Dans la presse tchèque : l’activisme civique face au coronavirus

Photo: ČTK/Michal Krumphanzl

Cette nouvelle revue de presse se penchera tout d’abord sur les nouveaux défis auquel fait face l’activisme civique tchèque. Elle s’intéresse ensuite aux conséquences du Covid-19 sur la façon dont les Tchèques vont pouvoir voyager. Au menu de cette revue de presse également, une réflexion sur l’orientation pro-occidentale de la République tchèque. La question de l’accueil des enfants migrants sera le dernier sujet traité.

Photo: ČTK/Michal Krumphanzl
Aujourd’hui, l’activisme civique contre le gouvernement se trouve dans une situation difficile. Un constat dressé par le commentateur du quotidien économique Hospodářské noviny qui explique :

« En temps de crises, les gens ont d’ordinaire tendance à se souder autour du gouvernement, quel qu’il soit. Ainsi, lorsque la mort semble planer un peu partout, ils négligent l’affiliation politique de ceux qui dirigent la lutte contre la pandémie. L’important, c’est de les voir agir. On le voit dans beaucoup de pays. La hausse de la cote de popularité de la chancelière allemande Angela Merkel ou du Premier ministre italien Guiseppe Conte en dit long. Egalement en hausse, la popularité du Premier ministre tchèque Andrej Babiš est encore davantage accentuée par le fait que la Tchéquie s’en tire plutôt bien, au vu du nombre très bas de victimes du Covid-19. »

Un autre problème lié à l’activisme civique tchèque est d’ordre pratique. Dans le cadre du confinement, les rassemblements d’un grand nombre de personnes sont interdits. Voilà pourquoi, manifester massivement un désaccord avec la politique gouvernementale est impossible. Le journal rappelle qu’il y a quelques jours, l’association Un million de moments pour la démocratie a essayé de résoudre le problème. Au lieu d’une manifestation « classique », elle a opté pour une promenade, dans le quartier de Letná de Prague comme lors de ses précédents rassemblements, la distance obligatoire de deux mètres entre ses participants ayant été respectée.

Reconnaissant à cet événement pas plus qu’un succès mitigé qui « mérite pourtant d’être salué », le commentateur de Hospodářské noviny observe :

« Après le coronavirus, plus encore que dans le passé, nous aurons besoin d’une société civique pleine d’aplomb et étant à même de s’opposer au pouvoir. Les activités du mouvement Un million de moments pour la démocratie s’inscrivent parfaitement dans cette perspective. »

Les Tchèques invités à redécouvrir leur pays pendant les vacances d’été

Velký Kosíř - le Mont Blanc de Haná, photo: Jiří Komárek, CC BY-SA 4.0
De toute évidence, cette année, la majorité des Tchèques seront contraints de passer leurs vacances d’été dans leur pays. Et ce, en dépit du fait que le déconfinement va bon train et que les frontières ne sont plus rigoureusement fermées. Mais les entraves d’ordre sanitaire et les risques liés aux voyages à l’étranger demeurent assez élevés. Bref, comme le remarque la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt, l’année 2020 ne sera pas celle d’excursions lointaines. Il a noté à ce propos :

« Privés de séjours au bord de la mer ou dans les hautes montagnes auxquels ils sont habitués en été, les Tchèques sont confrontés à une situation nouvelle qui leur permet de redécouvrir leur pays natal. La Tchéquie est un pays aussi fascinant que n’importe quel autre, d’autant plus que les circonstances actuelles invitent à un regard inédit et détaillé. En fait, elle constitue une destination idéale pour les touristes curieux et les amateurs de découvertes raffinées tout en offrant toutes sortes d’occasions de divertissement. »

La Toscane morave, la Sibérie tchèque, le Mont Blanc de Haná... Tels sont quelques-uns des surnoms alléchants que les Tchèques ont donné au fil de l’histoire à certains lieux de leur pays. Une preuve, selon le magazine Respekt, des limites qui sont tout de même les siennes. Or, selon lui, « la Tchéquie est un pays plaisant à vivre et où séjourner, il est vrai, mais il y a des choses qui ne peuvent pas s’y faire. »

La Tchéquie entre Est et Ouest

Photo: Barbora Němcová
« D’un point de vue géopolitique, la République tchèque est un drôle de phénomène. Officiellement parlant, depuis trente ans déjà, elle fait partie de l’Occident dont elle s’est réclamée avec sa révolution de Velours. Cette volonté s’est confirmée avec son adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne ». Pourtant, d’après le quotidien Deník N, une partie de l’élite politique locale, ainsi qu’une partie non négligeable de la population mettent en doute l’appartenance du pays à l’Occident et à ses structures politiques et sécuritaires. Son auteur rappelle :

