Y a-t-il lieu de craindre une sécheresse extrême en Tchéquie?

Photo: Barbora Kmentová

En raison d’une saison particulièrement sèche, la sécheresse a été le thème de nombreux articles publiés ces derniers jours dans la presse. A l’occasion des fêtes de Pâques, certains commentaires se sont penchés sur le rapport très réservé des Tchèques à l’égard des rites et des cérémonies. A l’approche de l’anniversaire de l’attentat commis en 1942 sous le protectorat de Bohême et Moravie et visant Reinhard Heydrich, la question de la raison d’être de cet acte a été de nouveau soulevée dans la presse. Celle-ci a également retenu les propos de l’ex-président tchèque Václav Klaus concernant la situation en Ukraine, ainsi que ses propos critiques vis-à-vis de la position du gouvernement tchèque sur l’Union européenne. Ce sont les thèmes de cette revue de presse proposée par Radio Prague.

Photo: Barbora Kmentová
Les experts qui étudient les retombées du réchauffement et des changements climatiques sur la Tchéquie invitent à l’élaboration de plans pour les situations de sécheresse extrême. En effet, sur 130 années, la fréquence des saisons sèches a été la plus élevée cette dernière décennie. Dans une des éditions récentes du quotidien Mladá fronta Dnes, une grande place a été accordée à ce sujet. Nous avons pu y lire les propos suivants :

« La Tchéquie ne dispose pas d’un plan de crise concernant la sécheresse extrême. Et pourtant, il faut agir avant l’arrivée d’un tel épisode pour s’y préparer systématiquement. Certaines régions, comme la Moravie du Sud, sont bien sûr menacées plus que d’autres.... Nous craignons beaucoup plus les inondations, oubliant le danger de sécheresse. Et pourtant, la quantité d’eau s’amenuise, lentement mais continuellement. Il y aurait aujourd’hui dans le sol 20% d’eau en moins pour les plantes qu’il y a cinquante ans. »

L’expert Miroslav Trnka cité par le journal est un des acteurs qui participe à un projet international dont le but consiste à analyser les différents aspects de la sécheresse, dans le passé et à l’avenir. Selon lui, il faut parler ouvertement de la sécheresse et sensibiliser l’opinion publique à ce problème qui sera de plus en plus grave.

Le quotidien Lidové noviny a pour sa part publié un article portant sur l’importance du système de barrages sur la rivière Vltava, dont l’efficacité a été mise en doute lors des inondations de l’année passée, mais qui est pleinement utilisé à l’heure actuelle où la pénurie d’eau est marquante. L’auteur de l’article a écrit : « Aussi paradoxal que cela puisse paraître, à la différence des inondations, aucun débat politique ou publique concernant l’efficacité du système de barrages sur la Vltava en cas de sécheresse n’est mené. Mais on peut s’attendre à ce que l’importance du système de barrages fasse ses preuves si la sécheresse se poursuit. »

Par ailleurs, comme le souligne le journal, le système de barrages sur la Vltava, dont les origines remontent aux années 1930, n’a pas été édifié comme une protection contre les inondations, mais comme un réservoir d’eau. En conclusion l’auteur de l’article s’interroge sérieusement sur le risque de connaître cette année en République tchèque une sécheresse aussi dramatique que celle survenue en 1904.

Un héros ne peut pas calculer

Photo: Barbora Kmentová
Le quotidien Mladá fronta Dnes publie régulièrement une série d’articles qui reviennent sur certains chapitres clés de l’histoire tchèque. Dans son édition de jeudi dernier, il s’est interrogé sur l’apport pour les Tchèques de l’attentat perpétré en 1942 sur le protecteur Reinhard Heydrich. Le tout à la lumière d’un « score » qui met d’un côté la mort d’un haut représentant nazi et, d’un autre côté, les cinq mille victimes civiles, y compris femmes et enfants, décimées en représailles par les nazis. Voici un extrait du texte de l’historien Pavel Kosatík dans lequel il cherche une réponse à la question de savoir si cet acte pouvait se justifier :

