Alena Mornštajnová : « Je voulais écrire un livre sur les sources du mal »

« Je voulais écrire un livre sur les sources du mal », déclare Alena Mornštajnová à propos de son dernier roman intitulé Les v domě (La forêt dans la maison) paru récemment aux éditions Host. Le livre a suscité dès sa publication une vive polémique et l’auteure s’est même vue accusée de plagiat. Cependant, toute cette agitation suscitée par cet ouvrage et son auteure ne peut éclipser les qualités indéniables de ce roman.

Un grand succès de librairie

Le verdict des lecteurs tchèques est clair et net. Le dernier livre d’Alena Mornštajnová figure depuis quelque temps en tête de la liste des ventes dans les librairies tchèques. C’est déjà le neuvième ouvrage de son auteure, qui a signé aussi trois livres pour enfants. Le premier grand succès d’Alena Mornštajnová est, en 2017, le roman Hana, proclamé Livre de l’année et traduit dans une vingtaine de langues dont le français. Ce livre traduit par Benoît Meunier est sorti aux Editions bleu et jaune. Le succès du dernier roman d’Alena Mornštajnová est au moins aussi évident. L’auteure s’explique :

Alena Mornštajnová | Photo: Elena Horálková,  ČRo

« L’idée d’écrire un livre à ce sujet m’est venue lorsque j’ai entendu une histoire qu’on m’a racontée. Et j’étais convaincue que c’était une histoire assez exceptionnelle. Mais comme je fais toujours des recherches avant d’écrire mes livres, j’ai été surprise de constater finalement que le sujet que je traite dans ce roman n’a rien d’exceptionnel, qu’il est, au contraire, assez fréquent mais on n’en parle pas ou alors on l’ignore peut-être. »

Avons-nous le droit de trahir le secret ?

Quel est donc le sujet de ce roman qui défraie la chronique depuis quelque temps? Nous tous qui voulons parler de ce roman, nous nous heurtons à un obstacle difficile à surmonter car nous sommes obligés de nous poser la question suivante : avons-nous le droit de révéler le sujet et le secret de ce livre que le lecteur lui-même ne doit découvrir que vers la fin du roman ? Alena Mornštajnová elle-même constate :

Photo: Radio Prague Int.

« Je dois dire qu’il m’est difficile de parler de ce livre et notamment d’en parler dans les médias parce que je ne voulais pas révéler son intrigue et son sujet. Ce serait pratiquement la même chose comme si vous disiez au lecteur d’un roman policier qui est l’assassin. C’est pourquoi je rechignais à expliquer ce que je raconte dans ce roman et mon éditeur et moi nous avons toujours évité de parler concrètement de son sujet. »

Un secret inavouable est un trait important de l’intrigue du roman. Sa présence sous-jacente, inexprimée et menaçante est la source de tension dramatique et du magnétisme de ce récit qui tient le lecteur en haleine pratiquement jusqu’à la fin. Nous espérons que ce roman sera traduit aussi en français et comme nous ne voulons pas gâcher le plaisir aux lecteurs francophones, nous ne trahirons pas ici son secret.

La solitude angoissante au sein d’une famille

Photo illustrative: Syed Qaarif Andrabi,  Pexels

Tout ce que nous pouvons dire donc, c’est qu’il s’agit de l’histoire d’une petite fille qui grandit dans une maison isolée avec sa mère et ses grands-parents et qui se sent mal-aimée et est sujette à de bizarres accès d’angoisse. Sa maison est située près d’une forêt et cette masse de verdure sombre symbolise pour la petite fille en quelque sorte les dangers qui la guettent. Parfois, elle se sent envahie intérieurement par cette forêt menaçante et cherche en vain le refuge chez les membres de sa famille. Alena Mornštajnová dit à propos du thème de son roman :

« Je voulais écrire un livre sur les sources du mal et sur les raisons pour lesquelles les gens mentent, et je crois, c’est mon opinion personnelle, que les racines du mal sont dans la famille. Quand la famille n’est pas saine, quand il y a des problèmes, quand l’enfant qui grandit dans une famille est entouré de mensonge et de mal, tout cela se répercute finalement dans la société. Je pense tout simplement que les gens qui éprouvent le besoin de diffuser le mal ont grandi dans le mal. »