« Sous la présidence de Václav Havel, entre les années 1989 et 2003, ce clivage était nettement moins frappant. Les premiers signes de la fragilité du consensus politique au sujet de l’orientation pro-occidentale du pays sont apparus avec la présentation des opinions ‘euroréalistes’ de son successeur Václav Klaus, devenu plus tard une des voix les plus critiques de l’Union européenne. L’actuel président de la République Miloš Zeman, quant à lui, s’est d’abord présenté comme un politicien pro-européen, faisant même hisser le drapeau de l’Union européenne sur le Château de Prague, mais ses démarches ultérieures contredisent cette conviction. L’une des conséquences de cette politique est l’affaiblissement progressif des positions pro-occidentales au sein de l’opinion publique tchèque. »

Le commentateur rapporte que c’est le refus des quotas migratoires et d’autres sujets défendus par le gouvernement d’Andrej Babiš qui sont aujourd’hui à l’origine des conflits de la République tchèque avec l’Union européenne et qui l’éloignent des démocraties occidentales. Par ailleurs, pour la plupart des politiciens tchèques, à l’exception de certains partis d’opposition, l’Union européenne, ne constitue désormais plus qu’un projet économique dont ils sont solidaires dès qu’il apporte un certain profit. C’est pourtant sur un ton rassurant qu’il conclut son texte :

« Dans quelques mois, la représentation politique qui a connu un moment de ‘gloire’ avec l’état d’urgence sera confrontée à un dilemme de taille : soit le pays s’intègre rapidement dans l’économie globale et dans la collaboration avec l’Union européenne, soit le pays connaîtra une longue chute économique. Il va de soi que ce ne sont pas des pays comme la Chine, la Russie ou les pays du groupe de Visegrad sur lesquels une partie de l’élite politique a misé qui pourront résoudre les problèmes existants. C’est là une chance pour la partie libérale de l’opinion publique prête à voir les choses dans un contexte international. »

La Tchéquie va-t-elle continuer à dire non aux enfants migrants ?

Photo: Jordi Bernabeu on Foter.com/CC BY
Le Covid-19 a-t-il modifié la Tchéquie au point qu’elle veuille désormais accueillir une dizaine pour ne pas dire une cinquantaine d’enfants qui vivent dans des camps de réfugiés en Grèce ? Cette question a été soulevée dans un commentaire publié sur le site aktualne.cz :

« Il va de soi que durant la pandémie, nous pensons d’abord à nous-mêmes, à nos familles, à notre pays. Moins évident, mais d’autant plus précieux, est le comportement de ceux qui, même dans cette situation, pensent aux individus en détresse qui vivent loin de nous, dans des conditions incomparablement pires que les nôtres. Bref, aux réfugiés. C’est ainsi que se présente l’initiative tchèque appelée Les Tchèques aident (Češi pomáhají) qui a adressé il y a quelques jours une lettre ouverte au ministre de l’Intérieur Jan Hamáček invitant le cabinet à se joindre aux pays qui accueillent les enfants qui vivent dans des camps de réfugiés et qui ne sont pas accompagnés. »

Le commentateur rappelle que, jusqu’ici, toute initiative en vue d’accueillir en Tchéquie ne serait-ce qu’une poignée d’enfants vivant dans des camps sur les îles de Lesbos et de Chios en Grèce avait été rejetée par le gouvernement tchèque. « Peut-on espérer que l’expérience du coronavirus change son approche ? » s’interroge-t-il avant de conclure :

« S’agissant de l’aide étrangère, le gouvernement tchèque l’accorde prioritairement sous forme financière qui, en outre, est assez limitée. Ce sont en revanche les organisations non gouvernementales tchèques dont l’aide a un certain poids. Riche de la leçon de la crise, le gouvernement pourrait faire un geste bienveillant, donnant son aval pour accueillir dans le pays quelque dizaines d’enfants de moins de quatorze ans. Par ailleurs, l’initiative Les Tchèques aident dispose de familles prêtent à accueillir ces enfants, d’un réseau d’organisations et de volontaires... L’épreuve que nous subissons actuellement va évaluer à quel point le coronavirus nous a changé. »