« Dernière adresse » pour sortir de l’anonymat les victimes du communisme

Les plaques ont été installées sur des bâtiments à Moscou, photo: Martin Dorazín, ČRo

« Dernière adresse » est le nom d’une opération de mémoire lancée en Russie en 2014 et qui s’étend désormais à la République tchèque. Ce mardi, à l’occasion de la Journée de commémoration des victimes du communisme, des premières plaques seront apposées sur les façades de quatre immeubles pragois pour indiquer les dernières adresses de personnes inconnues broyées par le régime totalitaire.

Photo: Site officiel du projet Poslední adresa
Les étudiants en droit Veleslav Wahl et Karel Bacílek, le technicien Slavoj Šádek, le policier et membre du Parti communiste Jozef Macej, voilà les quatre premières victimes inconnues des répressions menées par le régime communiste dont on connaît désormais « la dernière adresse ». Tout comme Milada Horáková, l’unique femme condamnée et exécutée par la justice communiste il y a 67 ans de cela, le 27 juin 1950, ces quatre hommes engagés dans la résistance anticommuniste après le coup d’Etat de février 1948, ont un beau matin quitté leur domicile dans les quartiers pragois de Hradčany, Dejvice ou Vysočany pour ne plus jamais y revenir.

Des plaques en acier, pas plus grandes qu’une main ou une enveloppe, ont été installées sur les murs de leurs dernières adresses. Elles indiquent leur identité, leur profession, ainsi que leurs différentes dates de naissance, d’arrestation, d’exécution et de réhabilitation. En République tchèque, ce projet est mené par l’Institut d’étude des régimes totalitaires, en collaboration avec d’autres organisations comme Goulag.cz ou la branche tchèque de Mémorial, une ONG russe de défense des droits de l’Homme classée officiellement « agent de l’étranger » par le Kremlin.

Les plaques ont été installées sur des bâtiments à Moscou, photo: Martin Dorazín, ČRo
L’idée de cette opération, lancée tout récemment en Ukraine et en cours de préparation également en Pologne, est née en Russie. Elle est inspirée des « Stolpersteine », ces « pierres d’achoppement » encastrées dans les trottoirs de plusieurs villes européennes pour entretenir la mémoire de toutes celles et tous ceux morts dans les camps d’extermination nazis. Depuis trois ans, de petites plaques ont été installées sur des bâtiments à Moscou, à Saint-Pétersbourg et dans d’autres villes russes encore, sortant ainsi de l’anonymat quelque 500 victimes de la terreur stalinienne, dont le nombre total est évalué à un million. Parmi elles, on trouve environ 1 200 Tchèques et Slovaques.

Marina Bobrikova de l’ONG Mémorial explique :

« Nous avons voulu rappeler des destins concrets. C’est pourquoi chaque plaque est dédiée à une personne précise et porte un seul nom. C’est l’occasion de les sortir de l’oubli, à la différence de beaucoup d’autres personnes assassinées et jetées dans des fausses communes. »

En République tchèque, le projet a été lancé en 2015, mais ses initiateurs ont été confrontés à des difficultés de réalisation, comme l’explique Michaela Stoilová de l’Institut d’étude des régimes totalitaires :

Photo: ČT24
« Le projet a été initié par l’association Goulag.cz et devait être consacré, dans un premier temps, aux traces des citoyens tchécoslovaques d’origine russe qui ont été forcés de quitter la Tchécoslovaquie en 1945 et ne sont plus revenus. Nous n’avons malheureusement pas réussi à contacter tous les propriétaires d’immeubles où ses personnes ont vécu pour obtenir leur accord. Nous avons donc élargi ce projet aux victimes tchèques du communisme. Mais là aussi, cela prend beaucoup de temps, il faut vérifier les adresses, identifier les bâtiments et négocier avec leurs propriétaires la pose des plaques. »

Tout le monde peut désormais initier l’installation d’une « plaque de dernière adresse » : les proches des victimes, les habitants des maisons où habitaient des personnes persécutées ou les étudiants sur lesquels ce projet est également ciblé. Il suffit d’en faire la demande sur le site du projet www.posledniadresa.cz.