En France, l’artiste tchèque Tereza Lochmannová fait découvrir l’art de la gravure au grand public

En septembre prochain, dans le cadre des Journées du patrimoine européen, l’ambassade tchèque à Paris exposera, dans ses locaux et son jardin, les œuvres de Tereza Lochmannová, une jeune artiste tchèque qui a su, grâce à son talent, s’imposer en France. Elle organisera à cette occasion à l’ambassade un atelier de découverte de la gravure destiné au grand public. Lors de son passage à Prague cet été, Tereza Lochmannová nous a rendu visite à Radio Prague International.

Tereza Lochmannová avec son carnet de voyage | Photo: Magdalena Hrozínková,  Radio Prague Int.

Vous avez reçu une formation artistique à Prague, puis aux Beaux-arts à Paris. Depuis 2014, vous vivez en France, à Paris et à Pantin. Dans votre création, vous vous consacrez aussi bien à la gravure et à la sculpture qu’à la peinture, au dessin et au collage… Que faites-vous en ce moment ? Quelle technique vous tient à cœur ?

« Je me consacre particulièrement à la gravure sur bois. Mais en ce moment, c’est différent, car je suis en vacances. Quand je voyage, je ne ramène pas tous mes outils avec moi. Normalement, j’aime travailler sur des planches grand format qui peuvent mesurer 1 mètre sur 2 mètres ou même plus. Récemment, j’ai fait un voyage en Ukraine et en Roumanie, où j’ai pris juste un carnet, quelques stylos, des pinceaux et des couleurs acryliques quand même… Créer ce carnet de dessins était une sorte de relaxation pour moi, mais aussi une prise de notes visuelles. »

Le carnet de voyage | Photo: Archives de Tereza Lochmannová

Vous avez ce carnet de voyage dessiné sur vous aujourd’hui. Que peut-on y voir alors ?

Le carnet de voyage | Photo: Archives de Tereza Lochmannová

« Avec mon copain, nous avons voyagé dans une camionnette et passé beaucoup de temps dans la nature. J’ai capté mes impressions et les images directement sur place. J’essaie de m’entraîner à dessiner de mémoire ou d’après un modèle vivant et pas vraiment d’après les photographies ce qui se fait beaucoup actuellement. Sur mes dessins, on voit des animaux, des meules de foin, j’ai capté aussi des situations que nous avons vécues. »

Allez-vous travailler encore ces dessins, allez-vous en servir pour vos gravures ?

« Je pense que je vais m’inspirer par exemple de notre ascension de la Crête de Coq. Le sommet n’est pas très haut, autour de 1 000 mètres d’altitude, mais sa forme est vraiment impressionnante, elle ressemble à une courbe d’électrocardiogramme. »

Tereza Lochmannová,  'La pisseuse' | Photo: Archives de Tereza Lochmannová

Dans les articles que j’ai lus sur vous, on évoque souvent la gravure expérimentale. Quelles sont les techniques ou matériaux que vous expérimentez ?

Tereza Lochmannová,  'Combattants' | Photo: Orane Fiora

« Je ne sais pas si l’on peut vraiment qualifier ma technique de gravure d’expérimentale. Il existe des approches beaucoup plus expérimentales que la mienne, je crois. J’aime combiner la gravure avec d’autres techniques, faire des monotypes ou des empreintes des textures que je vais trouver dans la rue ou dans des chantiers : des empreintes de pneus, de cartons ou de sacs plastiques. Je m’amuse beaucoup avec ces matériaux de récupération. Quand j’anime des ateliers destinés à tous les publics, enfant et adulte, je leur montre que la gravure n’est pas quelque chose de rigide que l’on apprend à l’école. Alors oui, dans ce sens-là, la gravure que je pratique est expérimentale. Mais je reste quand même dans la figuration et le côté expérimental n’est pas aussi important que les sujets que je traite et l’ambiance que je créée. »

Tereza Lochmannová | Photo: Christopher King

Quel type de bois préférez-vous ?

