A Lidice, « le néant est un témoignage »

Lidice Memorial and museum

Un nouveau centre éducatif destiné aux scolaires a ouvert ses portes le 31 mars, au Mémorial de Lidice, village victime de la fureur nazie pendant la Seconde guerre mondiale.

Le 27 mai 1942, Reinhardt Heydrich, à la tête du Protectorat de Bohême et de Moravie trouve la mort dans un attentat commis par deux soldats tchèques débarqués d’Angleterre. Les représailles des nazis ne se font pas attendre : le 10 juin 1942, Lidice, petit village au nord-ouest de Prague, est rasé, et la plupart de ses habitants, assassinés. Deux ans jour pour jour avant Oradour-sur-Glane en France.

Jaroslava Skleničková a survécu à ce massacre et à sa déportation à Ravensbrück :

« J’avais 16 ans et deux mois, si mon anniversaire était tombé deux jours après Lidice, j’aurais été emmenée avec les autres enfants et je ne serais plus là. »

Aujourd’hui, cette rescapée de 82 ans vient témoigner dans les écoles ou lors de séminaires organisés au Mémorial de Lidice. Un travail qui porte ses fruits :

« Une enseignante m’a un jour dit : je suis venue ici avec des adolescents, j’en repars avec des adultes. »

Familiariser écoliers et étudiants à cette page d’histoire, c’est précisément l’objectif du nouveau centre éducatif. Milouš Červencl, directeur du Mémorial :

« Dans sa première phase, le projet a été lancé, pour des raison financières et de temps, dans une version simplifiée : les élèves peuvent ‘toucher’ les documents de notre collection qui ont été numérisés. Il s’agit de photographies, d’objets en trois dimensions, de documents écrits qui ont été numérisés et inclus dans le programme informatique. »

Des informations accessibles grâce à 12 ordinateurs mis à disposition des groupes scolaires. Ils ne sont que la partie émergée de l’iceberg d’un projet coûteux en terme de reconstruction de locaux en très mauvais état : près de 400 000 euros financés par le ministère de la Culture dont dépend le Mémorial. Et la deuxième phase du projet se veut tout aussi ambitieuse :

« Ce sera encore plus intéressant, on espère qu’elle pourra être lancée dès la fin de l’année. Il s’agira d’informations multi-visuelles, sur la base d’une sorte de vidéo ou plutôt de jeu vidéo. Les jeunes pourront ainsi cliquer, rentrer dans une maison de Lidice avant sa destruction. Toutes les informations relatives à la maison lui apparaîtront : qui y vivait et quel a été son destin… »

Le nouveau centre éducatif se veut être le pendant plus factuel de l’exposition installée au Musée, plus émotionnelle. Au Musée, l’espace est plus sombre, l’exposition minimaliste. Le visiteur peut entendre des témoignages de survivants, voir les photos des victimes, écouter les lettres que des enfants ont écrites à des proches probablement déjà morts, avant de mourir eux-mêmes dans des chambres à gaz.

Naděžda Rezková-Přibylová est responsable pédagogique au Mémorial et coordinatrice du projet du centre éducatif. Pour elle, il est important que les élèves viennent sur place, pour compléter le travail réalisé en amont en classe :

« Le fait que tout soit ici, là où s’est déroulée la tragédie, est très fort pour les enfants. Paradoxalement, nous leur montrons le ‘rien’, en leur disant ce qui s’est passé. Ce néant est un témoignage en soi. Comme le disent les concepteurs de l’exposition, le néant est un contenu et la lumière est un message. C’est exactement ainsi que cela fonctionne ici. »

En 2007, 43 000 visiteurs se sont rendus au Mémorial. Sur les quelque 16 000 visiteurs étrangers, la moitié venait d’Allemagne, des étudiants pour la plupart.

www.lidice-memorial.cz