Valérie Garnier : « Le basket féminin tchèque possède toujours de grandes joueuses »

USK Prague - Bourges, photo: ČTK

Champion de France en titre et ancien triple vainqueur de la compétition, le Tango Bourges Basket effectuait un déplacement à Prague pour y affronter l’USK, mercredi dernier, à l’occasion de la 2e journée de l’Euroligue féminine. Malgré la défaite logique (43-69) concédée par ses joueuses sur le parquet des championnes d’Europe en titre, l’entraîneuse de Bourges et de l’équipe de France, Valérie Garnier, a accepté de se confier au micro de Radio Prague à l’issue du match. D’abord pour dire ce qu’elle pensait de cette équipe pragoise sacrée à l’échelle continentale pour la première fois de son histoire au printemps dernier, puis plus généralement de l’évolution du basket féminin tchèque :

Valérie Garnier, photo: Bellenger / IS/ FFBB
« Pour moi, ce sont de fortes individualités qui forment une vraie équipe. Je trouve que c’est le plus à Prague et c’est pour cette raison qu’elles ont gagné l’Euroligue. Il y a des joueuses de talent avec un maître à jouer qui est l’Espagnole Laia Palau. Elle excelle dans son rôle. Il y a aussi des shooteuses redoutables, telle que Kateřina Elhotová. Le secteur intérieur est très bien fourni, sans oublier la Serbe Sonja Petrovic qui va revenir. Pour moi, malgré quelques retards au démarrage, Prague reste un des favoris de la compétition avec Ekaterinbourg, surtout que la saison va être longue. »

-Au-delà du match retour, est-ce une équipe que vous aimeriez retrouver plus tard dans la saison au moment des play-offs avec cette fois une équipe au complet ?

« Ah ça, oui ! J’aimerais vraiment les retrouver en play-offs. Cela voudrait dire que nous avons d’abord terminé parmi les quatre premières équipes de notre groupe et que nous avons passé le stade des quarts de finale pour disputer une demie. Donc oui, ce serait une très bonne nouvelle. Mais avant cela, on va d’abord les recevoir à Bourges. Nous sommes dans un mini-championnat et tout compte. C’est pour cela que c’est bien de ne pas avoir perdu avec un trop grand écart à Prague ce soir. »

-En raison de la crise économique, il n’y a plus que deux groupes de huit équipes en Euroligue depuis la saison dernière, mais cela n’a pas abaissé le niveau pour autant. Bourges se trouve ainsi cette saison dans le groupe B en compagnie d’Ekaterinbourg, de l’USK Prague et d’autres encore comme Kayseri qui a battu Prague lors de la 1ère journée. Bref, c’est un groupe pour le moins relevé…

USK Prague - Bourges, photo: ČTK
« Oui, c’est un groupe très difficile, vous voulez dire, du moins pour nous. Je ne vois pas comment des équipes comme Prague, Ekaterinbourg et Orenbourg pourraient ne pas finir parmi les quatre premiers au classement final et ne pas se qualifier pour les play-offs. Cela fait qu’il ne reste plus qu’une seule place à s’arracher avec les autres équipes qui vont s’entredéchirer. Effectivement, Kayseri a fait une perf’ en s’imposant à Prague lors de la 1ère journée. C’est une défaite qui n’arrange peut-être pas Prague, mais qui n’arrange surtout pas les autres équipes comme la nôtre parce qu’il n’y en a pas beaucoup qui viendront gagner à Prague cette saison. Je n’oublie pas les Belges de Braine, qui ont effectué un recrutement très costaud… Oui, ce sera compliqué. »

-Bourges est confronté à des adversaires, notamment les clubs russes, qui disposent de plus gros budgets. Or, le sport professionnel, quelles que soient les disciplines, est souvent d’abord une question d’argent. On l’a encore vu ce soir avec l’USK Prague dont les deux joueuses américaines ont inscrit à elles seules plus de la moitié du total des points de l’équipe. Pour un club comme le vôtre, est-il donc de plus en plus difficile d’être compétitif sur la scène européenne ?

