Des restaurateurs français en Tchéquie confrontés à la crise sanitaire

Les restaurants du pays ne peuvent accueillir de clients depuis déjà plusieurs semaines. Pour deux des derniers restaurateurs français installés en République tchèque, le choix a été différent en ce début d’année : l’un, à Prague, a décidé de rester ouvert pour vendre des plats à emporter ; l’autre, en province, a fermé complètement mais provisoirement. Ils ont répondu aux questions de RPI.

Jean-Charles Berger, propriétaire du Bistrot à table, dans le sixième arrondissement de Prague :

Jean-Charles Berger,  photo: Archives du bistrot A Table !

« Nous fonctionnons en ouvrant seulement la fenêtre du restaurant. En général le mois de janvier est une fin de saison mais là c’est vraiment une fin de saison ! Grosso modo le business a chuté de 80%. Nous faisons uniquement des repas du midi ; il n’y a pratiquement plus de commandes de dîners. Au niveau du personnel, nous avons réduit au strict minimum avec une personne en cuisine et une personne pour préparer la commande et l’encaisser. »

Travaillez-vous avec des services de livraison ?

« Nous avons travaillé au début avec des entreprises de livraison mais leur commission est démesurée pour nous, de l’ordre de 30%. Ce n’est pas possible pour nous et pour la cuisine traditionnelle française que l’on fait. Donc nous répondons aux commandes de particuliers qui téléphonent ou viennent sur place, avec aussi un petit service de livraisons que mon épouse ou moi assurons nous-mêmes. »

Où en êtes-vous administrativement ? Avez-vous déjà demandé/reçu des aides publiques ?

« Nous avons fait la demande en tant qu’entrepreneurs pour chaque période auprès du ministère des Finances. Il s’agit de 500 CZK par jour. La demande et le traitement se font plutôt rapidement. Mais cela ne représente qu’une somme équivalente à environ 15 000 CZK par mois et c’est la seule aide reçue jusqu’à présent. »

Avez-vous une aide pour le loyer de votre établissement ?

« Cette demande est en cours. Elle a été reçue mais pour l’instant nous attendons toujours. »

Photo: Archives du Bistro à Table !

Combien de temps pouvez-vous tenir à ce rythme selon vos estimations ?

« C’est très difficile à dire. On fonctionne en minimum sans se verser de salaires, ni moi ni mon épouse. Si on fait comme parfois 3000 CZK par jour, alors je pense que dans deux mois on peut fermer. »

Avez-vous pu comparer avec ce qui se passe en France pour les restaurateurs ?

« Disons qu’en France il y a une compensation supérieure pour les pertes d’exploitation, puisqu’ici on touche l’équivalent de 20 EUR par jour – on comprend facilement que cela ne suffit pas à couvrir les pertes ni même les charges de l’établissement. Les aides en France sont plus importantes et ici les délais sont longs, comme pour l’aide pour le loyer, on est aujourd’hui en train d’attendre une aide pour la période du printemps dernier. Financièrement c’est maintenant que c’est difficile. On va voir aussi avec les assurances, mais c’est très difficile et là aussi très long. »


Rémi Decroix, propriétaire du Bistrot de papa à Horní Dubenky dans la région de Vysočina :

Rémi Decroix,  photo: Vojtěch Ruschka

« En ce mois de janvier il me manque une chose : voir mes clients et les voir passer un bon moment. Ce qui me manque aussi, c’est l’adrénaline pendant le service, le coup de feu ! Mais bon, j’ai la grande chance d’être propriétaire et d’être chez moi, de pouvoir passer du temps dans la magnifique nature ici avec ma famille, de me reposer en gros. »

Vous avez donc fait le choix de ne pas cuisiner de plats à emporter ?

« J’ai fait des plats à emporter jusqu’à la fin décembre mais ai décidé qu’en janvier je ne le ferai pas, principalement à cause des conditions sur les routes et de la neige. Janvier sera une pause et je pense reprendre dans le courant du mois de février. »

Avez-vous demandé des aides publiques ?

« Nous n’avons pas demandé d’aides, sauf pour mon salaire car je suis le seul employé. Je n’ai jamais réussi à trouver du personnel ici sur le long terme donc je n’avais que des ‘brigádníky’, en interim. Le bistrot a le statut d’une SARL, je n’ai pas de loyer à payer et n’ai pas de personnel, donc je m’en sors pas trop mal à ce niveau-là. »

Le Bistrot de papa,  photo: Vojtěch Ruschka

Donc vous pensez pouvoir tenir encore un peu de temps sans que votre activité soit menacée ?

« J’ai cette grande chance. Je ne me sens pas encore menacé. Mais si ça dure trop longtemps, bien sûr que j’ai besoin d’un salaire, de payer les charges. J’ai aussi besoin de travailler, moi personnellement, sinon le temps est long ! »

Comment est la situation dans votre région et dans votre domaine ?

« Je pense que ce début d’année va être beaucoup plus difficile pour beaucoup plus de monde que le premier confinement, car en plus on n’a pas de perspective de réouverture. Selon moi, on ne va pas pouvoir rouvrir avant février, et encore. Ceux qui avaient des fonds de côté n’en ont plus et cela est de plus en plus difficile dans les campagnes. »