Chronique de l'actualité économique tchèque

Photo: František Tichý, ČRo

Baisse insignifiante du chômage : que fait le gouvernement ?. La compagnie Czech airlines est coréenne à 44%. Le projet sKarta n’en finit pas de s’enfoncer. Le projet sKarta n’en finit pas de s’enfoncer.

Baisse insignifiante du chômage : que fait le gouvernement ?

Photo: František Tichý, ČRo
Le taux de chômage s’établit à 8% au mois de mars, en baisse d’un dixième de point par rapport au mois précédent selon une nouvelle méthode de calcul du ministère du Travail et des Affaires sociales. 587 768 personnes recherchent un emploi en République tchèque. Dans le même temps, il y a seulement 38 863 postes à pourvoir. Cette très légère baisse n’annonce rien de bon et la méthode employée permet certainement de cacher une partie des chômeurs. C’est en tout cas l’avis de l’économiste David Marek, qui travaille pour la société Patria Finance. Selon lui, le taux de chômage en République tchèque franchirait la barre symbolique des 10% avec d’autres indicateurs. Michal Kozub, l’analyste de l’établissement Home Credit surenchérit en affirmant que le recul insignifiant du chômage est lié à un effet saisonnier observable tous les ans. Or avec la météo déplorable du mois de mars, les travaux printaniers ont pris du retard. Le chômage va sans doute continuer à baisser les mois prochains, mais de façon artificielle. Aussi, le débat s’est finalement engagé afin de déterminer la meilleure façon de le combattre efficacement.

Jaroslav Ungerman, économiste à la Confédération tchéco-morave des unions syndicales, milite pour la mise en place d’un vrai système de requalification afin d’accompagner sur le long terme les chômeurs en leur proposant diverses formations et de les aider à s’insérer sur le marché du travail. Il précise qu’un tel dispositif est un investissement pour l’avenir :

« Je comprends ces mesures comme une action à long terme, qui n’ont pas d’effets immédiats. L’effet principal que j’aperçois c’est le fait que nous aurons un système de requalifications qui permettrait à une personne après un an de cours d’être capable de travailler indépendamment en tant que spécialiste. »

Un autre économiste, Miloš Rathouský, lié pour sa part à la Fédération de l’industrie et des transports, lui donne raison puisque d’après lui, le chômage augmente bel et bien et paradoxalement les entreprises tchèques manquent de personnels qualifiés ou très spécialisés.

Le gouvernement de Petr Nečas, accusé un temps de ne pas lutter contre le chômage, trop occupé qu’il était à resserrer les vis budgétaires, semble s’être décidé à prendre ce problème à bras-le-corps. Un plan en sept points de 280 millions d’euros a ainsi été adopté à la mi-mars pour favoriser l’emploi. La coalition gouvernementale souhaite notamment encourager l’embauche des jeunes avec une aide mensuelle de 1 000 euros aux entreprises qui joueraient le jeu. Il propose également la création de postes à temps partiel pour les chômeurs de longue durée et les femmes après une maternité, et ce au risque de précariser un peu plus le travail. Alors que des discussions se sont engagées avec les syndicats et les représentants du patronat, Jan Wiesner, le président de la Conférence de la fédération salariale est prudent sur les débouchés de ces réunions :

« Parmi les mesures avancées par le gouvernement, il y en a évidemment toute une série de positives mais il n’y a rien de concret, il n’y a pas d’agenda précis, et personne n’en prend la responsabilité. Des déclarations générales, des opinions générales sans rien d’autre ne sont pas valables pour nous. »

Les semaines à venir fourniront des indications sur la volonté réelle du cabinet gouvernemental de Petr Nečas dans son action contre le chômage. Celui-ci touche de façon différente les régions tchèques. Si Prague connaît un taux de chômage inférieur à 5%, il atteint bien souvent plus de 10% dans les anciennes régions industrielles du nord de la Bohême et de la Moravie.


La compagnie Czech airlines est coréenne à 44%

Photo: CTK
Nous en avions déjà parlé sur Radio Prague, c’est désormais officiel : suite à l’accord signé mercredi avec le gouvernement tchèque à Prague, la compagnie aérienne Korean Air détient 44% de son homologue tchèque ČSA Czech Airlines. Un accord qui met un terme au long feuilleton débuté en 2009 sur l’éventuelle privatisation de la compagnie nationale tchèque puis sur la recherche d’un partenariat stratégique.

