Délocalisations vers la République tchèque : les syndicats français l’ont mauvaise

karosa_vyroba.jpg

Cette semaine, un mouvement de protestation a été lancé en France contre la réforme des retraites. Mais à Annonay, en Ardèche, les salariés de l’entreprise Irisbus-Iveco protestaient également cette semaine contre la délocalisation de certaines activités vers l’usine Karosa de la ville de Vysoké Mýto, en République tchèque. Des syndicats ont appelé à un débrayage pour marquer leur mécontentement après l’arrivée de 25 salariés tchèques, venus observer le fonctionnement de l’usine française. José dos Santos est secrétaire du syndicat Force Ouvrière de l’entreprise:

« La direction nous a informés qu’elle entendait faire produire des autobus de transport urbain Citelys sur les trois sites de production du groupe : Annonay en France, Valle Ufita en Italie, et démarrer une production en République tchèque. C’est là que nous avons des craintes puisque la direction nous dit qu’elle produit là-bas des bus moins chers qu’en France. Si la production est transférée en partie d’Annonay vers Vysoké Mýto, les salariés d’Iribus France risquent de voir des emplois supprimés sur leur site. Ils ont donc débrayé cette semaine pour protéger leur emploi qui est en jeu. »

Les salariés d’Annonay étaient également mécontents que des salariés tchèques soient venus observer le fonctionnement de l’entreprise...

« C’est la goutte qui a fait déborder le vase... Pour démarrer une production en Tchéquie, l’entreprise a fait venir des salariés tchèques pour visiter la ligne de production des autobus, pour voir et analyser les méthodes de travail et apprendre les gestes. Les salariés ici ont le sentiment qu’on vient leur prendre leur savoir-faire pour l’utiliser ailleurs et les mettre au chômage, donc les gens ne sont pas contents de cette politique. Pour le syndicat FO, il faut une discussion franche et des engagements de la direction pour dire que tout autobus destiné au marché français sera fabriqué en France. »

Est-ce que du coup les relations sont tendues entre les salariés tchèques de passage à Annonay et les salariés sur place ?

« Non, et l’objectif n’est pas de tendre ces relations. Qu’on soit salarié en France ou en République tchèque, il y a un employeur qui vous donne un travail à faire. Les salariés d’Annonay savent bien que les Tchèques sont ici parce que leur employeur les a envoyés et qu’ils n’ont pas trop le choix. Donc l’animosité n’est pas envers les salariés mais envers la direction et sa politique industrielle. L’usine Karosa de Vysoké Mýto fait partie du groupe depuis les années 1990. Petit à petit la production d’autocars interurbains et scolaires a été déplacée vers la République tchèque. Aujourd’hui 85% des autocars vendus en France sont des autocars de ce type... En termes d’emploi, il y a dix ans, quand on produisait encore ce type d’autocars à Annonay, on était 2 200. Aujourd’hui on ne les fait plus et on n’est plus que 1 100 salariés dans cette entreprise. C’est la raison pour laquelle on dit que si les Tchèques fabriquent à Vysoké Mýto des autobus pour le marché français, c’est encore l’établissement d’Annonay qui va perdre des emplois. Donc c’est un peu normal que les salariés se mobilisent pour protéger leur avenir. »