ANO, Andreji (Oui, Andrej)

Andrej Babiš, photo: ČTK / Ondřej Deml
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Principale formation de la coalition gouvernementale, et plus généralement de la scène politique tchèque ces dernières années, le mouvement ANO était réuni pour son congrès national à Prague dimanche. L’occasion d’abord une nouvelle fois de confirmer l’omnipotence de son leader, le Premier ministre Andrej Babiš.

Andrej Babiš,  photo: ČTK / Ondřej Deml

Andrej Babiš reste le leader du mouvement ANO, et c’est bien entendu tout, sauf une surprise. Depuis le début de son engagement en politique en 2012, année de fondation d’un parti qu’il incarne à lui seul, l’homme d’affaires devenu Premier ministre en 2017 a été élu ou réélu pour la cinquième fois consécutive. Comme lors des congrès précédents, Andrej Babiš était cette année encore l’unique candidat à sa succession, et aucun membre d’ANO n’a sans doute même imaginé présenter sa candidature pour d’autres fonctions que celles, tout au plus, de vice-président.

Jusqu’à présent, les personnalités qui n’étaient plus en phase avec la ligne directrice ou certaines orientations parfois trop à droite, d’autres fois trop à gauche d’une formation qui au moment de sa création avait fait de la lutte contre la corruption sa priorité, ont préféré prendre leurs distances plutôt que de se quereller avec le boss et sa garde rapprochée. Cela a été le cas notamment de l’ancien ministre de la Justice Robert Pelikán, du député européen Pavel Telička ou dans une moindre mesure de l’ancien chef de la diplomatie Martin Stropnický, reconverti ambassadeur en Israël. Tous ont d’abord été séduits par Andrej Babiš et sa volonté clamée de faire de la politique au service du plus grand nombre, avant finalement, lassés et déçus, de déchanter.

Si affirmer qu’Andrej Babiš fait l’objet au sein d’ANO d’un culte de la personnalité serait quelque peu exagéré, sa réélection, dimanche, à la tête du mouvement avait néanmoins les allures d'un nouveau plébiscite. 86 % des 238 délégués présents ont voté en sa faveur, seuls treize « moutons noirs » osant exprimer une opinion inverse, le reste préférant, lui, s’abstenir.

« Je pense que c’est l’expression de notre unité. Nous sommes une équipe », s’est d’ailleurs réjoui un Andrej Babiš que l’absence de tout challenger candidat à la direction de « son » parti n’embarrasse pas plus que ça. « Il y a toujours quelqu’un pour me demander pourquoi je n’ai pas d’adversaire. C’est probablement parce que le mouvement a encore besoin de moi », s’est-il ainsi contenté de constater. Dans un discours long d’une cinquantaine de minutes – soit le double de ce qui avait été annoncé -, le chef du gouvernement a résumé le succès d’ANO en quelques mots très proches dans l’esprit d’une devise qui serait « Un pour tous, tous contre Babiš » :

Le congrès national du movement ANO à Prague,  photo: ČTK / Ondřej Deml
« Nous sommes un mouvement qui s’oriente sur tous les citoyens de République tchèque, sans idéologie. Et pourquoi ? Eh bien, parce que nous avons un programme ! »

Entendez par là, comme le soulignait un commentaire publié dans l’édition de ce lundi du quotidien Hospodářské noviny: « Tout le monde avant nous faisait mal les choses, nous, nous les faisons bien. Les partis traditionnels sont nos ennemis, mais nous y arriverons ! Nous réunirons ce pays, nous l’améliorerons ! ». « Ano, bude líp » - « Oui, cela ira mieux », le slogan d’ANO, reste ainsi toujours d’actualité sept ans après l’apparition du mouvement sur la scène politique tchèque.

La victoire aux élections législatives à l’automne 2017, avec un score de près de 30 % et une nette avance sur les huit autres partis qui s’étaient alors partagés les miettes pour accéder au Parlement, ainsi que les sondages qui placent ANO régulièrement en tête des intentions de vote, donnent raison dans une certaine mesure à Andrej Babiš. Mais ce serait oublié que le personnage, accusé d’importants conflits d’intérêts ou encore d’être un ancien collaborateur de la police secrète communiste, divise le reste de la société tchèque tout autant que le président de la République, Miloš Zeman. Qu’il est un Premier ministre prêt à négocier avec le parti d’extrême-droite SPD (Liberté et démocratie directe) pour la formation d’un gouvernement, avant finalement, faute de mieux, de se satisfaire du soutien des communistes pour former une coalition minoritaire avec les sociaux-démocrates… Une sorte de caméléon qui change de couleurs et d’opinions au gré des circonstances, comme le lui reprochent ses opposants, comme par exemple le leader du Parti pirate, Ivan Bartoš :

« Sa réélection est du travail bien fait pour certains groupes d’électeurs. Andrej Babiš a été élu pour cette faculté et son populisme bien plus que sur la base d’une vision qu’il aurait présentée pour l’Europe ou la République tchèque. »

Le congrès national du movement ANO à Prague,  photo: ČTK / Ondřej Deml
Au final, ce nouveau congrès, deux ans après le précédent, a confirmé qu’Andrej Babiš, revenu bronzé et rayonnant d’une semaine de vacances, et son mouvement ANO restaient les maîtres du jeu en République tchèque. Que cela plaise à ses électeurs ou non à ses critiques, le Premier ministre continue de mettre en œuvre ce qu’il avait annoncé à ses débuts en politique : diriger la République tchèque d’abord comme un chef d’entreprise pragmatique, et surtout comme bon lui semble :

« Oui, nous sommes ANO. Nous avons un super nom. Nous sommes positifs, et tous ceux qui sont positifs disent ‘Ano’ – ‘Oui’. Et n’oubliez pas que nous sommes le mouvement des citoyens mécontents. C’est pourquoi nous avons vu le jour. Oui… »