A Prague, le renforcement du contrôle des frontières de l’UE fait l’unanimité

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Les ministres de l’Intérieur du Groupe de Visegrád (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie), mais aussi de la Macédoine, de la Serbie et de la Slovénie, étaient réunis à Prague ce mardi pour évoquer les différentes questions relatives à la crise migratoire et leur coopération en matière de protection des frontières des pays des Balkans de l’Ouest. Avant cela, lundi, le gouvernement tchèque a approuvé le paquet de mesures adopté par la Commission européenne en décembre dernier qui vise à gérer les frontières extérieures de l'Union européenne et protéger l'espace Schengen.

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Pour rappel, la Commission européenne propose la création d'un corps européen de gardes-frontières et de gardes-côtes qui doit permettre de limiter l’accès sur le territoire de l’UE tout en assurant un contrôle partagé des frontières extérieures. L'objectif est de gérer plus efficacement les migrations, d'améliorer la sécurité intérieure dans les Vingt-Huit tout en continuant de garantir la libre circulation des personnes au sein de l’espace Schengen.

Si l’idée ne fait pas l’unanimité en Europe, la création d’un corps européen de gardes-frontières est toutefois réclamée par la République tchèque et par les autres pays du Groupe de Visegrád depuis quelque temps déjà. Concrètement, il s’agit d’un corps communautaire de 1 500 personnes mobilisable en moins de trois jours et doté de matériel de première intervention. La République tchèque, qui a déjà envoyé des soldats ou des policiers en Hongrie, en Slovénie et en Macédoine, réclame une protection renforcée des frontières de l’UE pratiquement depuis le printemps dernier et le début de la crise migratoire.

C’est donc sans surprise aucune que l’ensemble de mesures prônées par la Commission européenne est passé comme une lettre à la poste lundi lors de la réunion du cabinet. Secrétaire d’Etat en charge des affaires européennes, Tomáš Prouza a confirmé que les mesures envisagées répondaient aux attentes du gouvernement tchèque, et ce même si celui-ci est bien conscient que le renforcement des contrôles ne signifie pas une fermeture complète des frontières extérieures de l’UE :

Tomáš Prouza, photo: Archives du gouvernement
« Tout le monde sait bien que ce n’est pas possible. On peut construire des murs ou des clôtures le long des frontières terrestres, mais cela n’empêchera pas que les frontières maritimes resteront ouvertes. L’essentiel est que le gouvernement ait approuvé non seulement la création du corps européen de gardes-frontières, mais aussi soutenu la volonté d’accélérer le retour des migrants en situation irrégulière à l’intérieur de l’espace Schengen. Ce point et le renforcement des vérifications aux frontières extérieures de l'UE sont plus importants que de chercher à fermer hermétiquement les frontières. »

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Au-delà donc de la formation de ce nouveau corps européen de gardes et de l’instauration de vérifications systématiques pour toutes les personnes à l'entrée ou la sortie de l'espace Schengen, le gouvernement tchèque exige également de la Turquie qu’elle respecte l’accord signé à Bruxelles fin novembre pour mieux maîtriser le flux migratoire. Lors de la visite à Prague, la semaine dernière, de la Haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le Premier ministre Bohuslav Sobotka et le ministre des Affaires étrangères Lubomír Zaorálek ont insisté auprès de Federica Mogherini sur le rôle clef de la Turquie et demandé à ce que l’UE, qui s’est engagée à fournir une aide de trois milliards d’euros à la Turquie pour s’occuper des plus de deux millions de réfugiés syriens qui se trouvent sur son territoire, soit intransigeante sur ce point dans son dialogue avec Ankara. Dans le cas contraire, toutes les mesures envisagées risquent bien de ne pas servir à grand-chose.