C’était à refaire, et nous l’avons refait : le n° 2 de la revue franco-tchèque Café Europa est sorti

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Après une première réussie en décembre dernier, le deuxième numéro de la revue Café Europa est en ligne, toujours disponible gratuitement, depuis le vendredi 21 mars. Chef de la rédaction composée d’élèves français et tchèques du Lycée Carnot de Dijon, Raphaël Joyeux nous en présente le sommaire.

« Intitulé ‘Si c’était à refaire’, ce deuxième numéro de Café Europa est sorti le jour du printemps. Pourquoi ? Parce que le printemps est symbole du renouveau de la vie, de l’espoir comme compagnon et de la lumière comme horizon. C’est le monde qui change et se refait. Et c’est aussi un choix que nous avons fait en lien évidemment avec le contexte actuel. Mais la question est de savoir ce que nous ferions si c’était effectivement à refaire ? Par quoi commencerions-nous ? Et tout le sommaire découle de là : pour préparer l’avenir, il faut comprendre le passé. C’est donc tout ce travail autour de la mémoire - des mémoires pourrait-on même dire - et des perspectives qui est traité dans ce numéro, notamment dans les relations franco-tchèques, évidemment. »

« C’est pour toutes ces raisons que l’on trouve un article de Paul Lenormand, historien spécialiste de l’Europe centrale (auteur de l’ouvrage ‘Tchécoslovaques en guerre. De Munich à la Guerre froide’), sur les accords de Munich de 1938, un entretien avec l’ambassadeur de Tchéquie à Paris, Jaroslav Kurfürst, sur la diplomatie aujourd’hui, les relations franco-tchèques ou encore les perspectives et les défis de la diplomatie. Ce titre de ‘Si c'était à refaire’ fait aussi référence à la citation qui est attribuée à Jean Monnet, l’un des pères de l’Europe : ‘Si c’était à refaire, je commencerais par la culture’. C’est  ainsi que nous proposons un cahier photo de Gilles Abegg – ‘photographe sur les routes d’Europe – accompagné d’un texte dans lequel il nous raconte un moment fort durant l’un de ses voyages en Roumanie après l’ouverture du rideau de fer. »

Source: Café Europa

« Nous avons également un entretien avec Matthieu Dussouillez, directeur de l’Opéra national de Lorraine, sur la place de la culture chez l’homme, dans la société, quelle doit être sa place, quelle est sa place actuellement, et pourquoi, comme le disait donc Jean Monnet, il est important de commencer par la culture. Enfin, nous proposons un volet éducation, car la culture passe par l’éducation. L’une comme l’autre forment les hommes de demain. Nous proposons ainsi une comparaison des systèmes scolaires tchèque et français et un article sur ce que veulent faire les élèves de la section tchèque de Dijon. »

En ouverture, vous proposez donc cet article sur les accords de Munich, qui ont signifié l’abandon à son sort de la Tchécoslovaquie par les grandes puissances de l’époque. Ces dernières semaines, en lien avec une Ukraine qui n’aurait pas été conviée à participer aux négociations sur son avenir et sa souverainté, il a souvent été question de la crainte de voir se répéter ces accords sur les Sudètes signés en 1938. Quel lien faites-vous ici avec cette question de « Si c’était à refaire » ?

Photo: Café Europa

« L’idée est que tirer des leçons du passé n’est pas forcément utile. Cela peut l’être, mais à tort ou à raison. En revanche, comprendre le passé, comprendre quelles ont été les conséquences pour la Tchécoslovaquie dans le jeu international, et plus généralement pour la Tchécoslovaquie, c’est important. Et comprendre comment s’est formé le monde d’aujourd’hui est important pour pouvoir anticiper le monde de demain. Sûrement avec de nombreuses erreurs, car on ne peut pas anticiper l’avenir. Mais on peut au moins s’en faire une idée et s’efforcer de comprendre le passé pour ne pas répéter les mêmes erreurs si on veut en tirer des leçons, ou en tout cas pour mieux appréhender le monde d’aujourd’hui. Donc, effectivement, on peut faire le parallèle aujourd’hui avec la situation en Ukraine, comme on peut aussi ne pas le faire, mais il est important d’avoir cela en tête pour comprendre cette situation qui, certes, est différente, mais qui est tout aussi importante. »

En 1938, un député français antimunichois

Histoire moins connue, vous proposez également le portrait d’un député bourguignon qui, comme vous l’expliquez dans votre édito, est un des deux seuls non-communistes à ne pas avoir voté en faveur de ces accords de Munich...