« En France, nous avons le plus gros budget du basket féminin. Inversement, en Euroligue, nous avons un des plus petits. Ce n’est pas évident, mais Bourges a quand même un savoir-faire. Quels que soient les joueuses et les entraîneurs, le club perdure. Il en est quand même à sa dix-neuvième ou vingtième saison d’affilée en Euroligue. Je pense que c’est le club le plus ancien en Europe qui se qualifie régulièrement pour les huitièmes ou les quarts de finale. Bourges a quand même fini 4e et 3e de l’Euroligue il y a deux et trois ans de cela. C’est un club pérenne, qui est toujours là avec ses valeurs et son savoir-faire. Malgré cela, exister à l’échelle européenne est de plus en plus difficile, car il y a des clubs qui ont de tout autres moyens financiers et qui peuvent s’attacher les services des meilleures joueuses étrangères. Comme vous le dites, il n’y avait que trois Tchèques dans l’équipe de Prague sur la feuille de match ce soir. »

-Valérie Garnier, vous êtes également entraîneuse de l’équipe de France. En tant que telle, quel regard portez-vous sur l’évolution du basket féminin tchèque ? Après une génération exceptionnelle qui a remporté un certain nombre de succès dans un passé encore relativement récent, ce basket est actuellement un peu dans le creux...

USK Prague - Bourges, photo: ČTK
« J’ai toujours considéré que les joueuses tchèques étaient très talentueuses à l’image par exemple des Eva Vítečková ou Němcová-Horáková. Aujourd’hui, il y a Kateřina Elhotová qui a pris leur relais. Les Tchèques ont perdu des joueuses, mais elles conservent quand même des générations intéressantes. Mais il faut aussi qu’elles puissent jouer dans leurs clubs… Sans cela, c’est compliqué. Nous, nous avons des joueuses françaises, comme par exemple Sandrine Gruda, qui vont jouer à l’étranger. C’est bien, mais nous avons aussi la chance d’avoir un fort championnat de France où, chaque année, la conquête du titre est vraiment disputée. Je pense qu’ils ont un peu les mêmes difficultés en Russie avec l’apport de beaucoup de joueuses étrangères qui sont vite naturalisées. Ce n’est pas le cas en France. Pour en revenir à la République tchèque, il y a eu une génération exceptionnelle pendant une dizaine d'années, très belles, pour le basket féminin. Ces filles ont arrêté leur carrière, il faut donc attendre que cela revienne. Mais je pense qu’une joueuse comme Elhotová fait partie des chefs de file de cette nouvelle génération. Il n’y a pas de raison que cela ne marche pas : le basket tchèque est un basket propre avec de grandes joueuses adroites. »

-Ceci dit, quand Prague ne présente que trois joueuses tchèques de l’équipe nationale dans son effectif pour un match comme celui de ce soir, qu’est-ce que cela vous inspire ?

« Je n’ai pas de jugement à porter sur cela. Mon travail consiste à m’occuper de Bourges et de l’équipe de France. Nous aussi, nous commençons à avoir des joueuses qui vont à l’étranger. On a perdu Endy Miyem qui est partie à Koursk, Sandrine Gruda est en Russie aussi depuis plusieurs années, Isabelle Yacoubou à Schio en Italie… C’est aussi le succès du basket français qui s’exporte. Mais chacun voit midi à sa porte et je n’ai pas d’opinion sur le recrutement des dirigeants de Prague. »

-Vous voyez donc cette équipe de Prague aller de nouveau très loin cette saison en Euroligue ?

« Oui, Prague est un de mes favoris avec Ekaterinbourg, Orenbourg, Koursk et probablement une équipe turque. Ce sont les équipes les plus fortes avec les plus gros budgets, mais il ne tient qu’à nous de nous frayer un chemin… »