La partie tchèque est très optimiste sur l’avenir de cette coopération. Elle entrevoit déjà la possibilité de réaliser des économies d’échelle et compte faire de Prague une plaque tournante des vols européens à destination de l’Asie. Surtout Korean Air est dans une phase de développement très importante et est parvenu à faire table rase de son image de compagnie vieillissante et peu sûre, une image que lui valaient l’âge moyen de sa flotte dans les années 1990 et quelques accidents tragiques (entre 1970 et 1999, 700 personnes ont perdu la vie dans les accidents de ses avions). Avec près de 150 appareils et 50 commandés, Korean Air est désormais un acteur majeur du trafic aérien mondial et ČSA entend en profiter pour se développer, un choix judicieux si l’on en croit Tomáš Hampl, spécialiste de ce marché pour le serveur airways.cz :

« Au regard de la situation du Le projet sKarta n’en finit pas de s’enfoncermarché aérien européen dans le cadre de l’UE, un marché avec une grande concurrence et des prix des billets qui ont beaucoup baissé sous l’influence des compagnies à bas coûts, je pense que cette société coréenne est bien plus intéressante pour la compagnie ČSA que dans le cas d’une reprise par une grande compagnie européenne. »

Photo: CTK
ČSA aurait en effet pris le risque de rester une compagnie régionale sans possibilité d’expansion. Interrogé à la Radio tchèque, Tomáš Hampl parle d’un partenariat « exotique » avec Korean Air qui va demander aux employés tchèques un effort d’adaptation aux méthodes de travail coréennes. Petr Bláha, spécialiste du pays du Matin clair, précise :

« La différence principale vient du fait que la culture coréenne est très formelle. Il y a des prescriptions qu’il faut respecter et qui peuvent paraître contre-productives ou inutiles pour la partie tchèque. »

Le transporteur coréen souhaiterait à terme devenir actionnaire majoritaire de ČSA et l’accord signé prévoit un droit de préemption pour les Coréens sur l’achat des actions restées entre les mains de l’Etat tchèque. Pour l’heure, Korean Air, compagnie extra-européenne, n’a pas le droit de détenir plus de la moitié de son homologue tchèque en vertu d’un règlement de la Commission européenne. ČSA pourrait perdre son statut de transporteur européen pour que cela devienne possible.


Le projet sKarta n’en finit pas de s’enfoncer

Photo: MPSV
Bien des ministres se seront cassé les dents avec la sKarta, ce projet visant à ficher les bénéficiaires d’allocations sociales en leur attribuant une carte de crédit sur laquelle ils étaient censés recevoir ces aides. Les critiques n’ont pas tardé à fuser alors que le système se mettait en place courant 2012 sous l’égide du ministre du Travail et des Affaires sociales alors en poste, Jaromír Drábek (TOP 09). Le médiateur de la République a considéré que la loi ne devait forcer personne à se procurer cette fameuse carte. Les sociaux-démocrates, leaders de l’opposition, se posaient des questions sur l’attribution de l’ensemble de la gestion du système à une banque, la Česká spořitelna. Des associations d’aide aux handicapés se demandaient, quant à elles, comment les personnes à mobilité réduite pourraient accéder aux distributeurs automatiques. Par la suite, la sKarta a rencontré de menus déboires qui ont un peu plus hypothéqué son destin. En février dernier, 15 000 personnes de la région d’Olomouc ont par exemple reçu leurs allocations familiales avec un important retard.

De plus, l’utilisation de la sKarta pour percevoir des prestations sociales n’est plus obligatoire. Alors à quoi bon se servir de ce système controversé et inopérant ? C’est la question qui a commencé à tarauder plusieurs ministres et le chef du cabinet en personne, Petr Nečas. Mercredi, Ludmila Müllerová (TOP 09), la nouvelle ministre du Travail et des Affaires sociales, présentait un projet pour sauvegarder le système sKarta, une réunion gouvernementale qui devait décider de son sort. Mais à l’exception du parti conservateur TOP 09, les deux autres partenaires gouvernementaux (ODS et LIDEM) semblaient peu enclins à défendre un projet qu’ils traînent comme un boulet depuis plus d’un an. On écoute Karolína Peake, la présidente du parti LIDEM et vice-premier ministre :

Karolína Peake, photo: Filip Jandourek, ČRo
« Si des chiffres incontestables démontrant l’utilité et le caractère avantageux du système sKarta pour l’Etat et les prestations sociales ne sont pas présentés au gouvernement, alors il est inutile de continuer à se tracasser davantage et il faut en finir avec ce projet. »

Ludmila Müllerová n’a visiblement pas convaincu puisque son projet de sauvegarde a été rejeté. Elle s’acharne toutefois à chercher une nouvelle utilité à la sKarta et a proposé jeudi de l’utiliser pour d’autres administrations, par exemple comme carte d’assurance maladie.

Le chef du gouvernement a contre-attaqué dans les colonnes du quotidien Hospodářské noviny, indiquant que ces cartes étaient trois fois trop chères. La banque Česká spořitelna a pris la défense de Monet+, son fournisseur, avec lequel elle travaille depuis 2002. Mais pour Petr Nečas, il est clair que ni l’Etat, ni les bureaux du travail, ni la banque Česká spořitelna elle-même ne tirent bénéfice de cette sKarta. Il accuse donc le parti TOP 09 de jeu politicien ou pire, de vouloir cacher les modalités du contrat signé avec l’établissement bancaire. Si ce projet à rebondissement est enterré, l’Etat devra rendre 12 millions d’euros à la banque Česká spořitelna.