements récents en Ukraine révèlent les divergences d’intérêts entre Etats. Mais on pourrait penser qu’une vision commune serait imaginable entre les pays du groupe de Visegrád, la Pologne, la République Tchèque, la Hongrie et la Slovaquie. Forts d’une volonté commune d’adhérer à l’Union européenne après la chute des régimes communistes, ces pays ont commencé à collaborer dans différents domaines afin de faciliter la mise en place de certaines réformes. Or, si la collaboration diplomatique entre ces pays a été très importante jusqu’à leur adhésion à l’UE en 2004, celle-ci commence à s’éroder. La réaction adéquate face aux évènements en Ukraine ne fait pas consensus. Jiří Schneider :

Jiří Schneider,  photo: Jindřich Rambousek,  ČRo
« Je pense que les politiciens mettent l’accent sur des points différents. Je suis persuadé que les pays du groupe de Visegrád ont des intérêts communs, mais les élites politiques dans ces pays ont des priorités différentes, et privilégient souvent des intérêts à court terme, comme par exemple la volonté de maintenir les rapports commerciaux avec la Russie contre l’intérêt stratégique à long terme d’empêcher une remise en cause de l’aménagement de l’Europe d’après la guerre froide. »

Si la Pologne est partisane d’une condamnation ferme du soutien de la Russie aux séparatistes, au même titre que les pays baltes ou le Royaume Uni, la République Tchèque semble plus modérée face aux évènements, selon Jiří Schneider :

« À mon avis, l’élite tchèque n’a pas fait assez attention à l’Ukraine depuis longtemps et c’est l’ignorance qui domine sur le champ politique. Ce n’est pas un pays voisin et, au fil de ces dernières années, la République tchèque a dirigé son attention vers les évènements au sein de l’Union Européenne. »

Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères remarque aussi que la position tchèque se situe dans un entre-deux entre la Russie et l’Ukraine, de par les divergences à la tête de l’État.

« Si vous prenez en compte les prises de position du ministère des Affaires étrangères tchèque, vous pouvez constater une condamnation de l’agression russe et une volonté d’aider l’Ukraine par la République tchèque. Si vous lisez les déclarations du Président de la République, vous découvrirez qu’elles laissent une tout autre impression par rapport à ce sujet. Malheureusement, les hauts représentants ne semblent pas partager le même avis. »

Ces désaccords au niveau de l’état tchèque, que l’on observe aussi au niveau européens entre les dirigeants des états membres, empêchent une réelle efficacité de la politique de sanction de l’Union européenne, comme l’explique Paweł Kowal :

Paweł Kowal,  photo: Leila Paul,  CC BY-SA 3.0 Unported
« Les sanctions ne sont pas efficaces pour le moment, pas parce qu’elles sont faibles, mais parce que leur poids politique a disparu. Les sanctions devraient représenter un élément intimidant. Or, une fois que les sanctions ont été adoptées, les hommes politiques français, italiens etc. ont déjà commencé à parler de leur annulation. Leur caractère intimidant a donc disparu. »

Une réelle convergence des pays de l’Union européenne est dans ce contexte difficile à envisager, mais elle est pourtant cruciale, car c’est de cette union des pays européens dont dépend l’efficacité de la politique européenne. Une plus grande condamnation des agissements de la Russie serait nécessaire, selon Jiří Schneider, car la sécurité en Europe en dépend.

Le 29 janvier, lors de la rencontre extraordinaire des ministres des affaires étrangères des pays de l’Union européenne, il a été notamment décidé de prolonger de six mois les sanctions ciblées s’appliquant à 132 personnalités séparatistes.