« Très probablement, Josef Gabčík et Jan Kubiš (et avec eux Josef Valčík, Adolf Opálka et d’autres bourreaux de Heydrich) ne se sont même pas posés une telle question. Un soldat ne réfléchit pas comme ça : il est convaincu du bien-fondé de l’armée, dont il fait partie et ne fait qu’obéir auxordres. Si tout le monde voulait dans chaque circonstance calculer, il serait impossible d’agir dans de nombreuses situations, où on ne saurait évaluer à l’avance les risques. Il y a ceux qui s’y mettent en dépit de tout sachant que leur décision est peut-être mauvaise... Mais notre admiration pour les héros est nourrie justement par la conviction qu’ils ont entrepris une chose, dont ils ne pouvaient pas calculer à l’avance les risques. Un héros ne calcule pas, car il n’a pas de choix. »

Les Tchèques sont réservés à l’égard des rites et des cérémonies

Photo: CzechTourism
Le rapport des Tchèque à l’égard des fêtes de Pâques a été le thème de plusieurs textes publiés dans le quotidien Lidové noviny. « Les chrétiens célèbrent les fêtes de Paques ». Cette formulation, utilisée par la plupart des médias locaux qui se refusent à écrire « nous qui célébrons »,a retenu l’attention de Zbyněk Petráček.

Pour lui, cette distance par rapport aux « chrétiens » qui prétend témoigner d’une certaine neutralité, en dit cependant long sur l’état de la société majoritaire. Dans un article intitulé « Les fêtes volées », Petr Kamberský dénonce pour sa part le peu de respect des Tchèques pour les rites et les cérémonies. Il a notamment écrit :

« Plus de deux milliards de chrétiens célèbrent leur plus grande fête, quinze millions de Juifs célèbrent Pessah. Le monde entier est habitué à marquer le cours de l’année par des rites qui ennoblissent les jours, évoquent les ancêtres, célèbrent des moments historiques, font presque sentir la transcendance... Mais nous, nous n’avons rien. Nous ignorons les cérémonies et les rites religieux... Mais nous ne respectons pas non plus les fêtes nationales ; celui qui, le 28 octobre, Jour de la fête nationale, dresse le drapeau n’est pas considéré comme un bon patriote, mais comme un drôle de « néonazi ». Nous ne respectons pas les coutumes. La seule chose que nous avons en commun, c’est de nous rencontrer 365 jours sur 365dans un supermarché... »

Pâques a été également le thème d’un commentaire publié sur le serveur aktuálně.cz. dans lequel Martin Fendrych signale que nous « vivons dans une société basée sur la compétition, obsédée par toute sorte de compétitions et d’olympiades, une société orientée sur la victoire ». Or, les thèmes de Pâques, ce sont le sacrifice, la mort et l’obéissance. A la lumière de ce constat, l’auteur trouve tant bien que mal réjouissant, en se référant à un récent sondage, qu’il y ait près de 7% des Tchèques qui se consacrent lors de ces fêtes à des activités spirituelles.

Václav Klaus défend Poutine et critique la position européenne de la Tchéquie

Václav Klaus, photo: Filip Jandourek, ČRo
L’ex-président tchèque, Václav Klaus, a de nouveau fait parler de lui, d’abord en prenant la défense de Vladimir Poutine, puis en critiquent la politique européenne entamée par le gouvernement de Bohuslav Sobotka. Mladá fronta Dnes a fait état de la conférence qu’il a récemment donnée à la Haute école des finances et de l’administration, en écrivant :

« Selon Klaus, ce sont l’Europe occidentale et les Etats-Unis qui jouent avec l’Ukraine leurs jeux et qui, de ce fait, seraient responsables de la crise en Ukraine. L’ex-président refuse l’idée que le changement de la donne géopolitique ait été provoquée par la Russie, avec à sa tête Vladimir Poutine, prétendant qu’il s’agit d’un ‘avis infantile et insensé’... Václav Klaus a également comparé la crise ukrainienne aux processus de transformation qui se sont déroulées dans le pays après la chute du régime communiste, processus que l’Ukraine ‘n’aurait maîtrisé ni au niveau politique ni au niveau économique’. »

Quelques jours plus tard, à la veille du dixième anniversaire de l’adhésion de la République tchèque à l’Union européenne, Václav Klaus a accordé une interview à l’agence ČTK, dans laquelle il a critiqué l’orientation européenne du gouvernement de coalition de Bohuslav Sobotka.

Selon ses propres paroles, cette position, caractérisée par la volonté d’une plus grande intégration du pays dans les structures européenne et de l’adoption de l’euro, serait non seulement « une défaite pour lui, mais plus encore une défaite pour l’ensemble des dix millions de Tchèques ». Pour Klaus, « il ne s’agit cependant que d’une lutte partielle qui est perdue, l’histoire ne s’arrêtant pas là ».