Un guide touristique impertinent sème la zizanie à Brno

To je Brno, photo: tic / Turistické informační centrum města Brna

La colère gronde aux alentours de Brno, la métropole morave et deuxième plus grande ville de Tchéquie. Les communes avoisinantes s’indignent en effet d’un guide touristique publié début avril par l’office de tourisme de Brno qui les décrit dans des termes pour le moins sarcastiques sous leur plus mauvais jour. Face à la tempête, les responsables de ce petit guide, intitulé To je Brno (C’est Brno), assument une démarche « ironique ».

Kuřim, photo: Dezidor, CC BY 3.0
De l’ironie, il en faut une bonne dose quand on est un habitant de Kuřim, petite ville de 10 000 âmes située à quelques kilomètres au nord de Brno, et qu’on découvre la description proposée dans le guide pour cette localité. « Kuřim : variante spécifique d’un camp de travail, où les gens s’installent totalement librement et dont le point de repère principal est la route qui mène au centre de la ville », peut-on notamment y lire. Voilà qui n’a pas du tout plu à David Holman, le maire adjoint de cette localité, qui ne trouve pas normal que de l’argent public ait financé la publication :

« Pour faire une comparaison, c’est comme si vous affichiez dans la rue un panneau publicitaire où il serait écrit : ‘tous mes voisins sont dégueus’. Il n’y aurait rien d’anormal si quelqu’un publiait une telle chose par la voie ordinaire, en prenant le risque, en tant qu'entrepreneur, de l’éditer sur le marché. Mais quand cela est financé par les impôts municipaux, qu’on s’adresse ainsi à l’autre dans un style insultant, il y a probablement quelque chose qui cloche. »

Blansko, photo: Mr Hyde
Et Kuřim n’est pas la seule commune à faire les frais du guide impertinent. On apprend ainsi que Rousinov, à l’est de Brno, abrite l’une des plus grandes usines de machines à sous où « des accros ruinent leur hypothèque, les études de leurs enfants et tout simplement leur avenir ». Non loin de Kuřim, on peut faire un détour par Blansko, qui « souffle sur vous le néant, la dépression et le vide ».

Cela ne donne pas trop envie de s’y attarder. Mais même devant le tollé suscité chez les élus de ces différentes municipalités, Jana Janulíková, directrice de l’office de tourisme de Brno, défend un projet qu’il conviendrait de prendre avec humour et qu’il ne faut pas considérer comme un guide « officiel » :

« Ce livret n’est clairement pas pour tout le monde. C’est comme ça. J’imagine qu’il va soulever des discussions et je pense que c’est une bonne chose. Car c’est ce que nous voulions. Pour ce texte, nous avons sollicité des gens qui ont des opinions très marquées sur Brno et ses environs. Le ton de leurs textes est très ironique et il faut le prendre ainsi. Brno a quelque chose d’original. Nous avons un sens de l’humour qui peut être cruel. Nous nous moquons de nous-mêmes, nous le savons et nous sommes fiers d’être capables d’autodérision. Nous sommes ironiques, même contre nous-mêmes ; c’est ce que vous retrouvez dans le guide. »

D’ailleurs, l’un des auteurs de plusieurs des passages incriminés, le sociologue Stanislav Biler, dit avoir « la conscience tranquille ». Il considère avoir par le passé écrit des textes bien plus acerbes sur la ville de Brno elle-même et assume totalement ses nouvelles saillies :

« Je pense que la réaction de certains maires est pour le moins inutile parce que je ne suis pas responsable de l’apparence de leurs villes. Et s’ils veulent qu’on écrive que ces villes sont jolies et accueillantes, c’est à eux de faire en sorte qu’elles deviennent jolies et accueillantes. »

To je Brno, photo: tic / Turistické informační centrum města Brna
Chez certains habitants des communes visées, la critique passe mal et l’on craint que les touristes de passage ne comprennent pas forcément les subtilités humoristiques du fameux guide. Le maire de Brno, Petr Vokřál (ANO), a donc décidé de prendre ses distances avec le parti pris de ses auteurs. Il s’est excusé auprès des élus outrés et souhaite mettre fin à la polémique en ajoutant sur chaque exemplaire sorti des presses un message indiquant que les écrits qu’on y trouve ne correspondent pas à la position officielle de sa municipalité. Il n’en reste pas moins que l’emballement médiatique autour de To je Brno constitue une belle opportunité de faire parler de Brno.