Bohuslav Reynek : entre la poésie et les arts plastiques

Bohuslav Reynek

Ces jours-ci les Pragois peuvent voir au Musée de la littérature nationale une exposition d’œuvres graphiques du poète, traducteur et graveur Bohuslav Reynek. Les habitants de la capitale tchèque ont l’occasion de se rendre compte combien étroits étaient les liens entre la poésie et l’art graphique de cet artiste unique. Les œuvres exposées ont été achetées par le Musée de la littérature nationale à Daniel et Jiří Reynek, les fils de l’artiste. Cette collection avait déjà été exposée dans son ensemble dans la ville de Chrudim et nous avons aujourd’hui la possibilité de voir à Prague un choix des œuvres qu’elle réunit.

La directrice des collections du Musée de la littérature nationale Rumjana Načeva présente cette exposition où la littérature se marie avec les arts plastiques:

«L’exposition réunit une quarantaine d’estampes datant de la période à partir des années 1930 jusqu’à la fin de sa vie. Les estampes sont complétées par des textes de sa plume profondément liés avec ses œuvres graphiques. Dans le cadre de cette exposition nous ne présentons que des eaux-fortes et des pointes sèches. Les linogravures créées par Reynek dans les années vingt sont d’un style tout à fait différent. A cette époque l’artiste était influencé par l’expressionnisme et le cubisme. Il s’intéressait surtout à la création de Georges Rouault et ses œuvres en ont été marquées considérablement. Par contre ses eaux-fortes et pointes sèches ont un caractère bien différent. Elles évoquent la nature avec laquelle il était profondément lié et traduisent en même temps son monde intérieur et, en fait, sa conception de la vie.»

Bohuslav Reynek est né dans la ferme de Petrkov en 1892. Bientôt il abandonne ses études à l’Institut supérieur de technologie à Prague, rentre à la ferme familiale, se lie d’amitié avec l’éditeur et traducteur Josef Florian et devient l’un de ses collaborateurs les plus actifs. Il traduit pour lui de nombreuses œuvres d’auteurs français et allemands et publie chez lui aussi ses propres œuvres poétiques d’inspiration expressionniste et mystique. Parallèlement il s’exprime également par la gravure, la peinture et le dessin. En 1926, il épouse la poétesse française Suzanne Renaud avec laquelle il séjourne souvent en France jusqu’à la mort de son père, en 1936, lorsqu’il reçoit la charge de la ferme de Petrkov. Il ne quittera plus la Bohême. Sous l’occupation nazie le domaine familial est réquisitionné et la famille Reynek se réfugie chez Josef Florian. Après le coup de Prague et l’avènement du régime communiste le domaine est de nouveau confisqué et Reynek et ses deux fils deviennent de simples employés dans leur ferme. Le poète, interdit de publication poursuivra cependant son œuvre avec persévérance et humilité jusqu’à sa mort en 1971. Ses poèmes, ses traductions, ses dessins et ses pointes sèches composent un témoignage fascinant sur cette vie qui savait être belle et sereine malgré le dénuement quasi complet dans lequel il vivait et la cruauté de l’époque.


Le paysage où Bohuslav Renek est né et où il a créé ses œuvres est animé par des personnages et des épisodes bibliques. Entre les mains de l’artiste le paysage prend une signification symbolique. Ses gravures représentent par exemple un paysage d’hiver, paysage sous la nappe neigeuse sur laquelle se détachent les fruits rouges d’églantier évoquant les gouttes de sang du Christ. Et ce genre de symbole est très fréquent dans ses œuvres de cette époque. Selon Rumjana Načeva, l’exposition reflète aussi dans une certaine mesure l’œuvre de Reynek-traducteur:

«Deux vitrines de cette exposition sont réservées aux traductions de Bohuslav Reynek. Dans l’une d’elles il y a des éditions des œuvres qu’il a traduites. La présentation graphique de ces traductions a été confiée au peintre Josef Čapek qui les a également illustrées. Mais il y a aussi les traductions des poèmes de sa femme Suzanne Renaud ornées par des illustrations de Bohuslav Reynek. Il a fait connaissance de sa femme grâce à son intérêt pour la littérature française. Il l’a découverte en tant que poétesse et ça a été le début d’une longue correspondance entre eux. Finalement Bohuslav Reynek s’est rendu à Grenoble où Suzanne Renaud vivait et a fini par l’épouser. Il amené son épouse en Bohême ou elle allait partager, jusqu’à la fin, sa destinée difficile.»


Les années trente semblent être encore une période heureuse dans la vie de Bohuslav Reynek et de sa famille. A cette époque l’artiste entretenait des rapports intenses avec la France et sa culture et s’y rendait souvent. Une partie de l’exposition du Musée de la Littérature nationale évoque cette période de sa vie.

«Bohuslav Reynek se rendait Grenoble avec toute sa famille et c’est là qu’il s’est adonné intensivement au dessin dans les années trente. On a même organisé à Grenoble une exposition des dessins qui représentent les paysages autour de la ville natale de sa femme mais aussi la Provence où il se rendait tous les ans.»

La collection présentée actuellement au Musée de la littérature nationale n’est qu’une partie d’un important ensemble d’œuvres de Bohuslav Reynek possédées par le musée. Les conservateurs de cette institution cherchent maintenant les moyens pour organiser à l’avenir une grande exposition Reynek qui permettrait de présenter un nombre beaucoup plus important d’œuvres et de rendre justice à cet artiste inimitable.