Astérix aux Jeux olympiques : la première superproduction européenne ?

r_2100x1400_radio_praha.png

Jeudi 31 janvier est sorti sur tous les écrans tchèques, le troisième volet cinématographique des Aventures d’Astérix… Et en cette année de JO à Pékin, c’est bien entendu l’album « Astérix au Jeux olympiques » qui a été adapté sur grand écran. Les plus grandes stars du cinéma français et européen sont à l’affiche, mais le succès sera-t-il pour autant au rendez-vous ?

Efficace, cet Astérix aux Jeux Olympiques… A la traditionnelle question de fin de projection : « Alors, c’est bon ou c’est mauvais ? », on est simplement tenté de répondre que ce film est efficace. Les enfants rient, les parents aussi, mais pas au même moment ou en tout cas pour les mêmes raisons. Ce décalage permanent et cette double grille de lecture entre petits et grands qui ont fait le succès planétaire de la bande dessinée, sont parfaitement reproduits dans le film.

Il faut dire que pour séduire les plus petits, la production a mis le paquet. Sont réunis au casting les plus grands noms du sport français mais aussi mondial… Parmi les figurants on retrouve ainsi l'ex-footballeur Zinedine Zidane, le basketteur Tony Parker ou encore la tenniswoman Amélie Mauresmo. Le rôle le plus consistant revenant toutefois à l'ex-pilote allemand de Formule 1, Michael Schumacher. C’est lui qui avec son bolide rouge vif partira en pôle position d'une ultra spectaculaire course de char. Une scène de huit minutes qui est une sorte de bouquet final à grand spectacle.

Mais le casting d’Astérix aux Jeux Olympiques ne se limite évidemment pas au gratin des préretraités du sport mondial. Et c’est à l’arrivée un acteur belge qui, dans l’arène, va se tailler la part du lion. La dimension comique du film repose en effet, principalement sur Benoît Poelvoorde. C’est lui qui nous résume son rôle mais aussi l’ensemble du scénario du film. Et tout cela tient en deux phrases juste après un bref détour par la Bohême pour un peu de nostalgie.

« Pour mes amis tchèques que j’aime énormément, car vous avez un très beau festival de film là-bas, Karlovy Vary, j’y suis allé quand j’étais jeune, Brutus est le méchant dans le film, il est le fils de César, interprété par Alain Delon. Et mon but est de gagner les Jeux Olympiques pour gagner le cœur de ma promise, la Princesse Irina, la Princesse du Roi des Grecs. Bien entendu je n’ai aucunement l’intension de jouer, ni de m’entraîner, ni de faire du sport… Je suis lâche, veule et paresseux et donc je vais tout faire pour gagner les Jeux Olympiques sans rien faire. Et dans le même temps, j’ambitionne de tuer mon père, pour devenir César à la place et devenir le Grand Brutus, l’immense Brutus… »

Autour de Benoît Poelvoorde, les plus grands noms du cinéma français ont également répondu présent. A commencer par Alain Delon, pour la première fois au générique d’un épisode d’Astérix. Il est absolument époustouflant dans le rôle de César. « César du meilleur Empereur assuré » pour celui pour qui on arrive à se demander si parler de lui à la troisième personne est vraiment un rôle de composition :

Autre grande star du cinéma français, Gérard Depardieu continue d’incarner, pour la troisième fois consécutive, un Obélix que l’on jurerait avoir été écrit spécialement pour lui. A ses côtés, dans le rôle d’Astérix, un nouveau venu remplace Christian Clavier. Il s'agit de la star montante du cinéma français depuis quatre ans, le jeune Clovis Cornillac. Il assure avoir voulu donner une dimension plus physique à son interprétation du plus rusé des Gaulois.

« Moi j’ai travaillé beaucoup Astérix physiquement. C’est le dessin qui m’a intéressé sur le personnage d’Astérix, j’ai l’impression que c’est un personnage qui s’exprime par le corps, parce que ce qu’il dit n’est pas très intéressant. C’est la manière dont il le vit qui me semble plus intéressante donc j’ai travaillé la dessus. J’ai l’impression que c’est différent de l’endroit ou à travailler Christian Clavier. Et puis on est différent donc il y a forcément autre chose. »

Et là aussi, le nouveau duo Astérix Cornillac / Obélix Depardieu fonctionne plutôt bien… Dans la complicité comme dans la dispute…

Séduire grands et petit, il s’agira donc de la première mission d’Astérix et Obélix. Et on peut être plutôt confiant de ce côté-là. Mais le second enjeu de ce troisième volet cinématographique s’annonce bien plus incertain. En effet, il va lui falloir réussir là où les deux épisodes précédents ont relativement échoué : c'est-à-dire connaître le succès à la fois en France, et dans tous les autres pays européens. L’enjeu est de taille pour ce film qui avec 78 millions d’euros, représente ni plus ni moins que le budget le plus élevé de l’histoire du cinéma français.

