Et si les deux champions olympiques du javelot étaient tchèques ?

Barbora Špotáková, photo: Ludovic Péron, CC BY 3.0

A un peu moins de trois semaines désormais de l’ouverture des Jeux olympiques de Londres (27 juillet – 12 août), lors de laquelle le joueur de badminton guéri d’un cancer Petr Koukal sera le porte-drapeau tchèque, les lanceurs de javelot Barbora Špotáková et Vítězslav Veselý font partie des principales chances de médailles tchèques. Tous les deux ont pour point commun d’être entraînés par Jan Železný. Et tous les deux rêvent d’imiter leur mentor lui-même ancien triple champion olympique

Barbora Špotáková, photo: Ludovic Péron, CC BY 3.0
Et si les deux prochains champions olympiques du lancer du javelot étaient tchèques ? Si elle peut paraître osée, la question mérite néanmoins d’être posée. En effet, tandis que Barbora Špotáková chez les femmes défendra aux Jeux de Londres son titre acquis à Pékin il y a quatre ans, Vítězslav Veselý, récemment sacré champion d’Europe à Helsinki, leader du classement général de la Ligue de diamant et détenteur de la meilleure performance mondiale de l’année avec 88,11 mètres (record personnel), fera lui aussi partie des principaux prétendants à la médaille d’or chez les hommes. Chacun de leur côté, Barbora Špotáková et Vítězslav Veselý marchent sur les traces de Jan Železný, leur légendaire entraîneur dans leur club du Dukla Prague. Triple champion olympique et triple champion du monde, Jan Železný n’a toutefois, presque paradoxalement, jamais été sacré champion d’Europe, le titre continental étant le seul qui manque à son interminable palmarès. C’est donc à travers le succès de son poulain que le meilleur lanceur de javelot de l’histoire de l’athlétisme est en somme devenu champion d’Europe. C’est d’ailleurs d’abord à son entraîneur que Vítězslav Veselý, la médaille autour du cou, a dédié sa victoire à sa descente du podium à Helsinki :

« Je suis content qu’il puisse avoir la médaille d’or dans les mains aussi comme entraîneur. Cela récompense son travail de Titan. Ce n’était pas seulement un excellent compétiteur, Jan est aussi un super entraîneur, selon moi le meilleur. Cette médaille, je ne vais pas l’exposer, je pourrais donc lui offrir, mais tel que je le connais, je suis sûr qu’il ne l’accepterait pas. Pourtant, il mériterait que je la lui passe autour du cou. »

Vainqueur à Shanghai et à Oslo de deux meetings de la Ligue de diamant depuis le début de saison, Vítězslav Veselý comptait parmi les favoris du concours d’Helsinki ; un concours qui, à l’exception du champion du monde en titre allemand Matthias de Zordo, forfait pour blessure, réunissait ce qui se fait de mieux actuellement au monde en matière de lancer du javelot. Vainqueur avec un lancer à 83,72 m à son deuxième essai, Vítězslav Veselý, qualifié d’extrême justesse pour la finale, a devancé de 49 centimètres le Russe Valery Iordan. A l’issue du concours, le premier athlète tchèque à remporter une médaille d’or dans un grand championnat depuis le titre olympique de Barbora Špotáková à Pékin en 2008 était donc d’abord soulagé d’avoir tenu son rôle de favori :

« Oui, c’est un vrai soulagement d’avoir répondu aux attentes, même si ça n’a pas été simple. Il a fallu batailler jusqu’au bout, ce n’était pas un concours où tout se passe bien du début à la fin et dont on profite pleinement, sans se stresser. Je suis donc très satisfait de cette victoire et il ne me reste plus qu’à aller la fêter. »

Fêter, Vítězslav Veselý l’a sans doute fait avec une certaine réserve inévitable compte tenu de la grande échéance londonienne qui approche. Et ces célébrations mesurées n’ont en tous les cas pas étanché sa soif de succès, comme l’a démontré sa performance au Stade de France vendredi soir dernier. Huit jours après l’obtention de son titre européen, le Tchèque s’est en effet classé deuxième du concours du meeting de Saint-Denis comptant pour la Ligue de diamant. Avec un jet à 83,93 m à son dernier essai, Vítězslav Veselý a été devancé par l’Ukrainien Oleksandr Pyatnystya, auteur, lui, de 85,67 m. Cette deuxième place permet à Vítězslav Veselý de conserver la tête du classement général de la Ligue de diamant, compétition annuelle composée d’une série de quatorze meetings ; un élément de satisfaction, à l’en croire, suffisant pour le Tchèque :

