Un salarié tchèque sur cinq victime de harcèlement au travail

Photo illustrative: ČT24

La souffrance au travail est une réalité pour de nombreux employés en République tchèque. C’est ce que confirme une étude menée par des chercheurs de l’Université Palacký d’Olomouc selon laquelle un cinquième des salariés tchèques auraient déjà fait l’expérience d’une forme de harcèlement moral, dans un pays où la législation ne permet pas de lutter efficacement contre le phénomène.

Photo illustrative: ČT24
Le harcèlement moral au travail n’est pas clairement défini en République tchèque et seule la loi anti-discrimination offre quelques outils pour, seulement dans certains cas, y faire face. C’est ce que déplore Michaela Švejdová, spécialiste de l’éducation des adultes, qui a été sensibilisée à cette problématique en vivant au Royaume-Uni. Elle y a constaté que les travailleurs tchèques et slovaques, quand ils étaient victimes de harcèlement, n’utilisaient pas les dispositifs britanniques prévus pour tenter de remédier à ces situations. En revenant en Tchéquie, Michaela Švejdová s’est aperçue que ces dispositifs n’existaient tout simplement pas et elle a fondé un site d’informations sur le harcèlement moral au travail, phénomène dont elle nous propose une définition :

« Nous pouvons définir le harcèlement comme un comportement brutal et dégradant de la part d’un individu ou d’un groupe à l’égard d’un autre individu qui ne peut éviter cette situation ou qui n’est pas en mesure de se défendre efficacement. Le harcèlement est un comportement agressif, humiliant, contraire à l’éthique, immoral et qui s’inscrit dans la durée. On parle généralement d’un comportement qui se produit au moins une fois par semaine pendant un semestre. »

Michaela Švejdová,  photo: Site officiel du projet Šikana v práci
Pour Michaela Švejdová, les comportements les plus répandus sont définis par les appellations « bossing » et « mobbing » ; le premier concernant le harcèlement d’un supérieur sur un subordonné, le second le harcèlement entre collègues, les deux se combinant parfois. Le psychologue Panajotis Cakirpaloglu évoque pour sa part cinq comportements caractéristiques : l’impossibilité pour une personne d’exprimer son avis, les entraves placées dans ses relations sociales, l’atteinte à sa réputation, la mise en cause de ses qualités professionnelles ou humaines ou encore, le pire d’après lui, la mise en danger de sa santé.

Au sein de l’Université Palacký d’Olomouc, le chercheur a eu l’opportunité de mener une étude pour évaluer la réalité de ce harcèlement en République tchèque. La recherche se base sur l’administration de plusieurs questionnaires, dont notamment le Negative Acts Questionnaire, une enquête développée dans les pays scandinaves précisément pour mesurer le harcèlement au travail. A partir des résultats obtenus auprès de plus de 3500 salariés tchèques, Panajotis Cakirpaloglu peut fournir quelques premiers enseignements :

« Sur cet ensemble, environ 20% des personnes interrogées ont indiqué avoir eu une expérience de ‘mobbing’ sur les six mois écoulés. Mais si on utilise des critères plus précis, en considérant les personnes qui n’ont pas seulement éprouvé une forme de harcèlement mais une combinaison de plusieurs de ces comportements de harcèlement et de façon plus fréquente qu’une fois par mois, ce pourcentage s’abaisse pour s’établir à un peu plus de 12%. »

Photo illustrative: Štěpánka Budková
Des données qui confirment une comparaison européenne réalisée en 2015 et qui dresse un constat plutôt inquiétant de la situation en République tchèque. Panajotis Cakirpaloglu explique :

« Nous sommes face à une situation très sombre. Eurofound, une fondation indépendante pour la recherche sur le travail et l’emploi, a réalisé une enquête à travers tous les pays européens pour l’année 2015 montrant que le harcèlement concernait en moyenne plus de 14% des employés et que parmi les pays les plus touchés, on trouvait l’Autriche, la Finlande et malheureusement la République tchèque. »

L’enquête menée dans le cadre de l’Université d’Olomouc montre par ailleurs que ce sont les personnes diplômées de l’enseignement supérieur qui sont les premières concernées par le harcèlement moral. Surtout, ce phénomène se retrouve bien davantage dans le secteur public que dans le privé. Se basant sur des travaux réalisés à l’étranger, M. Cakirpaloglu estime que les administrations ou entreprises publiques sont parfois plus rétives à l’innovation et le nouvel entrant, le nouvel employé, peut être perçu comme menaçant l’ancien équilibre et à ce titre potentiellement victime de formes de harcèlement.

Les constats de l’enquête du chercheur semblent en tous cas rejoindre l’expérience de Michaela Švejdová quand elle évoque les profils les plus fréquents des personnes qui se tournent vers son site d’informations pour obtenir une aide :

Photo: Carl Dwyer,  freeimages
« Le plus souvent, ce sont des professionnels de la santé, ensuite des personnes des administrations publiques, de l’éducation, et après des ouvriers qui se tournent vers nous. Parfois, nous avons affaire à des étrangers confrontés ici au harcèlement moral. Généralement ce sont des diplômés de l’enseignement supérieur, et plus souvent des femmes que des hommes. Les femmes ont plus de courage pour faire face à ces situations alors que les hommes ont tendance à parler difficilement de ce genre de choses. »

Michaela Švejdová se dit étonnée de l’imagination dont sont capables de faire preuve certains employés pour causer du tort à l’un de leurs collègues avec des conséquences parfois dramatiques sur la vie personnelle et la santé de la victime. Elle conseille aux personnes qui sont confrontées à ce problème de réaliser un inventaire des agressions qui les visent, de garder leurs courriels voire d’enregistrer certaines conversations, afin d’être en mesure de produire des preuves, éventuellement devant la justice.