Des entreprises tchèques souhaitent investir en Afghanistan

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Des entreprises tchèques pensent s'implanter en Afghanistan. Non, ce n'est pas une blague ! Certains secteurs de l'industrie lourde et technologique y semblent offrir de sérieuses opportunités. Divers projets, qui pourraient donner lieu à des contrats, sont d'ailleurs soutenus par le gouvernement tchèque. Le problème de taille, on s'en doute, est la sécurité, dans un pays ravagé par la guerre.

En novembre, un comité de chefs d'entreprises tchèques se rendra dans la province de Logar, à environ 60 km au sud de Kaboul, afin d'y étudier les opportunités économiques en Afghanistan, nombreuses pour certains secteurs selon les experts. Une mission organisée conjointement par le ministère tchèque des Affaires étrangères, la Confédération de l'Industrie et la Chambre de Commerce, qui analysera la pertinence et la faisabilité des projets d'installation.

Il n'y a pour l'instant encore aucune société tchèque installée en Afghanistan et, on s'en doute, la situation sécuritaire y est pour beaucoup, comme elle devrait rester la difficulté majeure pour les tenants du «miracle afghan».

Logar est justement réputé pour être un repère de talibans, et en certains endroits de la province, la population soutient les forces rebelles, qui luttent contre les troupes étrangères. Les entreprises tchèques désireuses de s'installer à Logar parlent de recruter des employés afghans qui seraient formés en République tchèque, plutôt que d'envoyer des expatriés. Une stratégie - si l'on peut employer un tel mot - qui aurait déjà été appliquée avec succès en Irak.

On imagine facilement les intérêts en terme de coûts de main-d'oeuvre : l'Afghanistan est l'un des pays plus pauvres du globe et 60 % de la population vit avec moins d'un euro et demi par jour.

S'il n'y a pas encore de société tchèque en Afghanistan, certaines entreprises, comme le fabricant de chaussures B.H.S. Bohemia ou le producteur d'armes Imex Group, ont déjà commencé à développer des activités commerciales dans le pays. Sans compter les compagnies tchèques qui fournissent les soldats de la coalition en vêtements et en nourriture de conserve.

Les secteurs pour lesquels de sérieuses opportunités sont attestées sont l'agriculture et la production agro-alimentaire, la gestion de l'eau, la construction d'infrastructures diverses et l'exploitation minière. Deux contrats, encore à l'état de projet, pourraient même être signés avant la fin de l'année : le premier concerne la construction d'une installation hydroélectrique dans le nord de l'Afghanistan. Pour celle-ci, un groupe de trois entreprises tchèques, parmi lesquelles Skodaexport, est en bonne position pour être choisie. Deuxième projet : la construction d'un site de réfrigération.

En attendant, la République tchèque aura d'abord une facture à régler, celle de l'Equipe de Reconstruction Provinciale, composée d'environ 180 soldats et d'une trentaine d'experts civils tchèques, qui devraient commencer leurs travaux en Afghanistan en mars 2008. Coût estimé : 24 millions d'euros par an, d'après le ministère de la Défense. L'envoi de l'équipe tchèque doit auparavant être approuvée par le Parlement, probablement courant octobre ou novembre.

A Logar, la mission devrait se concentrer sur la création d'opportunités économiques pour les entreprises tchèques. Un projet différent en cela de la Mission tchèque déjà présente au nord du pays, à Badakhshan, où là, elle doit s'occuper surtout de sécurité et du maintien de la paix.

Dans un contexte aussi difficile et aussi peu propice aux affaires, les subventions auxquelles consentira l'Etat tchèque apparaissent comme un enjeu important. Le gouvernement a prévu d'allouer environ 3 millions et demi d'euros par an aux sociétés tchèques qui s'installeraient à Logar. Une somme tout juste suffisante pour couvrir les frais d'étude et de voyage pour les sociétés intéressées.

Tout n'est pas noir cependant. Tout d'abord, la situation économique en Afghanistan s'améliore significativement depuis cinq ans. Ce qui laisse certains observateurs penser que le pays pourrait tôt ou tard se stabiliser complètement. La part du commerce non lié aux drogues a par ailleurs augmenté de 14 % en 2005.

La conjoncture diplomatique s'avère également favorable aux entrepreneurs puisqu'en avril dernier, la République tchèque a ouvert une ambassade à Kaboul, après quinze ans d'absence totale de relation diplomatique. L'année 2005 avait sonné comme un signal, avec la création de la Chambre de Commerce tchéco-afghane.

En fait, mis à part l'état de guerre larvée, le développement des relations économiques entre République tchèque et Afghanistan n'a rien d'insolite. Il représente même une tradition historique relativement méconnue.

Les relations commerciales entre les deux pays remontent aux années 1930. On a ainsi vu une société tchèque construire une raffinerie de sucre à Baghlan. Sous le régime communiste, les échanges se sont encore intensifiés. La Tchécoslovaquie exportait des camions, des tracteurs et d'autres équipements lourds et importait des fruits, des épices et du coton. Dans les années 70, des ingénieurs tchécoslovaques avaient participé, en Afghanistan, à l'exploitation des ressources minérales. Kaboul compte également un tracé de trolley-bus de construction tchèque !