2020, l’odyssée de l’euro

Photo: Commission européenne
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Entre 2019 et 2021 : si l’on en croit le ministre de l’Industrie et du Commerce, Jan Mládek, c’est le nouvel horizon vers lequel tend la République tchèque pour intégrer la zone euro. Ce n’est cependant pas la première fois depuis l’adhésion, il y a dix ans, du pays à l’Union européenne qu’une date est avancée. Néanmoins, la nouvelle politique pro-européenne engagée par le gouvernement en place permet de penser que certaines avancées sont possibles.

Photo: Commission européenne
Il en va de l’euro comme pour d’un certain nombre d’autres dossiers, notamment européens : la République tchèque fait parfois penser à une girouette. C’est une fois oui, une autre fois non. Certes, ses positions ne changent pas au grès des vents, mais la monnaie unique n’en demeure pas moins une éternelle pomme de discorde entre les partisans de son adoption et ses opposants. C’est un fait : l’euro ne fait pas l’unanimité en République tchèque, et encore moins dans le contexte actuel de crise. Mais après le précédent gouvernement de droite de Petr Nečas, qui se rangeait clairement dans le camp des anti-euro, le nouveau cabinet de centre-gauche formé en début d’année par le social-démocrate Bohuslav Sobotka entend, lui, mener une politique franchement plus pro-européenne. Quelques semaines après la confirmation de la volonté de la République tchèque d’adhérer au Pacte budgétaire européen, les dernières déclarations du ministre de l’Industrie et du Commerce relatives à l’euro n’ont donc rien de très surprenant :

Jan Mládek, photo: Filip Jandourek, ČRo
« Les années 2019 – 2021 me semblent être un délai possible et raisonnable. Mais avant d’envisager quoi que ce soit, il nous faut tout d’abord régler un certain nombre de problèmes internes à notre pays et définir clairement si nous voulons ou ne voulons pas de l’euro. Il ne faut pas que ce soit un processus forcé. Son adoption ne sera possible que si elle fait l’objet d’un large consensus. »

Les propos de Jan Mládek rejoignent ceux du ministre de l’Economie. En février dernier, Andrej Babiš avait affirmé que si l’adoption de l’euro ne concernerait pas le gouvernement actuel, elle n’en était pas moins envisageable d’ici à six ans ; un délai avec lequel est également d’accord l’économiste Martin Janíčko :

« Pour l’instant, nous ne sommes pas prêts. Mais pour 2019 ou 2020, cela me semble tout à fait possible. Et je pense que ce serait une bonne chose. »

Une bonne chose, certes, mais pas tout de suite, compte tenu des importantes difficultés que traverse depuis quelques années la zone euro, la République tchèque n’étant pas spécialement désireuse de mettre la main à la poche pour contribuer à tenter de résoudre la crise et venir en aide aux pays les plus frappées par celle-ci. Dans ce contexte, Martin Janíčko affirme comprendre que la République tchèque ne soit pas spécialement pressée d’adopter la monnaie unique :

Photo: Commission européenne
« Il y a beaucoup de problèmes dans la zone euro qui peuvent affecter aussi la République tchèque. Tous les plans de sauvetage mis en place et auxquels il faut participer d’une manière ou d’une autre peuvent peser sur la décision d’adopter ou non l’euro. Malgré tout, je continue à penser qu’il y a plus d’avantages que d’inconvénients et c’est pourquoi je suis favorable à une adoption. Après, l’autre élément est que la République tchèque, pour l’instant, ne remplit pas les critères de Maastricht. Dans ces conditions, il est effectivement sans doute préférable d’attendre encore un peu. »

Attendre donc probablement au moins jusqu’en 2020, même si à plus long terme encore, le ralliement à la zone euro de la République tchèque, petit pays dont l’économie est grandement dépendante de ses exportations vers les autres Etats membres de l’UE, semble de toute façon inévitable.