Accusée de plagiat

Toy Box | Photo: Tomáš Berný,  ČRo

Quelques semaines après la parution du roman, son auteure est accusée de plagiat. La dessinatrice Klára Tellnerová connue sous le pseudonyme Toy Box déclare que la romancière n’a fait que développer le sujet de son texte publié il y a quatre ans sur Internet. Dans ce texte, Klára Tellnerová évoque un traumatisme de son enfance qui ressemble dans certains aspects à l’histoire de la petite héroïne du roman d’Alena Mornštajnová. Une polémique entre les défenseurs et les critiques de la romancière déferle dans la presse et Alena Mornštajnová, qui voulait d’abord protéger le secret de son roman, se voit obligée de sortir de son mutisme et de se défendre publiquement :

« D’une part je comprends que Madame Toy Box en lisant ce livre – si elle l’a vraiment lu – ait pu constater une ressemblance entre mon récit et sa propre histoire, mais c’est dû au fait que nous lisons tous les livres avec nos propres yeux et sommes sous l’influence de notre propre vécu. J’ai appris que mon livre avait suscité la réaction de Madame Toy Box sur Facebook où elle a publié un commentaire vulgaire à mon sujet, commentaire qui n’était pas une question mais une véritable accusation. C’est pourquoi je n’ai pas réagi à ces commentaires. »

'La forêt dans la maison' | Photo: Radio Prague Int.

Une affaire qui suscite des questions plus générales

Tandis que Klára Tellnerová estime qu’il y a trop de ressemblances entre son récit et le roman, les défenseurs d’Alena Mornštajnová soulignent que le thème du livre n’est pas tout à fait exceptionnel et que le sort qui a frappé la petite protagoniste du livre est malheureusemnt assez fréquent. Toute une série de questions surgissent au cours de cette polémique, questions importantes pour la création littéraire en général. On se demande notamment dans quel mesure l’auteur est responsable des sujets de son œuvre et s’il peut disposer librement des histoires des autres pour créer une œuvre littéraire. Et ce sont des questions qui ne seront jamais résolues à la satisfaction de tout le monde.

L’art de la narration

Photo illustrative: MiracleKilly,  Pexels

Quoi qu’il en soit, c’est le talent d’Alena Mornštajnová qui a hissé cette histoire au niveau d’une œuvre littéraire autonome. Son art de la narration, sa capacité de brosser les portraits crédibles des personnages ne sont pas donnés à tout le monde. La façon ingénieuse dont elle fait alterner au cours de la narration la réalité visible et les manifestations du mal invisible ainsi que la finesse avec laquelle elle dose les différents éléments littéraires pour construire son récit, forcent l’admiration. Elle s’est inspirée d’un thème qui reste souvent occulté mais elle ne se présente pas comme quelqu’un qui connaît toutes les spécificités de cette problématique :

« Je suis écrivaine, j’écris des livres et je pense que le thème de mon livre devrait être traité par des spécialistes. Bien sûr, j’ai lu quelques ouvrages sur cette problématique mais le fait d’avoir écrit ce livre ne fait pas de moi une spécialiste. »

« J’écris un peu égoïstement pour moi-même »

Alena Mornštajnová se déclare contente que les lecteurs lisent ses livres mais elle ajoute tout de suite que ce n’est pas sa motivation principale. Elle dit tout simplement aimer bien écrire car en jetant ses sujets sur le papier, elle peut les ranger et les classer en son for intérieur. « J’écris donc un peu égoïstement pour moi-même », dit-elle. Ses livres démontrent que ce qu’elle écrit, comme elle dit, pour elle-même, suscitent un écho favorable et compréhensif chez les lecteurs et son dernier livre ne fait pas exception. Cependant, à l’avis de l’écrivaine, ce roman diffère quand même des autres livres qu’elle a écrits :

Alena Mornštajnová | Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« Depuis le début, je cherche à écrire quelque chose comme un roman  psychologique et je considère le fait que je n’ai pas encore réussi un peu comme mon échec. Mais je pense que cette fois-ci c’est le premier livre écrit comme je le voulais. J’espère avoir réussi à saisir les pensées des personnages, leurs motivations et leur psychologie. C’est le genre de livre que je voulais écrire. »

Auteur: Václav Richter
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