« Je suis content du déroulement du concours et surtout de son issue. J’ai réussi à décrocher cette deuxième place en m’accrochant et grâce à mes deux derniers lancers. Mes premiers essais n’étaient vraiment pas bons techniquement, mais j’ai toujours cru que je pouvais m’améliorer. Je savais que j’en avais les moyens aujourd’hui. Même si ma performance n’a au bout du compte rien d’extraordinaire, elle me permet quand même d’engranger des points au classement de la Ligue de diamant. »

Si Vítězslav Veselý a donc été très en vue ces deux dernières semaines, c’est nettement moins le cas de sa partenaire d’entraînement Barbora Špotáková. Depuis l’obtention de son neuvième titre national début juin, la championne olympique en titre et recordwoman du monde a choisi de poursuivre sa préparation à l’écart, le plus loin possible des projecteurs. L’athlète tchèque la plus célèbre et la plus médiatisée n’a ainsi pas participé aux championnats d’Europe, comme en a décidé son entraîneur. Et paradoxalement, c’est justement parce qu’elle est la meilleure athlète tchèque actuelle que Jan Železný a préféré ne pas envoyer Barbora Špotáková à Helsinki. Il explique pourquoi :

« Si c’était une autre athlète, ce serait autre chose, mais Barbora a vraiment un poids sur les épaules. Tout le monde attend des résultats et des podiums de sa part. Et être soumis à cette pression deux fois par an, surtout en un espace de temps si réduit, ce n’est pas évident. Ce n’est pas seulement une question de performance ou une question psychologique, c’est aussi une question de fatigue. Si elle participait aux championnats d’Europe, peut-être gagnerait-elle ou obtiendrait-elle une médaille, mais elle serait fatiguée mentalement. Or, moi, j’ai besoin qu’elle ait du jus et de l’envie en prévision des Jeux olympiques. »

Cette décision de Jan Železný, Barbora Špotáková l’a elle-même accueillie avec un certain soulagement ; car plus l’ouverture des JO approche, plus la Tchèque ressent le poids des attentes placées en elle. Et comme elle l’avoue, ce n’est parfois pas sans mal qu’elle gère ce stress quotidien :

« Il n’y a pas que l’attention médiatique, c’est tout un ensemble. Les Jeux olympiques sont tellement médiatisés que les gens m’interpellent sans cesse. Je ne sais pas si les gens peuvent s’en rendre compte, mais c’est vraiment quelque chose qui me suit à chaque pas. Par exemple, si je me lave les mains aux toilettes dans une station-service, il y aura toujours quelqu’un à côté pour me souhaiter bonne chance. Ca se passe sans arrêt et vraiment partout, quoi que je fasse. Bien sûr que ça fait plaisir, mais quand on vous souhaite bonne chance cinquante fois dans la journée, vous avez parfois le sentiment d’être toujours surveillé. J’en arrive presque à avoir une phobie des gens. »

D’ici à la tenue du concours féminin du lancer du javelot à Londres, nul doute que l’attention portée à la préparation et aux faits et gestes de Barbora Špotáková, une des plus grandes chances de médaille olympique pour la République tchèque, va encore se renforcer. Mais si elle et Vítězslav Veselý parviennent à gérer cette formidable attente et effectivement à monter sur la première marche du podium, ils écriront alors ensemble, à la suite de leur entraîneur Jan Železný, assurément une des plus belles pages de l’histoire du sport tchèque…

Le fabuleux destin de Petr Koukal

Petr Koukal, photo: CTK
Une belle histoire, c’est aussi celle du joueur de badminton Petr Koukal. Deux ans après que lui ait été diagnostiqué un cancer du testicule, un cancer dont il est parvenu à se soigner avant de reprendre la compétition, Petr Koukal a en effet appris qu’il serait le porte-drapeau de la sélection tchèque lors de la cérémonie d’ouverture des JO, le 27 juillet prochain. La décision a été annoncée la semaine dernière par le président du Comité olympique tchèque, Milan Jirásek. Celui-ci explique les raisons du choix symbolique de Petr Koukal :

« Dans ce cas précis, c’est une forme de récompense pour son courageux combat contre la maladie et pour la vaillance avec laquelle il est revenu au sport de haut niveau, pour tous les sacrifices qu’il faut faire pour cela. Je pense que l’histoire de Petr Koukal peut être une source d’inspiration pas uniquement pour les sportifs, mais aussi pour beaucoup de gens qui se trouvent dans une situation similaire à la sienne, confrontés à une maladie ou à des problèmes d’autre nature. Je pense qu’il peut leur servir d’exemple. »

D’ici à l’ouverture des JO, nous vous proposerons un portrait plus approfondi de Petr Koukal, qui tourne actuellement un documentaire sur son histoire et son parcours. Et comme il l’a lui-même annoncé, ce sont les images le montrant comme porte-drapeau dans le stade olympique de Londres qui constitueront le happy end à l’américaine de ce film…