« Jean Bouhey était un député côte-d’orien qui a fait ses études à Dijon et qui, d’abord, a participé à la Première Guerre mondiale après avoir été mobilisé en 1917. Il s’est ensuite engagé à la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière), qui était en quelque sorte l’ancien parti socialiste français. Après s’être présenté à diverses élections locales, il a été élu député en 1936 dans le contexte, entre autres, du Front populaire. Et en 1938, effectivement, il refuse d’accepter les accords de Munich, en affirmant que désormais, en Europe, c’est la loi de la jungle qui règne en souveraine absolue. »

« Ce portrait  de Jean Bouhey est intéressant, car il complète l’article sur les accords de Munich. Il permet aussi de voir quelles étaient les différentes visions des choses à l’époque et de constater qu’il n’y avait pas que des partisans de ces accords. Et c’est vrai, c’est l’un des deux seuls députés non communistes à avoir voté contre leur ratification. Pendant la Deuxième guerre, il s’engage en tant que volontaire. Il est fait prisonnier, mais il revient et s’engage alors dans la résistance. Il s’engagera de nouveau en politique une fois la guerre finie, et il restera député pendant toute la Quatrième République, avant de partir avec la constitution de Charles de Gaulle instituant la Cinquième République en 1958. »

Que dire du travail de Gilles Abegg, « un photographe sur les routes d’Europe », auquel vous réservez également une grande place ?

« Gilles Abegg est un grand photographe dont on peut dire aujourd’hui qu’il est basé à Dijon, même s’il voyage beaucoup. Il est l’ancien photographe de l’Opéra de Dijon, un poste qui l’a conduit à faire beaucoup de reportages à travers l’Europe, comme, par exemple, il y a dix ans, pour la Saison tchèque. Plus globalement, c’est un photographe qui, depuis des années, voyage à travers le monde et l’Europe, et qui, très jeune, a été formé à l’école de la photographie humaniste, avec Robert Doisneau, notamment. »

Souce: Café Europa

« Dans Café Europa, nous lui avons donné carte blanche pour qu’il puisse nous faire partager une quinzaine d’images qui comptent pour lui et qui représentent l’Europe qu’il aime, c’est-à-dire aux quatre points cardinaux, géographiques, mais aussi la poésie, la générosité, la nature, les valeurs humaines. Et ensuite, nous lui avons demandé aussi de nous raconter un moment fort qui a compté pour lui dans un de ses voyages. C’est ainsi qu’il nous raconte son premier voyage en Roumanie peu après l’ouverture du rideau de fer. Son récit nous montre la générosité des Roumains, notamment. Mais je ne vous en dis pas plus pour que vous puissiez voir et lire de vous-mêmes... »

« Rendre accessibles certaines thématiques sans trop vulgariser »

Puisque Café Europa est un projet franco-tchèque, quid de la partie tchèque de ce deuxième numéro ?

« Les élèves de la section tchèque, membres de la rédaction, nous proposent leur regard sur les systèmes scolaires tchèque et français à travers une comparaison. Il y a une phrase que j’aime beaucoup dans cet article qui est « en comparant différents modèles, nous pouvons nous améliorer ou reconnaître les mérites de pratiques que nous n’avions pas considérées auparavant ». C’est vraiment l’idée à la fois d’apporter un nouveau regard, de voir comment les choses se font ailleurs, et de se dire que c’est en comparant différents modèles que l’on peut s’améliorer. Et c’est là la thématique même de Café Europa, à savoir que c’est par le dialogue, par la discussion et par la compréhension de l’autre que l’on peut s’améliorer et peut-être même ouvrir de nouveaux horizons. »

Quel a été l’accueil qui a été réservé au premier numéro de Café Europa ?

« Je dois avouer que j’en suis assez fier et content, car nous avons eu droit à un très bon accueil avec beaucoup de retours sur la qualité ainsi que sur la quantité, car c’est aussi elle qui permet de mieux comprendre les choses. Il y a eu beaucoup de retours, aussi, sur la construction du numéro et son contenu qui servent le projet Café Europa tel que nous l’avons conçu. »

« L’idée reste de rendre accessibles certaines thématiques sans pour autant trop les vulgariser, et sur ce point, les retours des élèves du lycée sont positifs également. Le plus important à nos yeux est de faire preuve de curiosité. Il faut faire l’effort d’être curieux, mais c’est un effort qui n’est pas très fatigant dès lors que l’on a compris et que l’on aime ce que l’on fait. Quoiqu’il en soit, s’il n’y a pas un thème qui les intéresse forcément plus qu’un autre, les élèves ont envie de lire la revue, et leurs réactions sont enthousiastes ! »

Les deux premiers numéros de la revue Café Europa sont disponibles en ligne, ici.