Depuis cent ans, les écoliers tchèques ont deux mois de vacances d’été

Vendredi, tous les écoliers tchèques recevront leur bulletin, marquant la fin de l’année scolaire et le début des grandes vacances jusqu’au 1er septembre. Ce rythme inchangé de deux mois de vacances en été remonte à exactement cent ans en pays tchèques.

Fin de l’école | Photo: Hana Musterová Marvanová,  ČRo

La vie scolaire tchèque aime les rituels : une fois passés les examens trimestriels dans les matières principales, et surtout en fin d’année, les enseignants tendent à organiser des sorties scolaires et les derniers jours de cours en juin sont d’ordinaire consacrés au rangement, retour des manuels, et quelques activités ludiques.

Une année scolaire qui est consacrée de manière solennelle (les enfants se mettent généralement sur leur trente-et-un !)  par la remise des bulletins le tout dernier jour de cours – officiellement le 30 juin, mais adapté en général en fonction du jour sur lequel il tombe. Ainsi cette année, le 30 juin correspondant à un lundi, les écoliers tchèques terminent l’école exceptionnellement le 27 juin : une petite heure à peine dans leur établissement pour remettre des cadeaux à leur prof principal(e), recevoir leur bulletin et dire au revoir aux copains qu’ils ne reverront en classe que dans deux mois.

Exposition au Musée pédagogique | Photo: Ľubomír Smatana,  ČRo

Ce rythme des deux mois de vacances a tout juste cent ans cette année : le 12 juillet 1925, le ministère de l’Education de la toute jeune Première République tchécoslovaque publiait un décret qui unifiait le début et la fin de l’année scolaire, stipulant que celle-ci commençait le 1er septembre pour se terminer le 30 juin. L’idée était d’unifier l’année scolaire au niveau national alors qu’elle était jusqu’à présent régie différemment selon les régions et les habitudes locales, comme l’explique l’historienne Martina Halířová, de la Bibliothèque Komenský liée au Musée pédagogique :

Martina Halířová | Photo: Ľubomír Smatana,  ČRo

« Jusqu’en 1925, les enfants avaient des vacances d’environ cinq semaines et le début de l’année scolaire variait en fonction des décisions locales dans les régions. Dans certains endroits, la rentrée des classes était en septembre, dans d’autres, en novembre. »

C’est à l’impératrice Marie Thérèse d’Autriche, également reine de Bohême, que l’on doit l’entrée en vigueur en 1774 de l’école obligatoire pour les enfants de 6 à 12 ans. Malgré quelques difficultés à mettre en place ce système au tout début, l’école obligatoire est devenue une institution extrêmement efficace dans le pays, permettant de faire tomber le taux d’analphabétisme en pays tchèques à presque zéro à la fin du XIXe siècle.

L’école au dix-huitième siècle | Source: La ville de Český Krumlov

Paradoxalement, elle a également grandement contribué à l’émergence de la nation tchèque moderne qui s’est illustrée dans le fameux « réveil national » visant à une émancipation de la tutelle des Habsbourg. Une indépendance finalement complète qui a été entérinée après la fin de la Première Guerre mondiale avec la création de la Première République tchécoslovaque qui a mis en place de nombreuses mesures visant à faire de la Tchécoslovaquie un Etat moderne.

Exposition au Musée pédagogique | Photo: Musée pédagogique

Pourtant, malgré cela, un reliquat du passé a encore longtemps perduré, même dans l’entre-deux-guerres : le travail des enfants.

Travaux dans les champs dans le années 1930 | Photo: Musée Říčany

« La Première République tchécoslovaque s’est efforcée de réguler bien plus le travail des enfants que le régime précédent. Pour elle, il était primordial que les enfants aillent à l’école. Quand les enfants étaient à la maison, notamment l’été, il n’était pas inhabituel qu’ils aident leurs parents lors des récoltes – ce n’était pas un travail rémunéré, mais des tâches intégrées à la vie quotidienne. La régulation du travail des enfants concernait alors surtout l’industrie où les enfants n’avaient pas le droit d’être envoyés dans les mines. Ou encore, quand le père de famille était artisan ou travailleur indépendant, il était courant que les enfants de plus de 14 ans l’aident dans son travail. »

Photo: Stanislava Brádlová,  ČRo
Photo illustrative: Kimulechka,  Pixabay,  Pixabay License

Une chose est sûre, si le travail des enfants n’existe heureusement plus et que celui des adolescents de plus de 15 ans est aujourd’hui strictement régulé par la loi, les vacances d’été, elles existent toujours et selon le même calendrier depuis un siècle : une mesure qui a donc traversé les âges et les régimes puisqu’elle a survécu à la guerre et l’occupation allemande, au régime communiste et aux changements politiques qui ont suivi la chute du rideau de fer en 1989.

Auteur: Anna Kubišta | Source: iROZHLAS.cz
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