« Le peuplier s’apprête très bien à la gravure, de même que toutes sortes de contreplaqué. Je travaille aussi les matériaux qui ne sont vraiment pas ‘nobles’ : par exemple les éléments des meubles cassés, où je ne connais pas l’origine du bois, je ne sais pas non plus comment il va réagir dans le temps. Mais cela compte pour moi, parce que cela rend l’œuvre ‘vivante’. »

Vous participerez cette année à un festival de design en France, pour lequel vous voulez créer des œuvres gravées à partir des chaises fabriquées en République tchèque. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Photo: Archives de Tereza Lochmannová

« J’ai été en effet invitée à participer au Salon du design qui aura lieu en décembre prochain à Juan Les Pins. Or moi, je ne suis pas designeuse. Ce qui m’intéresse, c’est d’essayer de trouver un lien entre la gravure et le design. Par le passé, j’ai déjà réalisé, sur commande, une gravure dans le plateau d’une table. Récemment, j’ai trouvé ces trois chaises récupérées, faites par un fabricant tchèque de meubles renommé. Ce sont des chaises hautes, de bar. J’essayerai de les transformer, de graver dessus des motifs zoomorphes et anthropomorphes, bref de les rendre originales. Je veux en même temps qu’elles restent utilisables. Je compte les exposer à Juan Les Pins, non loin d’Antibes, où j’étais en résidence artistique au Musée Picasso. J’ai beaucoup aimé l’ambiance du sud et j’avais envie d’y retourner pour une autre occasion. »

Tereza Lochmannová,  'Montagne' | Photo: Archives de Tereza Lochmannová

Vous avez effectué ce séjour de résidence artistique à Antibes au printemps 2020, pendant le premier confinement. Comment la pandémie de Covid-19 a-t-elle influencé votre création ?

Tereza Lochmannová,  'Le temps de la peste' | Photo: Archives de Tereza Lochmannová

« J’ai commencé cette résidence avant le confinement. Mon projet était de réagir de manière assez directe à ce que j’allais voir, vivre et découvrir. Par exemple, j’ai utilisé pour une de mes œuvres des filets de pêche qui se transforment en une montagne magique. Au début de la pandémie, la ville a complètement changé de visage. Dans les rues désertes, les gens étaient remplacés par des animaux, surtout par des mouettes. Sur un de mes tableaux, une mouette est posée sur une poubelle où elle a trouvé les restes de la nourriture. J’ai aussi intégré dans ce tableau des attestations de sortie que j’écrivais tous les jours. »

Fin août, vous allez animer un atelier de gravure à Juvisy, dans la région parisienne. Lors de cet atelier, vous allez utiliser la presse de gravure Sláma Press, développée par l’artiste tchèque Miloš Sláma. Quelle est la spécificité de cet outil ? Est-il connu en France ?

« Pour le moment, cette presse n’est pas encore très connue parmi les artistes en France et c’est aussi un de mes objectifs de la promouvoir. Moi-même, j’ai commencé à m’en servir parce que les formats que je fais et le caractère de mon travail ne me permettaient pas d’imprimer avec une presse classique. De manière générale, je n’aime pas les presses traditionnelles, je les trouve lourdes, encombrantes, elles prennent beaucoup de place… Les graveurs qui ne peuvent pas les utiliser se servent de cuillères en bois ou en métal. Mais là encore, il s’agit d’une procédure d’impression lente et fatigante. La presse Sláma fonctionne à base de roulement des billes d’acier. Elle permet d’imprimer vite et ne nécessite pas de force physique particulière. En plus, c’est un bel outil. »

La presse Sláma | Photo: Archives de Tereza Lochmannová

« Des presses de ce type existent depuis longtemps déjà au Japon. Sauf qu’elles ne contiennent pas de billes. On ne peut donc pas dire que ce soit une invention tchèque, mais en tout cas, Miloš Sláma a perfectionné cet outil. Sa presse permet d’imprimer sur des papiers beaucoup plus épais qu’au Japon. En République tchèque, elle est utilisée notamment dans les écoles d’art. En France, je l’ai fait découvrir à mes amis artistes qui l’ont trouvée eux aussi très pratique et ont voulu se la procurer. En plus, elle peut être utilisée par des enfants, dont je profite dans mes ateliers de découverte de la gravure. »

http://terezalochmann.com/

Tereza Lochmannová,  'Avant la pluie' | Photo: Archives de Tereza Lochmannová