Le film sort dans 30 salles de cinéma tchèque, il sera distribué simultanément sur un total époustouflant de 5000 copies dans pas moins de 40 pays d’Europe, de la Grèce à la Russie, en passant bien sur par l’Espagne ou l’Allemagne, les deux pays co-producteurs du film. Et même si seuls la Grande Bretagne et les Etats-Unis demeurent irréductiblement indifférents aux charmes gaulois, le pari pour les deux réalisateurs du film est de réussir à faire rire tout un continent. Un pari difficile quand on sait que les comédies sont en règle général les films qui circulent le moins facilement d’un pays à l’autre…

Thomas Langmann est à la fois producteur et co-réalisateur du film. Pour lui, ça ne fait pas de doute, la Gaule va enfin finir par conquérir l’Europe.

« Ce n’est pas un film français pour moi, c’est un film européen. Il a été pensé comme tel, il a été fait comme tel, il sort dans 5 000 cinémas à travers toute l’Europe le même jour. Pour plusieurs raisons, dont hélas, le piratage. Il a un budget de film américain et j’espère que ce ne sera pas la dernière fois. On a réussi à trouver des profits que des films européens n’avaient pas l’habitude de générer du type marchandising, licencing, du type d’un jeu vidéo. C’est vrai qu’on a essayé de travailler vraiment ce film comme une licence, comme un film de Marvel, ou comme une grosse production américaine et on a la chance que tous les partenaires européens aient joué le jeu. »

Pour séduire au-delà de ses frontières et assurer une promotion optimale au film, le producteur n’a pas hésité à négocier des accords avec des partenaires résolument tournés habituellement vers les super productions hollywoodiennes. C’est ainsi, par exemple, qu’Astérix s’est retrouvé cette semaine sur les gobelets des boissons servies par la plus grande marque de restauration rapide du monde sur la Place Venceslas ou ailleurs.

Mais le marketing européen ne se limite pas aux à côtés de la distribution du film, il est aussi présent dans le scénario et dans le casting des comédiens. Astérix aux jeux olympiques accueille des stars de chacun des principaux pays ou le film doit triompher. Un italien, une italienne, un espagnol, un allemand et même un québécois ont ainsi été stratégiquement choisis pour des rôles certes, souvent secondaires.

Parmi eux, nommée ambassadrice des pays slaves dans cette aventure d'Astérix, l'ex-mannequin slovaque devenue star en France depuis une dizaine d'année, Adriana Karembeu, alias Adriana Sklenaříková. Elle est persuadée que le film plaira à la fois en République tchèque et en Slovaquie.

« Comme ce film a été fait pour un public avant tout européen, l’humour du film est aussi destiné à un public européen. Donc je suis sûre qu’il aura du succès en Slovaquie et en République tchèque. Ce film est totalement différent du film précédent où l’humour était très français. Là je comprends que ce soit plus difficile pour un spectateur tchèque ou slovaque. Mais ce nouveau film, pas de problème. »

Si la communication et le marketing ont réellement été pensés à l’échelle européenne, l’humour parviendra-t-il à survoler les frontières ? C’est la question que toute l’Europe se pose encore. Premiers éléments de réponses dans quelques jours…

En attendant, lorsqu’il s’agit de saluer en tchèque les auditeurs de Radio Prague, le plan de communication de l’équipe d’Astérix est mis à rude épreuve. Première performance, plutôt honnête, avec les deux réalisateurs du film Thomas Langman et Frédéric Forestier…

« Ahoj… Ça veut dire Avé ? »

Pour Brutus, alias Benoît Poelvoorde, la première tentative est une véritable catastrophe et la machine à communiquer s’enraille…

« Hoj mon ami… Non, Ahoj mon ami. Tu le monteras pour que j’ai l’air d’un c... »

Bien sûr, on coupera au montage… En attendant, heureusement qu’Adriana est là pour remettre un peu d’ordre dans la fin de ce sujet…

« Ahoj, dovidenia, nashledanou »